Les fantômes de Manhattan – R.J Ellory

 

R.J Ellory - Les fantômes de Manhattan (2018)

R.J Ellory – Les fantômes de Manhattan (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète.
Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle.

Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus. L’homme est venu lui remettre un manuscrit. Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais.

Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité?

Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Mon ressenti de lecture…

Annie est une jeune femme solitaire avec pour seuls compagnons, les livres de sa librairie, et quelques rares humains. Elle est rythmée comme un coucou suisse, entre ouverture et fermeture de la boutique et son appartement. Une vie banale et sans vague qui se retrouve bouleversée par la rencontre de deux hommes. Un l’interpelle sur son passé et l’autre pourrait bien colorer son avenir…

Aaahhh la plume de R.J Ellory… Une douceur éthérée et une poésie noire qui vous enveloppent d’un cocon mélancolique dès les premières pages… Un enchantement livresque!

Pourtant le propos est souvent brutal, brutal dans sa violence bien entendu à la lecture du manuscrit confié par Mr Forrester qui nous mène des camps de concentration nazis aux bas fonds de la délinquance new-yorkaise des années 60; mais aussi brutal dans le portrait de cette femme Annie, fantôme parmi les vivants, passive de sa propre existence, orpheline de l’énergie vitale qui nous pousse à tenter, oser, sortir de sa zone de confort et avoir le courage de s’enrober de couleurs pour ne pas être transparente dans la foule.

J’ai adoré les réflexions qui animent Annie et la secouent. Elle a conscience qu’à ne prendre aucun risque, elle ne vit pas. Elle va se secouer et ouvrir la porte d’un nouveau monde: celui de l’imprévu et de la passion. Oh ce ne sera pas sans danger pour son cœur, ce ne sera pas sans bouleversement dans son schéma mental de vie, mais à 30 ans, elle se décide enfin à prendre son destin en mains. Et même si certains souhaitent la faire trébucher, elle va enfin vivre!

Le duo Jack Sullivan et Annie O’Neill est juste jouissif dans les dialogues entre badinerie, franche camaraderie et sincère amitié! Ils sont bruts de décoffrage chacun à leur manière et la relation qu’ils entretiennent apportent le subtil équilibre de profondeur et de légèreté qui cimente les couples les plus durables. Mais point d’amour entre eux deux, juste une affection et une complicité énormes.

J’apprécie la plume élégante R.J Ellory qui maîtrise l’art et la manière de vous conter une histoire comme on recueille les confidences d’un ami. Et si l’intrigue autour de ce manuscrit inachevé pimente l’éveil d’Annie, ce sont les relations humaines analysées qui captivent avant toute chose. Amour, amitié, code d’honneur et vengeance parlent aux cœurs et restent incontrôlables. Certains voulaient une vengeance au-delà des temps et des générations mais au lieu de pleurs, de perte et de souffrances, n’est-ce pas le plus plus cadeau offert pour que la chrysalide ensommeillée déploie ses ailes de papillon au monde?

Ce roman est une leçon de vie, il nous prouve, à travers les époques et les personnes, que l’audace, c’est prendre le risque de chuter, chuter durement, mais c’est surtout vivre et ne pas laisser s’écouler les jours sans fin et oser, pourquoi pas, être heureux… mais l’avenir reste toujours à écrire, non?

Citations…

« J’ai pensé que j’étais vaniteux jusqu’au jour où j’ai compris qu’en fait j’étais parfait. »

« (…) l’individu semblait en quelque sorte se suffire à lui-même (…). Il donnait l »impression d’un être parfaitement abouti, sans attaches ni attributs, sans tout ce bagage d’une grande complexité émotionnelle que tant de gens semblent trimballer avec eux comme s’ils n’avaient pas trop but dans la vie. »

« Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait encore assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. »

« Pourquoi fallait-il que la profondeur de l’amour ne se mesure qu’à l’aune du malheur de la perte? »

« Et si vous voyagiez seul, vous emportiez juste de quoi couvrir vos besoins, sans vous encombrer de bagages trop lourds – rêves abandonnés, amours perdues, jalousies, haines et frustrations. Vous n’emportiez que le plus beau. Ce qui se partage. Ce qui ne pèse presque rien mais détient le sens de toute chose. Voilà ce que vous portiez, et qui, dans une certaine mesure, vous portait. »

« Il fallait que les choses bougent. Il fallait agir dans ce sens, et elle était suffisamment pragmatique pour comprendre que le pivot de tout changement ne pourrait être qu’elle-même, que pareils changements ne se produisaient qu’à condition d’être provoqués, qu’ils ne pouvaient en aucune manière être le résultat d’une intervention divine. Ils étaient le fruit de la détermination, de l’action, de l’exemple. Les gens changeaient avec vous, ou ils ne vous suivaient pas. »

Blog Note 4

The Bear Memoria

22 réflexions au sujet de « Les fantômes de Manhattan – R.J Ellory »

  1. AAAH merci pour le tag sur fb. Très joli retour sur ce roman. J’ai encore plus envie de le lire maintenant…. 🤣

      • J’ai pouffé devant le « n’avale pas tout… » avant de me rendre compte que nous parlions de littérature…. enfer et damnation !

      • Oui, une fois tiré de son contexte, une phrase peut prendre un autre sens. Les journalistes sont parfois forts pour ça, ils tirent une phrase d’une papote de 3h et bardaf, ils résument tout à ÇA et le mec se retrouve dans la mouise…

      • Pour ça, ils sont forts, en effet… alors qu’ils devraient porter leur intérêt sur autre chose, souvent! 😮

      • C’est à croire que le peuple s’ennuie et qu’il se jette sur la moindre étincelle pour la fascination d’un grand incendie… -_-

      • Rhôô, oui !!! Je me demande souvent si nous avons le sens des priorités, mais je pense que non et que nous sommes ainsi fait parce que chez moi aussi, un petit détail pour me faire me dresser sur mes ergots… On m’a déjà dit que quand ça arrivait, c’était parce que l’on avait accumulé des frustrations sur autres chose et que c’était ce petit détail qui nous mettait le feu au poudre.

      • C’est la frustration de notre impuissance devant tant de bêtises peut-être. Et être lucide du cours lamentable de notre société qui semble inéluctable, ce n’est pas pour autant l’accepter. Donc parfois, une goutte fait déborder le vase et on se rebelle!

      • J’ai vu une politicienne tomber pour du café bu à l’aéroport et payé avec la carte du parti alors qu’elle avait fait bien pire et qu’elle n’avait jamais été sanctionnée vraiment.

        La goutte d’eau… le petit truc qui fait enrayer la machinerie..

      • Quand c’est ce genre de gouttes d’eau, c’est mieux que rien mais pour combien qui s’en tirent depuis des décades… comme les Balkany par exemple…

      • Ils tomberont pour une merde de chien non ramassée ! mdr

        Ou ils tomberont lorsque leurs protections se déroberont parce qu’elles ne peuvent plus rien tirer de ce couple de voleurs. C’est souvent ainsi, tu es protégé, tu fais le con, et puis, un beau jour, tout le monde te laisse tomber et c’est la curée une fois que tu es au sol… Kadhafi l’a testé, le shah d’Iran aussi, à une époque où il fut personna non grata partout.

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