Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Celeste Ng

Celeste Ng - Tout ce qu'on ne s'est jamais dit (2016)

Celeste Ng – Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (2016)

4ème de couv’…

Lydia Lee, seize ans, est morte.

Mais sa famille l’ignore encore…

Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs.
Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir.
Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.

Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.

Accident, meurtre ou suicide? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.

Mon ressenti de lecture…

Seconde lecture dans le cadre du Prix Relay Voyageurs-Lecteurs… et merci à Babelio et aux Éditions Sonatine pour l’envoi de ce roman.

Début des années 1970: la famille Lee est confrontée à la mort de Lydia, seize ans.

Suicide, accident ou meurtre?
Qu’importe au final… Lydia n’est plus.
Et la vie de Marilyne, sa mère, femme au foyer, de James, son père, professeur et d’origine chinoise et de Nath et Hannah, son frère et sa soeur, s’en retrouve bouleversée…

C’est l’heure des doutes, des introspections, des souvenirs, des rancœurs et des frustrations, des accusations et des mises au point…

Mais Lydia, elle, n’est plus là.

Un décès et on ne joue plus, le vernis se craquelle et les vérités explosent!
La tristesse, l’incompréhension et la colère gouvernent.
Tout ce qu’on pensait avoir construit s’écroule quand un de ses enfants disparaît.

Ce cataclysme nous plonge dans les années 50-70 avec les thèmes principaux de la parentalité, de la condition féminine et de l’intégration des asiatiques aux States.

Marilyne voulait devenir médecin à une époque où les cours scolaires sur les « arts ménagers » étaient encore obligatoires pour ces demoiselles, où les cursus scientifiques étaient exclusivement réservés  à ces messieurs et le bonheur et l’épanouissement féminins devaient résider dans le rôle de femme au foyer.
Marilyne s’est mariée et a eu trois enfants.

James voulait s’intégrer et avoir des amis. Mais être chinois dans ces années n’était pas une situation ordinaire et facile. Même si on renie quelque peu ses parents pour ce faire. Même si on tombe amoureux d’une belle blonde américaine aux yeux bleus et qu’on l’épouse. Même si on enseigne l’histoire des cow-boys…
James est toujours asiatique et n’a pas d’amis.

Lydia, Nath et Hannah sont frère et sœurs. Et métisses. Ils sont donc confrontés aux mêmes difficultés d’adaptation sociales que leur père. Et quand Hannah et Nath sont transparents aux yeux de leurs parents car Lydia focalise toute leur attention, leur épanouissement est loin d’être idéal. Mais Lydia n’a rien demandé, surtout pas d’être le réceptacle des ambitions avortées de sa mère. Et elle n’a pas d’autre choix que de se plier à leurs désirs… pour être aimée…

Tout doucement, crescendo, l’auteur nous ouvre le cœur de cette famille, de leur mal-être, de leurs frustrations, de la paralysie des enfants devant l’amour de leurs parents ou de leur désintérêt. Marilyne et James ont des blessures secrètes et reportent leurs espoirs déçus sur leur aînée… Mais un enfant n’est pas un remède ou un pansement…

Tout doucement, le brouillard s’éclaircit peu à peu pour expliquer la disparition de Lydia… Et a contrario, petit à petit, notre regard s’obscurcit au fur et à mesure des révélations…

C’est l’histoire de trois générations dans un contexte social étriqué.
C’est l’histoire de parents désabusés et de la différence d’attention portée à leurs trois enfants…
C’est l’histoire d’une éducation et d’un amour bien mal exprimé.
Comment les enfants peuvent-ils trouver leur place dans l’existence quand leurs parents eux-mêmes en ont été incapables?

C’est un roman noir sur la société, les relations humaines, les choix de vie, le microcosme familial et ses drames…

Il y a différentes manières de mourir… certaines sont plus pernicieuses et lentes que d’autres…

Ce premier roman est un coup de cœur et même si j’ai eu un peu de mal, au début, à me plonger dans l’histoire, j’ai tourné la dernière page le cœur serré et la larme à l’œil…

Un grand moment d’émotions, tout en délicatesse et pudeur…

Citations…

« Souvenez-vous que les gens à qui vous parlez s’intéressent cent fois plus à eux-mêmes, à leurs désirs et à leurs problèmes qu’à vous et vos problèmes. »

« Les souvenirs d’un être aimé se lissent et se simplifient toujours, et on se débarrasse des complexités comme d’écailles. »

« Les gens décident comment tu es avant même de te connaître. (…) Ils pensent tout savoir de toi? Sauf que tu n’es jamais ce qu’ils croient. »

« Toute leur vie, Nath avait compris, mieux que personne, le lexique de leur famille, les choses qu’ils ne pouvaient jamais vraiment expliquer aux gens de l’extérieur: qu’un livre ou une robe n’était pas simplement quelque chose à lire ou à porter; que l’attention était accompagnée d’attentes qui – comme la neige – s’abattaient et s’accumulaient et vous broyaient sous leurs poids. »

« (…) Pour chaque action, il y a une réaction égale et contraire (…) L’une gagnait, l’autre perdait. L’une s’échappait, l’autre était piégée pour toujours. »

« Là-haut – à cent trente kilomètres d’altitude, cent quarante, cent cinquante, disait le compteur – tout sur terre devait être invisible. Les mères qui disparaissaient, les pères qui ne vous aimaient pas, les enfants qui se moquaient de vous – tout devait devenir aussi petit qu’une tête d’épingle puis s’évanouir. Là-haut: rien que des étoiles. »

« Un jour, il y avait si longtemps, assise exactement à cet endroit sur le ponton, elle avait déjà commencé à sentir à quel point il serait difficile d’hériter des rêves de leurs parents. A quel point leur amour serait étouffant. »

« Elle reconnut immédiatement l’amour, l’adoration profonde à sens unique qui n’avait jamais de retour; un amour prudent et silencieux qui se moquait du reste et continuait coûte que coûte. C’était trop familier pour être étonnant. »

« Enfin un cadeau qui en était un – pas un livre, pas un sous-entendu -, quelque chose qu’elle voulait, pas quelque chose qu’ils voulaient pour elle. »

« Ce mot essentiel: demain. Chaque jour, Lydia le chérissait. Demain je t’emmènerai au musée voir les os de dinosaures. Demain on apprendra des choses sur les arbres. Demain on étudiera la Lune. Chaque soir une petite promesse arrachée à sa mère: qu’elle serait là le lendemain matin. »

Note: 5/5

Blog Note 5

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15 réflexions au sujet de « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Celeste Ng »

    • Aaahhh contente de te tenter! 🙂 Mais oui, je sais… pas tout de suite… et tout et tout… nous en sommes tous au même point! 😀 Curieuse d’avoir vos avis à la Belette et toi! 😉

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