Une fille modèle – Karin Slaughter

Karin Slaughter - Une fille modèle (2018)

Karin Slaughter – Une fille modèle (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

Deux frères s’introduisent dans une ferme isolée abritant la famille Quinn. Deux sœurs, Charlie, treize ans, et Sam, quinze ans, vont lutter pour leur propre vie.
L’une est laissée pour morte. Enterrée alors qu’elle respire encore. L’autre s’enfuit…

Vingt-huit ans après le drame, Charlie est devenue avocate, comme son père. Elle est en première ligne quand Pikeville se retrouve à nouveau en plein cauchemar: Kelly Wilson, dix-sept ans, est accusée d’avoir tué deux personnes.

Charlie est témoin, et des images dont elle aurait préféré ne jamais se souvenir commencent à affluer, l’obligeant à s’interroger et à affronter la vérité: que s’est-il réellement passé lors de cette terrible journée, il y a presque trente ans?

Mon ressenti de lecture…

Témoin d’une fusillade dans un collège, Charlie est choquée. De terribles souvenirs resurgissent. Le jour où sa mère a été assassinée en lieu et place de son père, avocat détesté pour les libérations obtenues de personnes peu reluisantes. Le jour où sa sœur a été enterrée vivante. Le jour où elle…
Trente ans. Trente ans ont passé mais la boîte hermétique qui abrite ses douloureuses résurgences se fissure. Sa famille est de nouveau une cible mais s’en remettra-t-elle une nouvelle fois?

Quel plaisir de retrouver Karin Slaughter, auteur que j’adore et qui me déçoit rarement, dans ce one-shot sombre et perturbant!

Il y a l’élément déclencheur qui renvoie violemment Charlie dans le passé: une fusillade, deux morts dont une petite fille de huit ans, et une coupable toute désignée. Et c’est le balai des médias-vautours, des flics en colère, des avocats aux dents longues. Et cette toute frêle jeune fille au QI faible, malléable et influençable au possible, Kelly, qui se retrouve derrière les barreaux. Rusty, le père de Charlie, est tout désigné pour la représenter, lui qui a si mauvaise réputation, à défendre les indéfendables.

Au travers de cette enquête et de celle plus ancienne du drame subi par Charlie et sa famille, l’auteur dresse le portrait du métier d’avocat, de sa fonction, certes, de son mode de fonctionnement, assurément, mais surtout de sa conscience et de sa motivation. Apprendre des textes de Loi, maîtriser le jargon juridique, savoir quelles règles appliquer à telle situation, connaître les ficelles pour en contourner d’autres, c’est une chose, ardue, difficile et parfois rébarbative. Mais se retrouver face à l’humain, victime ou accusé, c’en est une autre et le face à face psychologique ne figure dans aucun texte de Loi, n’est codifié nulle part.

Avec le portrait de Rusty, l’auteur analyse finement cette conscience au fil des pages. L’homme est truculent, fonceur, gouailleur, il a l’air de se moquer de sa réputation comme de la nature profonde des individus qu’il défend. Somme toute assez antipathique, a fortiori lorsque ses absences répétées en qualité de père et d’époux tissent une apparence de froideur, de distance et d’indifférence. Mais progressivement, les couleurs changent. Si le lecteur n’est pas loin, au départ, de se joindre à ses détracteurs taguant de doux mots sur la façade de sa maison, à la fin du roman, un mot prévaut: respect. Mais là, je me tais, à vous de découvrir pourquoi!

Si l’enquête sur la fusillade est présente et permet d’aborder certains sujets comme la profession d’avocat, de la position de chacun prise en faveur de la peine de mort ou du pardon, le personnage de Kelly nous questionne sur l’existence de ces personnes aux faibles facultés intellectuelles, aux cibles idéales qu’elles représentant malgré elles, aux dangers auxquels elles s’exposent par naïveté quand elles ne sont pas encadrées et aux pièges dans lesquels elles tombent quand les rencontres sont mauvaises.
J’ai eu de la peine pour cette jeune fille qui se retrouve accusée de meurtre alors qu’elle n’est que douceur et gentillesse, à l’ostracisation et aux abus de faiblesse dont elle a été la cible toute sa vie. Une jeune fille qui ne possède pas les armes psychologiques pour se défendre et qu’on aide bien moins souvent qu’on ne l’écarte.

A contrario, un portrait totalement opposé amène à la même conclusion que certains êtres ne trouvent pas leur place dans une société stéréotypée. C’est celui de la mère de Charlie et Sam, Gamma, une femme intelligente, brillante, au QI élevé, ayant soif de savoir et de connaissances, à l’esprit cartésien. Elle a le cerveau très bien fait et pourtant s’intégrer dans la société lui demande des efforts monumentaux. Mention spéciale à la scène du trajet en voiture avec une Charlotte hurlant de douleur avec une fracture ouverte et Gamma pensant l’apaiser en lui détaillant les détails anatomiques de son bras! Humour douloureux s’il en est!

J’ai beaucoup apprécié les joutes verbales entre Rusty, Lenore, Charlie et Sam: entre réflexions caustiques et piques bien acérées, où commence l’affection, où naît la colère et la rancœur et où se termine l’ humour. Ces dialogues allègent la gravité des drames abordés.

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin, les personnages de Charlie et Sam. Toutes deux se sont éloignées, ont géré leurs traumatismes de manière différente et au fil des pages, on s’attache à ses femmes si différentes et pourtant unies dans la tragédie.
On loue le courage de Sam, aux prises avec une convalescence difficile et longue, quand le moindre geste a demandé à être ré-appris et que les douleurs rythment chaque seconde de son quotidien.
On s’agace de l’auto-destruction de Charlie qui a vu ses blessures physiques ne laisser aucune trace apparente mais qui sous-estime les cicatrices intérieures et psychologiques.
Et peu à peu, on comprend, on s’horrifie devant les révélations et l’atrocité des dommages causés, on s’interroge. Elles sont attachantes chacune à leur manière, on voit le portrait craché du père dans l’une, l’héritage maternelle dans l’autre.

Mais même trente ans après, les chemins peuvent se croiser à nouveau et se fondre…

Une fille modèle est un roman riche et passionnant. Je ne dirais pas que c’est le meilleur roman de Karin Slaughter mais elle est diablement en forme, pour mon plus grand bonheur de lectrice!

Citations…

« Elle avait souhaité que la chaleur l’enveloppe, que le sang et les os dérivent au loin comme un cauchemar qui s’estompe au cœur de la mémoire.
Rien ne s’estompe jamais vraiment. Le temps se contente d’émousser le tranchant. »

« Écoute bien ce que je vais te dire. Parfois, même si tu connais la réponse, tu dois laisser l’autre tenter le coup. S’il a l’impression de se tromper tout le temps, il n’a jamais l’occasion de se sentir dans le juste. »

« – Je déteste l’idée de dézinguer ta philosophie, Horatio, mais s’il existe une bonne action alors il y en a une mauvaise (…) »

« Les médias pressaient le jus de la tragédie, comme elle celui de l’auto-apitoiement. À l’instar de toute personne qui s’était retrouvée au cœur de la violence, qui en avait subi les conséquences, la couverture médiatique des faits divers lui donnait la nausée. »

« Accusation, défense: l’important c’est de comprendre les pulsations d’une salle d’audience (…). »

« Elle avait toujours été tellement drapée dans la torture de sa propre convalescence qu’elle n’avait pas accordé beaucoup d’attention à l’existence de Rusty et Charlie. Lenore avait manifestement rempli un peu du vide laissé par Gamma. »

« Ce qu’un violeur arrache à une femme, c’est son futur. La personne qu’elle va devenir, celle qu’elle est censée être, disparaît. À de nombreux égards, c’est pire qu’un meurtre, parce qu’il a tué cette personne en puissance, éradiqué cette vie potentielle. Pourtant, la personne vit et respire toujours, et elle doit trouver une autre façon de se développer. (…) Ou pas, dans certains cas. »

« Il y eut un clic à peine perceptible.
L’aiguille des secondes sur une montre.
Le loquet d’une porte qui se ferme.
Le percuteur qui frappe l’amorce dans une cartouche de fusil. »

« Si tu peux voir les choses détraquées, alors tu peux voir comment les choses peuvent être en ordre. Dr Seuss. »

Blog Note 4

Et retrouvez la bibliographie de Karin Slaughter, ICI, avec le lien pour mes avis!

The Bear Memoria

32 réflexions au sujet de « Une fille modèle – Karin Slaughter »

  1. Je l’ai terminé hier. C’était la première fois que je lisais un roman de Karin Slaughter, et j’ai apprécié ma découverte =) Mon seul bémol est que je m’attendais à assister à un grand procès final, et ça n’a pas été le cas. Tant pis, l’histoire m’a quand même beaucoup plu malgré la violence du récit – j’ai moi aussi beaucoup aimé les personnages !

    • J’avoue avoir été surprise également par la tournure des événements: pas de procès et la violence de ce qu’a vécu Charlie. J’ai lu tous ses romans et cela me fait plaisir qu’elle arrive encore à me surprendre! 🙂

      • C’est une très bonne chose qu’elle arrive encore à surprendre ses lectrices et lecteurs ! Quel livre de K. Slaughter me conseillerais-tu ? Ce ne sera pas pour tout de suite, mais je compte bien lire d’autres de ses romans =)

      • Tu as la bibliographie sur mon blog si tu veux les détails. Elle a deux séries: Will Trent et Grant County (au total, une quinzaine de romans, qui se partage des personnages) que j’aime beaucoup. Les premiers sont Mort aveugle pour l’un et Triptyque pour le second. Bon ok, j’avoue une préférence pour les Will Trent! 🙂 Mais si tu ne veux pas t’engager dans autant de lectures, je te conseille ses one shots, avec Pretty girls, Cheveux blonds & yeux bleus ou encore un coeur très froid. Bonnes futures lectures! 😀 Oui, oui, je suis optimiste, avec Karin Slaughter, je mets au pluriel! 🙂

      • Merci, je note tout ça ! Je pense plutôt lire les one shot pour le moment, étant donné que j’ai déjà pas mal de séries en cours ^^’

      • Je te comprends! 😀 Je connais cet auteur depuis longtemps donc je n’ai pas eu de mal à suivre ses séries mais c’est vrai que prévoir une quinzaine de bouquins à découvrir pour être à la page… hard avec nos PAL gigantesques! 😉

      • Oh oui, je confirme pour la PAL !
        Je n’aime pas me lancer dans une série quand je ne sais pas combien de tomes elle va se poursuivre, mais je n’aime pas non plus attendre que tout soit sorti et avoir une dizaine de livres à lire… Bonjour le paradoxe ^^’

      • Ahah, si tu prends Lee Child, par exemple, qui n’écrit qu’avec son personnage récurrent, Jack Reacher, impossible d’attendre la fin qui n’est point programmée! 😀 Par contre, j’ai appris à me méfier des séries Bitlit et Fantasy car là, les maisons d’édition ne respectent pas la fidélité des lecteurs et ont tendance à les arrêter quand ça leur chante! Et c’est bien dommage! 😮

      • Oui, c’est en partie pour ça que je me méfie : non seulement on ne sait pas combien il y aura de tomes en tout, mais surtout on ne sait pas s’il y aura une conclusion à toutes ces aventures… Autant terminer ce qui est commencé, quitte à dire à l’auteur.rice : « on arrête après le prochain tome, trouve une façon de terminer ton histoire ».

      • Certaines histoires appellent une fin, en effet! Mais diantre, ne tuez pas les Jack Reacher, Eytan Morgenstern, Harry Bosch et autres! Là, je me tire une balle! Ils sont immortels! 😉 3:)

      • On n’a jamais envie de se séparer de héros et héroïnes qu’on aime ! Pourtant, parfois, il faut savoir leur dire « au-revoir ».
        Sir Arthur Conan Doyle avait tué Sherlock Holmes mais, les lecteur.rices s’étant insurgé.e.s, il a fini par le faire revivre. C’est abracadabrantesque !

  2. Encore un livre que je met sur ma liste ! C’est trop injuste !!!
    Je suis en vacances depuis hier, je pensais que j’aurai du temps pour lire Que neni ! Grrr

    • Ahah, bonnes vacances à toi! 😀 Mais je suis certaine que tu vas trouver un peu de temps, non? Attache les enfants et les zanimaux, lance le jeu du Roi du silence et zou, c’est parti pour la lecture! 😉 J’adore Karine Slaughter donc contente que tu l’ajoutes à ta loooongue liste! 😉

  3. Nous ne sommes sûrement pas des filles modèles, nous ! Bon, j’hésite là, je lui en veut toujours pour la mort d’un personnage dans une de ses séries et j’ai la rage longue et dure 🙂

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