Nous étions seulement des enfants – Rachel Jedinak

Rachel Jedinak - Nous étions seulement des enfants (2018)

Rachel Jedinak – Nous étions seulement des enfants (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

« Pendant longtemps, pour se souvenir des nombreux enfants qui n’ont pas pu grandir, il n’y avait rien. Rien pour dire qu’ils avaient été tués parce que nés juifs, ni même pour dire qu’ils avaient vécu, qu’ils avaient ri, joué et pleuré…
Comme s’ils n’avaient jamais été là. »

Rachel Jedinak a survécu à la première rafle du Vél’d’Hiv, en juillet 1942. Ses voisins, ses cousines ou ses camarades de classes, eux, n’ont pas eu sa chance. Après s’être battue pendant des années pour faire apposer, dans les écoles, collèges et lycées, des plaques aux noms de ces élèves oubliés, elle leur rend ici un dernier hommage.
Dans ce récit, tendre et délicat, elle raconte les parties interminables d’osselets sur les trottoirs, puis les camarades de classe qu’on regarde jouer dans le jardin public où l’on n’a plus le droit d’entrer. Et enfin, les traques, les rafles, les petits qui hurlent de chaud dans la Bellevilloise puis la fuite.

Rachel Jedinak nous dit finalement la guerre de la plus universelle des langues: celle des enfants.

Mon ressenti de lecture…

Récit très court, 70 pages. Et en si peu de pages, il regroupe la progression des mesures anti-juives en France, il rappelle les exactions du gouvernement de Vichy et les excès de zèle de la Police française pendant la période de collaboration et il soulève le voile du silence auquel les survivants ont été contraints après la Seconde Guerre Mondiale.

Aucune haine aveugle dans ce récit, Rachel Jedinak se garde bien de mettre tout le monde dans le même sac: elle parle de ces maîtresses qui cachaient les enfants ou de ces policiers qui regardaient « ailleurs ». Elle parle de son enfance et pourtant, pas de pathos, elle relate l’Histoire factuelle au travers pourtant de l’explosion d’une famille qui se croyait à l’abri, ici, en France, après un premier exode de Pologne. Elle se souvient du sacrifice de sa mère, de son père, des séparations, de la peur omniprésente, de la fuite, du froid qui s’insinue dans le cœur quand la terreur n’a plus de mots.

Les mots qui viennent spontanément à l’esprit à la lecture d’un tel témoignage sont barbarie, compassion, admiration, honte et respect. La barbaries des actes commis, notamment contre des civils, durant la Seconde Guerre Mondiale, compassion pour les victimes et les survivants, admiration pour le simple quidam qui a apporté son aide, ces anonymes qui ont laissé s’exprimer leur humanité au mépris du danger en apportant leur aide aux persécutés et honte de mon pays.
Le sentiment de respect est aussi présent devant ceux qui ont eu le courage de raconter l’indicible.
Je suis la première à vouloir rappeler que les victimes du second conflit mondial n’étaient pas les seuls juifs, qu’il ne faut pas oublier les autres. Je suis la première à refuser un blanc-seing à Israël pour sa politique actuelle, incompréhensible en rapport à ce passé douloureux. Je suis la première à me pencher aussi sur le destin et les existences effacées de la mémoire de ces allemands qui exécraient le nazisme et de leurs descendants marqués à tout jamais de l’infamie orchestrée par Adolph Hitler.
Mais il est hors de question d’ignorer ou de mépriser les épreuves, la souffrance et les cicatrices indélébiles que le peuple juif portent en lui.

Vous me direz, c’est un énième témoignage. Oui, c’est un énième témoignage mais terriblement important, au même titre que tous les autres et de ceux qu’on ne lira jamais car la parole n’a jamais été libérée.
Crucial de lire ce condensé quelque peu détaché, et par là-même brutal, de l’avant, du pendant et de l’après car l’actualité, avec sa recrudescence des intolérances et la montée des extrêmes politiques de tout poil, nous alerte sur les dangers d’une Histoire qui est bien en passe de se répéter et dont les signaux se heurtent pourtant à la surdité et l’amnésie de nos contemporains.
Rachel Jedinak intervient dans les écoles et nos enfants et petits-enfants, à l’heure où la volonté politique est de ramener les programmes d’Histoire à peau de chagrin, se doivent d’écouter. Nous sommes les héritiers d’une Histoire, sanglante et terrible souvent, mais nous ne pouvons nier les faits et vivre dans l’ignorance de l’horreur perpétrée par des êtres dits « humains ».

Alors oui, c’est un énième témoignage mais comme tout témoignage, il est unique et précieux, et de génération en génération, notre rôle est d’empêcher que les enfants du XXIème siècle ne vivent ce que les enfants de 40 ont vécu. La transmission de la mémoire est le devoir de chacun pour éviter de retomber dans un obscurantisme fatal et en ce cela, ce récit est important.

Citations…

« Tant que tout ce qui surgissait pouvait être indéfiniment aspiré dans le quotidien, la vie continuait d’avancer comme elle l’avait toujours fait. »

« Je garde de ce jour une terrible sensation de honte. Pas d’être juive, mais de devoir l’être avant toutes les choses que j’étais, et d’en être différente des autres. »

« Nous étions simplement des enfants, innocents, en train de jouer dans un parc. Aucun de nous ne portait l’étoile jaune, aucun signe distinctif. Mais tout cela ne comptait plus. »

Blog Note 4

The Bear Memoria

37 réflexions au sujet de « Nous étions seulement des enfants – Rachel Jedinak »

      • Et la peur se nourrit d’elle-même… D’un flocon de neige, c’est une avalanche mortelle qui nous dévaste…

      • On entretient notre peur, on sélectionne des images pour nous faire peur et comme nous avons quelques biens, nous avons peur !!!

      • Oui, il en a besoin ! Il aime avoir peur, il aime fustiger les autres et les rendre responsables de ses maux et de tout ce qui ne tourne pas rond. Plus facile que d’analyser le pourquoi du comment nos pays ne vont plus et sont endettés à fond.

      • As-tu remarqué que du temps de nos grands-parents, tout était fait pour les tirer vers le haut, leur ouvrir les portes de l’ascension sociale, du savoir et de la culture etc.. et que pour notre génération, la tendance s’est inversée drastiquement? Aujourd’hui, surtout, ne pas réfléchir, s’en est presque devenu un crime! 😮

      • Mes grands-parents n’avaient pas le temps de se faire tirer par le haut, donc, je ne peux pas juger, ils vivaient simplement, mais je me souviens que dans les années 80, les humoristes allaient plus loin que maintenant…

        On dirait que le truc se répète : une fois qu’une civilisation a atteint les sommets, elle est incapable d’y rester et elle redescend… elle se saborde elle-même !

        Trop de possibilités de s’instruire tue l’instruction, les gens sont fainéants et ne vérifient rien. Quand j’ai un doute sur l’ortho, je passe sur google et je demande. C’est le manuel des castors juniors !! Ok, en version « espionnage »… 🙂

      • Oh je ne te parle pas de se faire tirer vers le haut sur le temps libre! Mes grands-parents ont eu également une vie simple et de travail mais rien qu’avec l’école obligatoire jusqu’à 14 ans, ils avaient une orthographe à faire pâlir les jeunes d’aujourd’hui, une calligraphie élégante, une culture générale riche et une maîtrise de l’Histoire et de la géographie qu’on ne retrouve plus chez nos étudiants d’aujourd’hui. C’est en ce sens que j’abordais le sujet. Sinon, non, pas le temps d’aller dans les musées et autres! Pas à leur époque! 😮
        Je ne pense pas que trop de possibilités de s’instruire tue l’instruction. Je pense surtout que nous n’apprenons plus aux enfants à être curieux et penser par eux-mêmes. Je suis d’accord qu’un écran à forte doses, c’est super nocif pour les jeunes esprits mais quand on leur apprend à s’en servir correctement, c’est un outil formidable pour enrichir sa culture! Combien de fois, quand je discute avec mon fils et que nous avons un doute sur quelque chose, l’un des deux googueulize pour éclaircir le mystère…

      • Ok, je vois ce que tu voulais dire, maintenant.

        Chez mes parents, quand on a un doute sur quelque chose, je dis toujours « attends, je vais demander à mon ami google ». Mais les jeunes, on dirait que malgré les énormes possibilités pour s’instruire ou apprendre, ils sont faitnéants et que c’est encore trop dur de chercher. Ou alors, ils sont comme moi lorsque j’étais jeune : débile et pas envie de chercher non plus… la flemme (comme on dit toujours quand on est ado). Moi, ça a changé lorsque j’ai commencé à bosser et que j’ai commencé à fréquenter des gens instruits avec des conversations intéressantes ou sans cesse on était dans la réflexion et le partage d’idées.

        Je sais que lorsqu’on est jeunes, on ne voit que son nombril, ils changeront peut-être en prenant de l’âge. Bien que, je connaisse des adultes qui ont cette fainéantise intellectuelle, comme s’ils avaient peur de voir qu’ils ont tort et que leurs petites idées soient fausses. Généralement, ce sont des gens qui accusent les étrangers de tous les maux de leur vie et du monde.

        Pas facile d’intéresser les jeunes à être curieux autrement que pour savoir ce que Machin a bouffé hier ou avec qui sort Trucmuche.

        Un écran peut-être bon, tout dépend ce que l’on regarde…. les vidéos de chats sont drôles, mais bon, au bout de deux, on peut passer à plus intelligent ! 😆

      • J’ai toujours été curieuse sauf qu’avant, fallait attendre d’aller à la bibliothèque ou passer des heures dans les encyclopédies. Merci les ordi et le net pour la rapidité d’accès aux infos et par la richesse des sources. Bon, faut faire le tri parfois, donc toujours garder son esprit, ouvert, critique et curieux!
        Je crois que l’esprit curieux se cultive dès bébé, en parlant, en décrivant le monde, en bricolant, se promenant, échangeant… etc… Si tu colles un écran à un bébé, c’est foutu, les neurones sont atrophiés à tout jamais! J’essaye de faire de l’humour mais je le pense vraiment, si tu ne sollicites pas un enfant, si tu maintiens une éducation passive, tu l’handicapes pour l’avenir. Bon ça fait dès lors un très candidat pour les pâtures de moutons et la tv réalité.
        On peut toujours avoir des excès de flemme et aller à l’essentiel mais quand tu as la curiosité vrillée à l’âme, elle ne meurt jamais! 😉

      • J’avais lu un livre intéressant sur la télé « TV lobotomie : La vérité scientifique sur les effets de la télévision »

        https://www.babelio.com/livres/Desmurget-TV-lobotomie–La-verite-scientifique-sur-les-effe/235488

        Je l’avais donné à lire à ma soeur, qui, à l’époque, était très télé, mais malgré tout, elle a commencé à s’intéresser à d’autres choses, à rencontrer des copines qui lui ont ouvert les yeux sur autre chose et elle n’est pas devenue lobotomisée. Elle regarde aussi des tas de reportages sur la chaine histoire ou sur la guerre (39/45).

        Un enfant apprend plus avec un échange que devant la télé puisque la télé ne sait pas interagir avec lui, c’est un objet.

      • Je suis d’accord avec toi, et pour l’interaction passive avec un enfant et pour l’intérêt que peut représenter une chaîne Histoire. Quand je parle de TV, je parle de la TV poubelle, avec télé réalité & co. Comme dans toutes choses, il faut un peu de modération… 😉

      • Il en faut pour tous les goûts, mais si ces émissions de télé poubelle existe, c’est qu’il y a une demande, et c’est là que ça fait peur !

      • Oui, je suis ok, comme pour les magazines torchons, people, il y a de la demande mais n’a-t-elle pas été créée pour maintenir une certaine tranche de la population dans une bêtise béate?
        Comme pour beaucoup de produits, la création de la demande dénote d’une certaine manipulation. Ensuite on excuse la nocivité de certaines choses mais qui, de l’oeuf ou de la poule a commencé? 3:)

      • Bonne question, je ne sais pas certifier avec certitude qui a commencé : les gens qui ont voulu des torchons à lire ou les éditeurs qui ont poussé les gens à lire de la merde… en tout cas, il est plus facile d’écrire des torchons que des articles de fond, avec des recherches, de la réflexion, et toussa toussa. Il est plus drôle aussi de lire que Machin couche avec Truc qu’un article sur l’esclavage moderne qui est plus près de nous que nous le pensons. Au petit-dèj, c’est plus sympa….

        Je pense aussi que les gens se complaisent dans la bêtise comme un cochon dans la boue !

        Dès qu’ils ont peur de l’insécurité, des migrants, marre de la corruption, les veaux sont prêts à voter pour le connard qui leur promet de leur en débarrasser, tant pis si le remède est pire que les symptômes ! Ça ne réfléchit plus : « demain on rase gratis » et tout le monde fait « super », sans penser plus loin au comment on va mettre tout ça en oeuvre !

      • J’aime beaucoup la comparaison avec le cochon! 3:)
        Je ne dis pas que nous devons vivre dans un monde austère sans humour ni rire… Mais j’enlèverais bien la bêtise crasse!

      • Oui, la bêtise si elle n’est pas crasse, ma foi, pas encore trop grave… mais la crasse !! Non ! Et les gens qui s’enfoncent dans leurs conneries… j’en parlerai même pas :/

      • PS : je discutais avec ma libraire, elle dit qu’elle vend moins de magazines et qu’il ne reste plus que les plus de 40 ans pour lire !! Et peu qui lisent des trucs « intelligents ».

      • Non, guère rassurant car ils perdent de plus en plus de clients et en plus, les AMP (la boite qui livre les magazines, en France, c’est NAMP je pense) leur envoie des tas de magazines qu’ils n’ont pas besoin et ma libraire me disait qu’elle a plus de boulot administratif et qu’elle ne s’en sort plus…. 😦

        Plus les gens qui ne lisent plus que des conneries….

      • J’ai des amis libraires et d’autres qui tiennent une presse et, en effet, quand ils n’ont pas le choix de leurs produits, il y a un énorme travail de retour à l’envoyeur! 😦

      • Paraît que ce n’était pas ainsi avant, du moins, moins exagéré que maintenant. On en a même parlé au petit JT chez nous, celui avant le JT de 19h30.

      • J’ai banni la TV depuis quelques années donc je ne sais point! Je sais seulement tout le tracas que ces envois « sauvages » occasionnent! -_-

      • Je voulais la bannir, mon mari pas, mais elle me sert pour regarder mes films sur grand écran, la chaine histoire, quelques séries, films quand ils me bottent, France 2/3/5 et les JT, quand j’ai envie. Je ne suis pas son esclave !

      • De mes livres, de mes chevaux, du sexe, de mon PC, de mes tasses et mes boites (j’adore acheter des tasses et des boites !!!)…

      • Ah, je te rejoins sur les livres, PC, tasses et boites (et oui, j’adore les mugs et les boîtes et les paniers!) 😀

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s