Génocide(s) – Kazuaki Takano

Kazuaki Takano - Génocide(s) (2018)

Kazuaki Takano – Génocide(s) (2018)

blognote 5

4ème de couv’…

Sera-t-il l’avenir de l’humanité… ou la cause de sa destruction?

À trois ans, Akili, né dans une famille de Pygmées, est capable de mettre au point des algorithmes plus rapidement que les meilleurs ordinateurs.
Lorsque le président des États-Unis apprend l’existence de ce représentant d’une nouvelle étape dans l’évolution, il nomme Jonathan Yeager, militaire surentraîné et père d’un enfant atteint d’une maladie incurable, à la tête d’une opération commando au cœur de la jungle du Congo.

La mission de de cette troupe d’élite internationale?

Éliminer Akili, menace pour l’humanité, avant que ce dernier n’ait atteint son plein potentiel. Mais comment tuer de sang froid un enfant de trois ans, surtout quand l’intelligence de cet enfant représente peut-être le seul espoir pour Yeager de voir vivre son propre fils?

Pendant ce temps, à Tokyo, un jeune chercheur hérite de son père, virologue, deux ordinateurs remplis de calculs…
Dense et brillant, un thriller qui mêle enjeux scientifiques, tableau de la violence à l’œuvre dans certaines zones d’Afrique et observations géopolitiques pour bâtir une ambitieuse réflexion sur la nature humaine.

Mon ressenti de lecture…

La 4ème de couv’ en dévoile trop, c’est dommage, cela gâche la surprise car au début du roman, la mission du commando au Congo est d’éliminer une menace de pandémie mondiale en détruisant le noyau de naissance d’un virus. Ce n’est qu’au fur et à mesure que le lecteur découvre la véritable finalité de cette expédition. Mais bon, le mal étant étalé sur toutes les 4ème de couv’, je ne peux que vous conseiller d’effacer la chose de votre mémoire en ouvrant ce livre!

Un étudiant japonais en pharmacologie, Kento Koga, est en deuil de son père et reçoit en héritage deux ordinateurs mystérieux, une mission à accomplir, des mises en garde. Très vite, il se retrouve la cible de la CIA et de la police japonaise. Il va vite découvrir que sa mission doit être menée à bien, au péril même de sa vie. Il a un mois. Pas un jour de plus.

Au Congo, une équipe de mercenaires menée par Jonathan Yeager est chargée d’éliminer une tribu de pygmées, au cœur de la jungle, parmi lesquels vit un anthropologue américain, Nigel Pierce.

Aux États-Unis, un analyste surdoué, Arthur Rubens, a rédigé un rapport qui a donné naissance à cette mission d’élimination. Mais sa conscience le travaille alors qu’il est pris dans la nasse du Pentagone.

Quel lien relie ces hommes? L’extinction de toute vie humaine est-elle réellement en jeu?

J’avais énormément aimé Treize marches, le précédant roman de Kazuaki Takano, ayant pour thème la peine de mort, avec une analyse psychologique très fine et un portrait culturel et sociologique du Japon passionnant.

Que dire de Génocide(s)? Coup de cœur absolu pour ce petit pavé de près de 600 pages! Je pourrais vous en parler pendant des heures tant il est riche d’enseignements et captivant! C’est un roman inclassable! Techno-thriller? Roman d’anticipation? Roman psychologique? Thriller apocalyptique? Impossible de lui coller une seule étiquette ou de le faire rentrer dans une petite case étriquée!

Dans un premier temps, je parlerai du plaisir brut de la lecture!
Roman polyphonique dont les différents points de vue nous font toucher du doigt des détails que le lecteur synthétise au fil des pages pour un aperçu global de la gravité de la situation.
Le timing joue un rôle important dans la montée de l’angoisse et du suspense, l’avenir de l’humanité est en jeu!
L’existence du fils de Yeager ne tient qu’à un fil, sa situation s’aggrave de jour en jour. Kento a seulement un mois devant lui pour finaliser une mission colossale.
L’équipe de mercenaires a seulement quelques jours pour atteindre l’objectif commandé. L’action est au rendez-vous, avec ses retournements de situation, ses imprévus et ce compte à rebours qui s’égrène inexorablement et vous noue les tripes.

L’intrigue est solide, anxiogène et riche des ramifications qui nous entraînent tantôt au Japon, tantôt au Congo ou aux États-Unis. L’auteur prend le temps de nous brosser des portraits très personnels de chaque protagoniste et l’empathie fonctionne immédiatement: on tremble pour ce père éloigné de sa famille alors que son fils se meurt, on éprouve les mêmes doutes de Kento quand les relations avec son père ont été chaotiques, on juge prématurément Arthur, victime de sa surdouance.
D’un chapitre à l’autre, on se recentre immédiatement sur le personnage en action, sans perte de repères avec l’intrigue principale, ni de vitesse.
Précision étant ici faite que Kazuaka Takano est écrivain mais aussi scénariste et je peux vous dire que cela se sent! Par des scènes très percutantes et visuelles comme celle du massacre dans un village congolais mais aussi par l’instillation de l’angoisse et du crescendo du suspense. Il est très doué pour happer son lecteur et ne pas le lâcher!

Étant établi que le plaisir de lecture est au maximum par des personnages attachants, ou pas, et par une action qui ne se dément pas au creux d’une intrigue super bien ficelée, pourquoi un coup de cœur absolu? Parce qu’en plus du simple aspect récréatif qu’on attend d’une lecture, l’auteur nous enrichit par des sujets extrêmement bien documentés, analysés et mis en scène et pose plusieurs problématiques de réflexion.

Avec Nigel Pierce, anthropologue, se pose la question de l’extinction inévitable de l’homo sapiens, de sa course vaine alors qu’il reste prisonnier de son esprit reptilien. Il soulève la question qui taraude nombre de prospectivistes: le genre humain est-il amené à disparaître et si oui, le danger est-il interne à notre société moderne ou viendra-t-il d’ailleurs?

Avec Kento Koga, pharmacologue, le lecteur entre en immersion avec le monde de la recherche médicale, de la science censée sauver des vies, l’euphorie du chercheur lançant un défi à l’inconnu, mais aussi l’aspect bien plus pragmatique des lobbies pharmaceutiques, de l’intérêt économique de la maladie et de l’usage bien moins noble de certaines découvertes médicales à des fins militaires.
Je précise que les passages sur la biologie et la chimie moléculaire ont demandé une attention soutenue de ma part car je suis totalement néophyte en ce domaine mais s’avèrent fascinants si on s’accroche un peu!

Les événements du Congo nous offrent un portrait précis et incisif de la situation géo-politique et militaire de la zone chaotique qu’est l’Afrique, de la situation inter-ethnique inextricable à la base de génocides barbares, des dégâts à longs termes du colonialisme, de l’attrait toujours actuel pour les ressources naturelles de ce continent qui laisse la porte grande ouverte à toutes les manipulations internationales possibles en gangrenant tout espoir de paix durable.
Au-delà du Congo, c’est la légitimité des guerres au travers des siècles qui questionne, de leur évolution et de leur persistance. De la manière qu’ont certaines grandes puissances de déléguer le sale travail à des mercenaires, ni vu ni connu, de passer certaines frontières pour exercer en toute impunité le boulot abject de tortures sauvages décriées par les instances internationales des droits de l’homme, dissimulées aux yeux de tous, le tout pour garder une certaine blancheur d’image respectable…

Certains événements concernent des cyber-attaques contre les States et là, c’est un sujet de fiction qui revient régulièrement, et nous alerte sur les dangers de l’hyper-connectivité de nos sociétés quand le contrôle de la gestion des centrales d’énergie, des communications, de la finance et de toute existence est confiée aux machines et qu’une guerre virtuelle ou cyber-guerre peut anéantir un état en quelques clics de quelques geeks malintentionnés et géniaux.

Et avec l’analyste, Arthur Rubens, au cœur du pouvoir, au plus près d’un président d’une des plus grandes puissances mondiales, l’auteur nous confie une analyse de la psycho-pathologie de nos gouvernants. Ce qui les motive et surtout les dangers qu’ils représentent dans nos sociétés.
De la personnalité de l’homme aux manœuvres politiques et politiciennes, en passant par les méthodes de manipulation des masses avec des références aux mensonges proférés pour récolter l’assentiment du peuple dans le déclenchement d’une guerre comme celle de l’Irak, le portrait est sombre mais tellement réaliste et fidèle à ce que nous vivons quotidiennement, si tant est que chacun ait le moindre esprit ouvert et critique, que ce roman en est affolant de crédibilité.

Anticipation, techno-thriller, thriller psychologique, géo-politique, sociologique et presque philosophique par moments, ce roman est juste fabuleux!
L’auteur nous offre un grand spectacle livresque pour le plaisir de l’action avec une intrigue passionnante tout en questionnant sur des sujets existentiels et notre avenir d’être humain sans jamais ériger un diktat de morale ou de sagesse.

Génocide… ou exercice de l’intolérance viscérale devant la différence?

Une lecture que je recommande vivement, je précise, si vous ne l’avez pas compris après tous ces arguments car « À force de vouloir s’exprimer exclusivement en termes justes, on finit par perdre toute éloquence. »

Citations…

« Au Congo, il n’y a ni armes sophistiquées ni tactiques élaborées comme les frappes de précision. Ni principes, ni idéologie, ni patriotisme. Tout ce qu’on y trouve, c’est une guerre brute, sans le moindre décorum. La lutte pour les ressources souterraines, la haine interethnique, des tueries à l’arme blanche ou armes à feu de petit calibre. (…)
Une fois dans la région, si vous n’avez pas envie de voir l’enfer, ne vous approchez jamais des hommes. »

« L’effrayant, ce n’est pas l’intellect, et encore moins la force armée. Le plus effrayant au monde, c’est la personnalité de celui qui les emploie. »

« Les quinze longues années d’entraînement depuis l’armée de terre avaient façonné son cerveau et son corps, créant une machine impitoyable programmée pour l’accomplissement de la mission. (…)
Il arpenta un instant le terrain à l’arrière des tentes, fouilla la terre de la pointe de ses chaussures et trouva un endroit qu’il jugea adéquat. Alors il posa les genoux au sol et (…) rendit le contenu de son estomac. »

« Si seulement la civilisation pouvait s’effondrer… (…) Alors on verrait que les seuls à même de la relever, ce serait nous, les scientifiques. Les littéraires, on leur donnerait l’éternité qu’ils n’arriveraient même pas à découvrir l’électricité. »

« (…) on rebaptisait parfois la Seconde Guerre mondiale « guerre des physiciens ». En un peu plus d’un demi-siècle, les technologies de l’information avaient réalisé un tel bond en avant qu’apparut le concept de « cyberguerre ». (…) Des techniques de piratage informatique de très haut niveau permettaient de faire sombrer n’importe quel pays dans la paralysie totale. (…) Si une guerre de grande ampleur devait éclater au XXIème siècle, elle deviendrait sans le moindre doute « la guerre des mathématiciens ». »

« La postérité souffre de la stupidité de ses ancêtres. »

« (…) Rubens prit conscience que les guerres contemporaines possédaient une structure commune. Parmi les acteurs de ces conflits, ceux dotés de la volonté la plus féroce, à savoir les puissants de ce monde, qui décidaient de l’ouverture des hostilités, se trouvaient à une distance lointaine de l’ennemi à la fois sur le plan psychologique et physique. Le Président des États-Unis ne recevra aucune éclaboussure de sang lors de ses banquets à la Maison-Blanche, il n’entendra jamais les cris d’agonie poussés par son frère d’armes aux chairs explosées. »

« Accepter la possibilité de l’évolution intellectuelle de l’espèce humaine équivalait à reconnaître les limites de notre intellect. »

« Le clan le plus fort remportait la victoire, se déchaînait, était pris de folie et exterminait le clan d’en face afin de lui faire comprendre qui était inférieur à l’autre. (…) L’Homme savait créer l’enfer dans ce monde. Mais pas le paradis. »

« (…) les juristes en étaient réduits à produire des interprétations biaisées de la loi afin de plier celle-ci à la volonté présidentielle. Autant dire qu’un gouvernement dictatorial s’était mis en place, dans lequel le Président, chef d’état-major des armées, pouvait agir en faisant fi du droit. »

« De toutes les êtres vivants, les humains sont les seuls animaux capables de perpétrer des génocides au sein de leur propre espèce. C’est d’ailleurs ça qui définit l’homme. L’humanité, c’est la cruauté. »

« (…) c’est justement parce que la probité va à l’encontre de la nature humaine qu’on en a fait une vertu. »

« Deux cent mille ans après sa naissance, ses représentants ne sont toujours pas capables de cesser de s’entretuer. La situation mondiale actuelle, où les peuples ne savent coexister qu’en amassant des armes destructrices pour se menacer mutuellement, montre bien les limites de la morale humaine. Je pense qu’il est grand temps de céder cette planète à l’espèce suivante. »

« Un éclair de déraison dans la tête d’un seul dirigeant politique allait mettre en péril la vie de centaine de millions de personnes. La guerre nucléaire qui risquait d’enfanter l’avenir serait probablement elle aussi décidée et déclenchée par la folie d’un seul homme de pouvoir. »

« Si je n’ai qu’une chose à te dire, c’est qu’une vie dénuée d’échecs est impossible, et qu’il n’appartient qu’à toi d’apprendre de tes erreurs ou de les ignorer. Toutes les erreurs que nous commettons nous rendent plus forts. Ne l’oublie jamais. »

Blog Note 5

Retrouvez mon avis sur l’autre roman de Kazuaki Takano, Treize marches, ICI!

 

 

 

 

The Bear Memoria

 

14 réflexions au sujet de « Génocide(s) – Kazuaki Takano »

  1. ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ Et moi je vous colle 5 étoiles pour cette chronique à tomber. Je ne suis pas en reste de lectures, mais je mets ce titre tout en haut de ma pile (à lui seul, il réunit tous les genres que j’affectionne). Merci !

  2. AÏe ! 5/5 ? Impossible de louper ça ! Il est vrai que l’histoire a l’air passionnante !
    « Treize marches » je voulais le lire et je l’ai complètement zappé, ce sera peut-être l’occasion de lire les deux ! Tu as gagné cette fois ! Prochain achat 🙂

    • Aaaahhh tu me fais plaisir là! Et j’espère que tu vas autant adorer que moi! Des excellentes lectures, j’en ai à mon actif mais des pépites comme ça… il faut les choyer! 😀

      • Petite correction à ta chronique, ce livre comporte plus de 700 pages et non 600 🙂 et c’est sans aucun doute mon plus gros coup de coeur aussi ! Un grand merci à toi car c’est l’un des meilleurs si ce n’est LE meilleur livre que j’ai lu !!! Cet auteur est un grand perfectionniste d’une part pour ses recherches pour rendre son roman le plus crédible possible, d’autre part parce qu’il rejoint ma façon de penser sur beaucoup de chose, notamment en politique et sur l’Afrique !
        UN GRAND MERCI A TOI de ne pas m’avoir laisser passer à côté de ce roman

      • Oulala, tu me fais un énorme plaisir alors que ce mois d’août est très difficile pour moi! Tu me redonnes de l’énergie positive et je te dis un grand merci également! 😀 Merci aussi de m’avoir fait confiance sur ce coup et je suis super heureuse que tu ais eu un coup de coeur! Je partage ton avis, of course! J’ai eu du mal avec mes lectures d’après tant celle-ci m’a accrochée! 😀

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