Le cas Fitzgerald – John Grisham

John Grisham - Le cas Fitzgerald (2018)

John Grisham – Le cas Fitzgerald (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

Des malfaiteurs dévalisent la bibliothèque de l’Université de Princeton. Leur butin est déclaré d’une valeur inestimable, mais Princeton l’a assuré pour vingt-cinq millions de dollars.

Bruce Cable possède une célèbre librairie à Santa-Rosa, une bourgade tranquille sur l’île Camino, en Floride. Bien que son affaire soit prospère, l’argent provient surtout du commerce de livres de collection. Peu de gens, toutefois, savent que Cable a souvent recours au marché parallèle et que passent entre ses mains manuscrits et ouvrages volés.

Mercer Mann est une jeune romancière. Elle souffre d’une angoisse aiguë de la page blanche et vient de perdre son poste d’enseignante. Elle est contactée par une femme mystérieuse travaillant pour une société tout aussi mystérieuse. On lui offre une coquette somme pour infiltrer Bruce Cable et son cercle d’amis de la littérature. Sa mission est de se rapprocher suffisamment de lui et de découvrir ses secrets.

Mais Mercer va trop en apprendre, et les ennuis vont commencer. Le paradis va devenir enfer, une métamorphose implacable comme seul John Grisham sait en conter.

Mon ressenti de lecture…

Horreur! Les manuscrits inestimables de Francis Scott Fitzgerald ont été volés! Gatsby le Magnifique est dans la nature!
C’est un casse de plusieurs millions de dollars, tant pour les assurances que pour les voleurs mais c’est avant tout un scandale pour l’université de Princeton, prête à tout pour ne pas ébruiter l’affaire et payer n’importe quelle rançon pour voir ses trésors retrouver leur écrin!
Enquêteurs privés comme FBI se lancent sur les traces des manuscrits et c’est à cette occasion qu’une obscure romancière, Mercer, est recrutée pour infiltrer l’entourage de Bruce Cable, fortement soupçonné dans l’affaire, libraire et familier des transactions de livres rares.

Avec Le cas Fitzgerald, nous ne sommes absolument pas plongés dans le monde juridique, thème cher à John Grisham, mais, vous l’aurez compris, dans le milieu littéraire: celui des écrivains, de l’édition, de la librairie et des livres rares.

Le roman de John Grisham est basé sur un fait réel. En effet, le Département des livres rares et des collections spéciales de l’Université de Princeton conserve les manuscrits originaux des romans de F. Scott Fitzgerald, ainsi que d’autres documents, légués par la fille de l’écrivain. Précision amusante: Fitzgerald a quitté cette université sans jamais en avoir été diplômé.

L’auteur avoue ne pas être familier du milieu mais il a diablement bien travaillé son sujet car l’immersion est totale. Entre les jeunes auteurs terrorisés par l’angoisse de la page blanche, les vieux de la vieille qui conseillent les thèmes et les techniques d’écriture qui font vendre sans aucun égard pour un talent quelconque, les démons de la création qui rongent le cerveau… ou le foie!,  le travail incessant d’un libraire entre retour des invendus et séances de signature, les relations entre auteurs et éditeurs, et ses petites pépites que s’arrachent certains collectionneurs: les premières éditions, les signatures originales, les manuscrits!

Pour les passionnés livresques, ce roman est une juste un pur cadeau!

Une intrigue ciselée finement où se confrontent « simples » voleurs, exécuteurs, collectionneurs en costumes, prêts à toute transaction tortueuse pour garder le secret de la possession de tels trésors et les enquêteurs menant des recherches classiques, désarçonnés par l’ingéniosité du trafic d’œuvres d’art.

Le casse est détaillé à la minute près, une véritable opération commando qui ne néglige aucun détail. Le travail d’investigation des sociétés d’assurance qui ne restent pas passives pour éviter de signer de gros chèques est, à ma connaissance, très peu exploité dans les romans et apporte une touche originale à ce thriller.

Et surtout, cet univers littéraire… création, promotion, succès ou échecs, l’écriture est-elle une recette mathématique ou un art? Cette réflexion est abordée par le questionnement sur l’œuvre littéraire et la daube commerciale avec beaucoup d’humour et d’ironie. Le succès d’un roman est-il le résultat d’une démarche commerciale bien ficelée ou le fruit d’un réel talent?

Et bonus largement apprécié: au fil des pages, des anecdotes sur la vie chaotique de Fitzgerald sont égrenées au côté de celles de son épouse Zelda ou du non moins célèbre Hemingway. L’évocation de ces artistes qui ne sont plus mais devenus éternels pour leurs écrits est passionnante.

Pour l’ambiance retranscrite, le milieu analysé, l’intrigue de base, cette lecture a été excellente. Les réunions de ces artistes offrent des portraits truculents et celui de Bruce Cable est intéressant et complexe, à cheval entre profits monnayés et passion de l’art littéraire. Par contre je n’ai pas beaucoup apprécié le personnage de Mercer, qui manque, à mon sens, de charisme, qui n’est guère enthousiasmée devant l’écriture d’un nouveau roman, dont le passé est effleuré mais pas approfondi. Elle est certes romancière mais je ne l’ai guère senti portée par son art. Son amourette avec le libertin Bruce est cousue de fil blanc, son rôle dans l’enquête reste accessoire. Elle manque singulièrement de passion cette jeune Mercer, dommage!

Malgré cette petite déception pour ce personnage un peu trop lisse et fade, cette lecture a été très agréable pour cette immersion jouissive dans le monde littéraire!
Et question cruciale: Gatsby et ses compères ont-il retrouvé leur écrin universitaire ou font-il le bonheur égoïste de quelque collectionneur?

Citations…

« Ils éprouvaient aussi l’inévitable arrogance de ceux qui ont perpétré un crime parfait. (…) Ils avaient consacré des heures à monter l’opération, à discuter du rôle de chacun. Quel était le meilleur moment pour passer à l’acte? Où iraient-il ensuite? Tant de détails à régler, certains énormes, d’autres infimes, mais tous cruciaux. »

« M. Cable s’était marié deux fois, de mauvais mariages, et avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus, mais il semblait ne pouvoir s’épanouir sans la présence d’une folle pour lui rendre la vie impossible. »

« (…) elle ne pouvait écrire en croulant sous les dettes. Le matin, la page blanche n’était pas la promesse d’un nouveau chapitre d’un grand roman, mais l’obligation de produire quelque chose pour rassurer ses créanciers. »

« On appelle ça opérer en zone grise. On espionne, on visite, on récolte des preuves, et le plus souvent on avertit le FBI. Après, ils reprennent les choses en main, avec mandat et tout le tralala. Et l’œuvre d’art est restituée à son propriétaire. Le voleur va en prison, et les lauriers au FBI. Tout le monde est content, à l’exception peut-être du voleur. Mais c’est le cadet de nos soucis. »

« Pour un auteur autrefois plein d’avenir, aujourd’hui en mal d’inspiration, terrifié à l’idée de ne plus jamais pouvoir écrire, les paroles enthousiastes d’un lecteur aussi éclairé faisaient chaud au cœur. »

« Certains écrivains sont de grands conteurs et ont toujours pléthore d’anecdotes, de plaisanteries et de bons mots. D’autres sont plus renfermés, des âmes introverties qui explorent leur univers personnel et ne sont guère à l’aise en société. »

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The Bear Memoria

 

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