Gregor Reinhardt T2 – La maison pâle – Luke McCallin

Luke McCallin - Gregor Reinhardt T2 - La maison pâle (2016)

Luke McCallin – Gregor Reinhardt T2 – La maison pâle (2016)

blognote 4

4ème de couv’…

Début 1944, le capitaine Gregor Reinhardt, officier des services de renseignements militaires, vient d’être réaffecté aux Feldjaegerkorps, une nouvelle branche de la police militaire aux pouvoirs très étendus.

Alors que l’armée allemande tâche de se retirer de Yougoslavie sans trop de pertes, Reinhardt est contacté par les témoins d’un massacre de civils commis, semble-t-il, par les rebelles croates Oustachis.

Mais Reinhardt découvre très vite qu’il y a là bien plus qu’un simple incident de guerre.
Quand il identifie les cinq premiers corps mutilés, son enquête commence à attirer l’attention du pouvoir.

Ses amis sont arrêtés et les enjeux montent.
Tandis qu’il tente de découvrir la vérité, son propre passé et ses liens avec les Oustachis menacent de ruiner ses efforts.
Certains ont la mémoire longue et se souviennent trop bien de Reinhardt…

Mon ressenti de lecture…

Non, Gregor Reinhardt n’a pas déserté à l’issue de son enquête ciblant le général Verhein (Cf L’homme de Berlin). Non, il n’a pas rejoint les anglais. C’eût été une trahison envers ce pays qu’il aime, qui est le sien, même s’il n’est pas en accord avec ceux qui le dirigent dans cette Seconde Guerre Mondiale qui n’en finit plus. Il reçoit même une distinction pour sa bravoure dans la retraite de Belgrade en Octobre 1944.

Et le voilà de retour à Sarajevo, dans les Balkans, sa situation chaotique, les guerres intestines face au conflit mondial, l’avancée des russes, la débâcle, le flux des réfugiés et de ceux qui aimeraient se faire oublier pour échapper à l’ordre nouveau qui s’amorce.

Reinhardt est transféré aux Feldjaegerkorps, pour mener une enquête sur des exécutions, des meurtres. Civils, militaires, partisans, hommes, femmes et enfants. Le mystère pourrait passer inaperçu parmi la somme devenue banale des décès quotidiens mais Reinhardt soupçonne une série de meurtres prémédités et organisés. Et le puzzle sera ardu à reconstituer en ces temps mouvementés.

La maison pâle est une référence à la Maison de la terreur, QG des oustachis sur les rives de la Miljacka, qui ont étendu leur répression par un nombre ahurissant d’exécutions sommaires assorties de tortures n’ayant rien à envier aux œuvres de la Gestapo quand ils ont senti le vent tourner en leur défaveur.

J’ai eu plaisir à retrouver ce personnage tourmenté, obligé de survivre, écartelé entre ses valeurs personnelles et son appartenance au camp des nazis mais qui a décidé de reprendre sa vie en mains, malgré tous les dangers et les compromis nécessaires, en évitant toute compromission. Son travail de policier est son essence mais les circonstances et conditions de l’exercice de son travail l’oppressent.
Malgré tout, il est plus sûr de lui, volontaire et frondeur. Il fonce, notre Reinhardt, ne se laisse pas démonter, affronte le Mal sous toutes ses formes. Il tâtonne, rage de son travail de fourmi mais n’abandonne rien.

Et si les progrès pour retrouver son estime de soi sont lents et sans cesse contrariés par les événements, on sent un homme plus fort et qui reste profondément humain par ces questionnements et surtout la peur qui lui colle à la peau. Il sait qu’il n’est pas seul, même si la trahison est omniprésente dans ses rangs et ceux de ses amis.

Nous recroisons également certains protagonistes du premier tome, avec plus ou moins de plaisir, mais affranchis de la perception de la complexité propre aux Balkans, entre croates, serbes, musulmans, juifs, catholiques, partisans, communistes et résistants. La situation de la Yougouslavie est très particulière et l’auteur a su retranscrire cette spécificité et cette instabilité extrême durant le chaos de la Seconde Guerre Mondiale.

Ajouté à cela une intrigue complexe autour de ce que les historiens appelleront plus tard les ratlines (filières d’exfiltration utilisées par les nazis et fascistes pour fuir l’Europe à la fin de la guerre), je ne vous cacherais pas qu’il faut apprivoiser la bête! La lecture est attentive pour ne pas perdre le fil mais là aussi, l’auteur a le talent de mêler action et réflexion, introspection et contexte historique. Nous avons plusieurs points de vue selon l’intervention d’un partisan comme Valter, d’un Oustachi, d’un nazi pur et dur ou d’un grec embarqué dans un bataillon disciplinaire allemand et nous vivons tout autant la « petite » histoire policière que la grande.

Ce roman, tout comme le premier, est dense, riche, complexe et formidablement bien mené et documenté. Et si quelques détails vous ont échappé au cours de la lecture, quelques notes en fin d’ouvrage mettent à niveau en perspective la vue d’ensemble historique.

De plus, une petite aventure amoureuse vient pimenter, si besoin était, l’action déjà bien trépidante et soutenue du roman!

Encore un excellent moment passé en compagnie de Reinhardt et de son papa, Luke McCallin, et je recommande très vivement cette série aux fans d’Histoire car je me suis régalée, autant pour le côté purement historique que pour l’intrigue policière qui sont tous deux intiment liés.

Et vous savez quoi? J’ai hâte de me plonger dans Les cendres de Berlin! Va-t-on quitter Sarajevo? Reinhardt va-t-il réussir à se sortir de son guêpier nazi?

Citations…

« Le cœur de l’homme rongé par le chagrin et accablé de douleur par les orages de la vie, ne peut espérer trouver de vrai repos que lorsqu’il cessera de battre. » (…) Johann Salis

« Ce que je veux dire, c’est que nous ne pouvons plus nous permettre de brandir l’étendard de la loi, du droit ou des procédures pour nous guider ou nous retrancher derrière lui. Ce qui veut dire que nous sommes au bord du précipice, (…) et que nous survivons en essayant de garder notre équilibre. Je ne… je ne vois pas en quoi risquer un pied dans le vide peut aider. Dans quel but? »

« – J’ai mené mon enquête à son terme.
– C’est à dire?
– J’ai préféré aller où les preuves me menaient plutôt que là où d’autres intérêts le suggéraient. »

« (…) nous allons aussi là où l’on a besoin de nous, pas là où nous aimerions aller. »

« – Oui, Benfeld. Des meurtres. C’est généralement le nom que l’on donne à la mise à mort illégale et parfois préméditée d’un être humain par un autre. Quelque chose qui vous semble étrange là-dedans?
– Eh bien, monsieur… commença le colosse, l’air perdu. C’est juste…
– … l’un de ces mots qui semblent être tombés en disgrâce? le coupa Reinhardt. Un terme qui a perdu sa capacité à choquer? Une définition dépourvue de sens…? Sans doute tout cela à la fois. Mais ça ne change en rien ce que c’est. »

« Il voyait de la fumée, et il y avait peut-être un feu, mais il y en avait tant, par les temps qui couraient. Le monde entier était à feu et à sang, alors où était la place de la flamme du juge dans ce vaste incendie? » 

« Les mécanismes de sa pensée s’enclenchèrent, leurs rouages cliquetèrent sous son crâne pour tenter de mettre de l’ordre dans les pièces d’un puzzle qu’il n’arrivait pas à assembler. »

« Le jour viendra où ils auront besoin de vous. Ce sera alors de trahison que nous parlerons. De vos hommes, en notre faveur. Et quelles que soient les circonstances, la trahison n’est jamais une étape que l’on franchit à la légère. »

« Je suis fatigué d’être ignoré, d’entendre les gens me parler dans le vide. Fatigué de ces mots qui ne sont que du remplissage (…). Fatigué de ces mots qui sont censés attiser un feu en moi (…). Ces mots qui sont censés décrire les grandes choses que nous pouvons encore accomplir, si nous nous montrons patients. Comme si une poignée de main chaleureuse, une tape sur l’épaule ou un compliment pouvaient remplacer une action concrète. C’est la façon dont on traite un chien, pas un homme (…). »

« Il était en quête d’une cause à défendre, tout en s’imaginant qu’elle devait forcément être grandiose. Il prenait à présent conscience qu’il n’était pas obligé de garder les yeux rivés sur le lointain, sur un but ou un objectif qui le dépasserait (…). Il avait fini par comprendre qu’il pouvait se satisfaire d’une cause qui lui semblait juste, en accord avec ses principes. »

« C’est presque toujours dans ce qu’il y a de plus simple que réside la vérité (…). »

« Mais comment voulez-vous vous forger une opinion objective sur une situation que vous n’avez pas vécue de l’intérieur? »

« La paperasse appelait la paperasse. Formulaires et règlements créaient des prisons administratives, un réseau de procédures qui tissait sa toile dans tous les domaines de votre vie, couche après couche. Le secret était d’en connaître le fonctionnement, de savoir en démêler les fils et repérer les chaînons qui n’auraient pas dû manquer. Face à une impasse, il fallait trouver une autre issue. (…) »

« La paperasse appelait la paperasse. Elle était semblable à un torrent de vase se déversant d’un bureau à l’autre. Certaines personnes ne voyaient que par le papier et ne pouvaient s’en passer. D’autres l’avaient en horreur et s’efforçaient de l’ignorer. D’autres savaient en tirer profit pour déjouer le système qu’il était censé servir. Mais à la fin, le papier subsistait. Qu’il soit classé, caché, oublié ou égaré, il était toujours là. Il suffisait de savoir où regarder. »

« Pendant très longtemps, tout ce que je souhaitais était survivre à cette guerre. Mais survivre n’est pas vivre et pendant longtemps, j’ai redouté qu’on me demande de mourir pour cette guerre. Mais vivre n’est pas survivre. »

« Il les regarda s’éloigner, un peuple en exil qu’espoirs et aspirations entraînaient chaque jour sur une nouvelle route. Tout ce qui les attendait était la promesse d’un avenir lugubre, un destin qui n’aboutirait qu’au sang, aux larmes et à la trahison. »

« Le silence régnait, les hommes étaient repliés sur eux-mêmes, sur ce fardeau qu’ils portaient, unique témoin de la seule vérité bonne à entendre: ils étaient toujours vivants. Ils avaient survécu à une nouvelle nuit, à laquelle allait succéder un autre jour. »

« À la fin de la guerre, 1,7 million de Yougoslaves avaient trouvé la mort, la plupart- environ un million de personnes- des mains de leurs compatriotes dans un conflit interne et fratricide : des oustachis croates tuant des juifs, des musulmans, des serbes, des tchetniks et des partisans; des partisans tuant des tchetniks et des oustachis; des tchetniks tuant des oustachis, des musulmans et des partisans. »

Blog Note 4

Retrouvez mon avis sur le premier tome, ICI!

The Bear Memoria

 

2 réflexions au sujet de « Gregor Reinhardt T2 – La maison pâle – Luke McCallin »

    • Je suis vachement étonnée du peu de retour sur Babelio et autres alors que cette série a tout d’une grande! 😮 Curieuse d’avoir ton avis quand tu t’y mettras! 😉

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