Un goût de cannelle et d’espoir – Sarah McCoy

Sarah McCoy - Un goût de cannelle et d'espoir (2014)

Sarah McCoy – Un goût de cannelle et d’espoir (2014)

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4ème de couv’…

Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l’armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d’insouciance.
Jusqu’à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps…

Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d’une pâtisserie allemande, celle d’Elsie…
Et le reportage qu’elle prépare n’est rien en comparaison de la leçon de vie qu’elle s’apprête à recevoir.

Mon ressenti de lecture…

Si j’ai découvert la plume de Sarah McCoy avec Le souffle des feuilles et des promesses, Un goût de cannelle et d’espoir est son premier roman paru que j’ai exhumé de ma pharaonique PAL.

Avec près de 250 avis sur Babelio, je doute de grandement innover dans les arguments énoncés par les uns et les autres. Par contre, je ne partage pas le nombre important d’opinions dithyrambiques car si ce roman se laisse lire, il est loin de remplir la promesse de la 4ème couv’!

D’une manière générale, la construction du roman est devenue un classique du genre, dans un duel entre présent et passé, dans une rencontre de deux histoires distinctes ou quand les leçons de l’Histoire apportent un regard éclairé sur les soucis existentiels de la jeune génération.

Premier bémol, le personnage de Reba m’est apparu fade et sans consistance, ainsi que son histoire familiale et sa frilosité à s’engager dans une vie couple. Peu d’émotions suscitées et je n’ai pas compris l’intérêt de renseigner un contexte de vie à la frontière mexicaine, avec le problème de l’immigration clandestine. Choix maladroit ou parallèle obscur avec les drames de la Seconde Guerre Mondiale, je ne sais.

Si l’histoire contemporaine de Reba m’a laissée totalement insensible, je nourrissais plus d’espoir pour le destin d’Elsie. Et c’était bien parti, avec le quotidien de la famille Schmidt, investie raisonnablement dans la cause nazie, bénéficiant des largesses des SS pour continuer à faire tourner leur boulangerie-pâtisserie, avec une fille engagée dans un Lebensborn, une autre dont le prétendant est un militaire gradé, un père citant sans rechigner les préceptes d’Hitler.

Nous sommes en 1944, le blason nazi commence sérieusement à se ternir et l’appel au secours de ce petit garçon à la voix d’ange, Tobias, un juif, promettait quelques remous.

Mais, à un moment donné, l’auteur a cassé la dynamique installée.

Le petit Tobias disparaît et silence radio pendant 60 ans. Elsie ne semble pas avoir fait l’effort de rechercher ce petit garçon ni même avoir eu la curiosité de savoir ce qu’il était devenu.
Elsie émigre aux États-Unis avec un personnage dont on ne sait rien ou si peu. Est-elle partie par amour ou pour fuir son pays dévasté?
Le lecteur se retrouve face à une vieille dame guillerette, passionnée par sa boutique et ses recettes de pâtisseries mais aucun éclairage sur les séquelles dont elle aurait souffert, aucune réflexion sur la séparation d’avec sa famille, sur le fait d’avoir quitté son pays et aucun regard rétro-actif sur ce qu’elle a vécu durant la guerre.
Pour ma part, c’est une incompréhension totale devant cette rupture dans le développement de l’histoire d’Elsie. Je ne m’explique pas ce retournement de situation et par conséquent, la fin de ma lecture a été bercée d’un terrible ennui.

Comme je le dis souvent, il ne suffit pas de lancer quelques pistes sur un pan de l’Histoire tel que la Seconde Guerre Mondiale pour captiver un lecteur. Rester en surface de son sujet n’apporte que frustration et ennui. C’est une déception car l’auteur n’a réellement pas creusé son sujet historique et c’est bien dommage car il y avait matière, entre l’engagement dans un Lebensborn, ou même le sentiment de culpabilité de Josef essayant de réparer sa faute, ou la manière dont cette famille a rebondi avec l’arrivée des soldats américains.
Étoffer un contexte historique est important mais il est nécessaire également de creuser la psyché de ses personnages pour capter l’intérêt du lecteur et personnellement, j’ai perdu Elsie en route et elle est devenue une étrangère au fil des pages.

Par contre, je suis gourmande et j’avoue que des grondements surgis du tréfonds de mon estomac ont accompagné ma lecture au gré des descriptions des recettes de pâtisseries, je sentais presque les odeurs de pain chaud et de cuisson et j’en salivais. Les pâtisseries allemandes, notamment celles que nous cuisinons pour les fêtes de fin d’année, sont un régal pour les papilles et le clin d’œil du détail de certaines recettes à la fin du roman, vraiment sympa.

Alors autant j’avais adoré Le souffle des feuilles et des promesses, autant Un goût de cannelle et d’espoir m’aura laissée insatisfaite. Il me reste donc à espérer que le troisième roman de Sarah McCoy (le second dans l’ordre de parution), Un parfum d’encre et de liberté arrivera à faire pencher la balance, d’un côté ou de l’autre…

Citations…

« L’enfer et le paradis ne distinguaient pas les races et les croyances. »

« Personne n’est mauvais ou bon par naissance, nationalité ou religion. »

« Nous savions que certaines choses n’étaient pas bien, mais nous avions trop peur pour changer ce que nous savions, et encore plus peur de découvrir ce que nous ne savions pas. »

« Il faut arrêter d’avoir peur des ombres et accepter que le monde est fait de teintes de gris, de lumière et de ténèbres. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre. »

« Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants. »

« Le droit m’a appris qu’en dépit de tous les faits que nous pensons connaître, la vérité peut être une chose incroyablement difficile à saisir. Elle est embrouillée par le temps et l’humanité, et par la façon dont chacun vit sa propre expérience. »

« Mieux vaut mourir droitement que vivre sans âme (…). »

Blog Note 3Retrouvez mon avis sur un autre roman de Sarah McCoy, Le souffle des feuilles et des promesses, ICI

The Bear Memoria

16 réflexions au sujet de « Un goût de cannelle et d’espoir – Sarah McCoy »

      • J’aime quand c’est raide et droit aussi… mais je ne nomme pas cette chose Maât, moi… mais bon, tu lui donne le petit nom que tu veux ! 😆

        Je sors rejoindre les pharaons dans leur pyramides, ça m’évitera de dire des cochonneries 😀

        PS : j’essaie de vivre dans la droiture, mais c’est pas facile ! Tu penses que tu fais bien et au final… l’enfer est pavé de bonnes intentions 😉

      • Héhé, comme d’hab’, tu n’en rates pas une pour ramener une cochonnerie dans le débat! 😀
        L’enfer est pavé de bonnes intentions… nous tombons dans une discussion quasi-philosophique… Existe-t-il une notion universelle du bien et du mal? TA notion du bien est-elle la même que MA notion du bien, là réside le problème!
        Ma loi de Maât, celle de la rectitude et de la droiture, si elle s’inspire des pharaons dans son esprit, est adaptée à mon expérience, mes valeurs, mes déboires et mes espoirs, me permet de ne pas sombrer dans une société où je ne me reconnais pas et de nourrir ma bulle familiale et amicale. Et je pense qu’il en est de même pour chacun mais que nos notions se heurtent fatalement. Le plus dangereux réside chez les gens de pouvoir qui imposent à un très grand nombre leur notion du bien et du mal…

      • Effectivement, ta notion n’est pas la même que la mienne ou que celle du patron de Ryanair…

        Niveau pharaon (le phare à On), vu qu’ils faisaient des gosses à leurs soeurs, mères, et autres, je me demande où était leur rectitude… bien que pour eux et pour cette époque, ce n’était pas mal du tout… ni incestueux !

        J’essaie aussi de nager sans boire la tasse dans la vie de tous les jours, d’essayer d’être sympa, de ne pas rembarrer les mendiants mais de leur dire « non » avec le sourire (par contre, je rembarre les démarcheurs téléphoniques), de ne pas faire du mal, de bien traiter mes bêtes, mon mari (lol), ma famille, de rendre service, bref, j’essaie d’être juste. Exercice ô combien difficile !

        Les gens qui ont du pouvoir et qui en abusent me font peur, me débectent,… mais un jour, ils tombent sur plus abject qu’eux !

      • Tomber sur plus abject qu’eux n’est malheureusement pas fait pour me rassurer! 😮

        Tu vois, tu as le doigt dessus, ce qui semblait « normal » à une époque ne l’est plus aujourd’hui. Et comme il n’y a pas cette notion universelle du bien sur laquelle se reposer, chacun fait comme il peut! 3:)

        Ahah, je suis heureuse pour ton mari (mdr) car il figure dans ta liste de bonnes oeuvres! 3:)

      • Paraît que petit Nono a failli se faire entuber par les Quataris, il est tombé sur plus pire que lui, le Arnaud L. On trouve toujours plus pire, plus abject que soi… Et ils se font remettre à leur place.

        Un animal n’a déjà pas la notion de bien ou de mal. Pour lui, chier sur le torchon, ce n’est pas mal. S’il tremble devant toi, c’est qu’il a senti ta colère ou se souvient de sa dernière trempe.

        Oui, il figure dans mes bonnes oeuvres et je paie de ma personne pour le satisfaire… Oups !! 😀

      • Ça miaule ou ça cherche une caresse, ou une carotte dans ta poche, mais pour le reste, ils nous donnent toujours raison pour ce que l’on dit !

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