Berlin Finale – Heinz Rein

Heinz Rein - Berlin Finale (2018)

Heinz Rein – Berlin Finale (2018)

blognote 3

4ème de couv’…

Publié en 1947 en Allemagne, vendu à plus de 100 000 exemplaires, Berlin finale est l’un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale.

Une œuvre passionnante, haletante, audacieuse, qui a su, alors que l’Europe se relevait à peine de la guerre, décrire dans toute sa complexité le rapport des Berlinois au nazisme.

Jusqu’alors inédit en France, un roman-reportage brillant qui nous raconte, à travers les destins d’une poignée de résistants, les derniers jours de Berlin avant sa chute. 

Mon ressenti de lecture…

Berlin Finale est un témoignage cruellement immersif de ce Berlin à l’agonie en ce printemps 45. Nous y sommes: dans la poussière, le sang, les ruines et les flammes, dans le chaos des esprits laminés et résignés, dans la défaite nazie qui refuse de dire son nom.
Les descriptions sont débitées avec la précision chirurgicale du scalpel, les sons et les odeurs exhalées des pages vous prennent à la gorge au fil des mots.
Nous y sommes.

La documentation historique est exceptionnelle, imagées d’extraits de journaux ou de proclamations officielles, émaillée de dialogues pointus et engagés (trop parfois!). La frénésie de tuerie est omniprésente, dans un souci d’auto-destruction des nazis les plus acharnés, mais aussi par instinct de survie. Le chaos et l’anarchie décime les rues berlinoises aussi sûrement que l’avancée des russes et des Alliés. La Grande Histoire se déroule mais c’est aussi la terreur de chacun qui blanchit l’aube…

Car toute description physique, aussi fidèle, réaliste et précise qu’elle soit, n’émeut pas si des êtres humains ne sont pas présents pour faire vibrer l’ensemble. Et c’est ce que l’auteur nous accorde avec le récit de ces personnages, que ce soit un médecin devenu résistant, que ce soit un déserteur ou un clandestin. Des instantanés de vies, d’état d’esprit, de réflexion, de croyances, de fidélités. Des moments de doutes, de peurs et d’incertitudes également. Et quand la trivialité du quotidien effilochent les relations humaines, il reste les convictions pour avancer. Et les inévitables traîtres et compromissions.

Un bémol? Quelques longueurs ou répétitions accompagnées d’une couleur politique qui aurait pu se faire plus discrète et un cruel manque d’une carte de l’ancien Berlin pour suivre les déplacements ultra-précis décrits dans ce docu-roman.

Berlin Finale est un témoignage historique de première main, exceptionnel, tant par le déroulement des événements, sa fidélité historique, que par l’analyse de la situation et de la psyché des berlinois dans les derniers mois de la guerre, au jour le jour. Incontournable pour tenter de cerner la complexité de ce qui liait les allemands au nazisme alors que Berlin chute car nous le savons bien, rien n’est tout noir ou tout blanc…

Citations…

« Plus encore que l’ennemi extérieur, il hait l’ennemi de l’intérieur, le négateur, le sceptique, le défaitiste. »

« Avec la destruction de ses fondations, le sol se dérobera sous ses pieds et elle chutera dans le vide, elle se retrouvera sans rien et le cœur déçu, elle reconnaîtra la tromperie et la manipulation dont elle a été victime (…) »

« Lui qui se tient devant la sortie de la cave, les bras ballants, et qui fixe le gris uni de la lumière du jour, est en quelque sorte un symbole d’une jeunesse perdue, abandonnée, trahie. »

« La faute, l’erreur et le crime ont précipité notre peuple dans l’abîme (…) »

« Un pays dans lequel la liberté, l’humanité et la justice sont des concepts invalides ne pourra jamais être ma patrie. »

« Une attente fébrile s’est emparée des hommes, ils sont partagés entre l’espoir d’un miracle, sans cesse promis par les dirigeants et présenté comme imminent, et l’horreur glaçante d’une fin effrayante. »

« Ça fait bien trop longtemps qu’on est restés sans rien dire, et vous avez pris notre silence pour du consentement, si quelqu’un doit être responsable, alors c’est nous, de vous avoir supportés pendant tout ce temps. Regardez un peu autour de vous, vous, l’ami du peuple, comme ils sont tous assis là, apeurés et hagards, alors qu’ils sont sur le point d’exploser de colère, ils n’osent même pas exprimer leur assentiment par un murmure ou un hochement de tête, quand quelqu’un vous crie la vérité au visage. »

« Un vide immense s’ouvrira devant eux, car, tandis que les générations précédentes peuvent encore trouver refuge dans des conceptions antérieures, le socialisme, le communisme, le libéralisme ou la démocratie, l’Église ou un système philosophique quelconque, la jeunesse se retrouvera tout à fait démunie spirituellement. »

Blog Note 3

 

The Bear Memoria

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