Changer l’eau des fleurs – Valérie Perrin

Valérie Perrin - Changer l'eau des fleurs (2018)

Valérie Perrin – Changer l’eau des fleurs (2018)

blognote 5

4ème de couv’…

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne.

Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre.
Son quotidien est rythmé par leurs confidences.

Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule.

Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.

Mon ressenti de lecture…

Violette est discrète dans les allées du cimetière dont elle est la gardienne. Discrète et taiseuse mais sa porte est ouverte à tous: les visiteurs de passage, les veuves ou veufs, les enfants éplorés, ses collègues de travail, le prêtre de la commune et même les chats et les chiens orphelins de leur maître…
Chacun s’épanche à sa manière et elle a toujours une tasse de café, de thé ou un breuvage un peu plus corsé pour réconforter tout ce petit monde.
Cimetière, la dernière demeure, des voisins tout aussi silencieux et discrets que Violette mais ô combien de vies, de joies et de drames en un seul endroit…

J’avoue qu’à la lecture de la 4ème de couv’, je n’étais pas du tout chaude à glisser ce roman dans ma PAL. Mais j’ai suivi les chaudes recommandations de ma complice, Gwen. Bon OK, c’était par peur de me faire frapper aussi, si je ne le lisais pas! (Joke!) Et je ne regrette pas du tout!

Elle porte bien son prénom, Violette, comme la fleur qui pousse malgré la neige, dresse fièrement sa tige fine et fragile, déploie ses pétales délicats et veloutés au creux de son cœur feuillu au vert profond vers le soleil et embaume les sous-bois.
Violette est une battante, une survivante, sans pousser de hauts cris, sans se faire remarquer, telle cette fleur qui s’épanouit malgré les rigueurs de l’hiver.
Au-delà des larmes et des douleurs qui hantent ces lieux, Violette aime son cimetière et ses silences, comme elle aime vivre au rythme de la nature au sein de son jardin. Elle mène une vie simple, Violette, mais son existence est loin d’être aussi lisse que le marbre des sépultures…
Au fil des anecdotes qu’elle égrène sur ses résidents et leurs invités, tour à tour tragiques ou cocasses, Violette dévoile également son propre parcours. Des foyers de l’Assistance publique en passant par un mariage douloureux jusqu’à cette solitude choisie.

Mais ne pensez pas que ce roman vous tire des larmes de la première à la dernière page. Il n’en est rien. Ooohh bien entendu, prévoyez la boîte de mouchoirs à certains moments car les émotions sont au rendez-vous avec Violette, Sasha ou Philippe. Mais je suis passée du sourire et du rire aux larmes et vice versa. Ce roman vous chamboule par un maelström d’émotions.
Valérie Perrin a un style bien elle pour raconter les histoires de toutes ses vies, mêlant simplicité, humour, franc-parler et poésie. Certains portraits vous toucheront droit au cœur et vous haïrez certains personnages mais pour chacun, nous passerons le nez par la fenêtre, coincerons le pied dans la porte pour voir au-delà des apparences et passer quelques moments dans l’intimité des personnages.

Le portrait de Violette est poignant, terrible et magnifique à la fois. Son bon cœur vous enveloppe de douceur, le bon sens et la sagesse qu’elle acquiert auprès de Sasha vous réconfortent au fil des pages. D’un bébé délaissé à la naissance et posé sur un radiateur à la jeune fille sachant à peine lire et écrire, trompée et humiliée par un mari volage, elle a bien grandit, Violette. Elle s’est prise en mains, s’est découvert une passion pour la lecture, a su écouter son cœur, a attendu son heure, a cultivé ses plantes et ses fleurs, s’est laissée porter par le cours du temps. Violette est belle de ses combats et de ses couleurs cachées.

Le personnage de Sasha m’a beaucoup touchée, avec sa philosophie de vie, sa manière bien à lui de s’imposer gentiment dans l’existence de Violette pour la porter et la soutenir, lui ouvrir les portes d’une certaine sérénité.

Si la mort est la finalité de l’existence sur terre, elle réserve aussi quelques surprises que nous révèle Julien, qui découvre les secrets de sa mère alors qu’elle n’est plus. J’ai aimé ses visites impromptues, son côté un peu emprunté et bourru, et ses manières d’offrir à Violette une autre perspective de vie.

J’ai adoré les citations qui parsèment le récit, qui vous obligent à stopper un instant la lecture pour penser à ce qu’elles évoquent en vous. Qu’elles parlent du vide, de l’absence ou de la mort, elles sont surtout les voix de la vie, du courage et du bonheur.

Adoré aussi que l’auteur nous bouscule avec le personnage de Philippe par un revirement de situation qui nous le rendrait presque sympathique!

Le roman est riche, riche d’émotions et de réflexions sur l’amour, la famille, les secrets, les blessures, le deuil et surtout l’espoir et la certitude que rien n’est gravé dans le marbre tant que ce n’est pas une épitaphe…

Dans la délicatesse, la sobriété et la pudeur de toutes les petites histoires imbriquées dans celle de Violette, j’ai aimé, aimé énormément Changer l’eau des fleurs…

Citations…

« En me couchant, je pense que je n’aimerais pas mourir au milieu de la lecture d’un roman que j’aime. »

« J’adore rire de la mort, me moquer d’elle. C’est ma façon de l’écraser. Comme ça, elle fait moins son importante. En me jouant d’elle, je laisse la vie prendre le dessus, prendre le pouvoir. »

« Mais moi, j’étais pleine de silences qui hurlaient au fond de moi. Qui m’ont fait grossir, maigrir, vieillir, pleurer, dormir toute la journée, boire comme un trou, me cogner la tête contre les portes et les murs. Mais j’ai survécu. »

« Pourquoi va-t-on vers des livres comme on va vers des gens? Pourquoi sommes-nous attirés par des couvertures comme nous le sommes par un regard, une voix qui nous paraît familière, déjà entendue, une voix qui nous détourne de notre chemin, nous fait lever les yeux, attire notre attention et va peut-être changer le cours de notre existence? »

« La mort d’une mère est le premier chagrin que l’on vit sans elle. »

« Apprendre à lire c’est comme apprendre à nager. Une fois que les mouvements de la brasse sont acquis, que la peur de se noyer est passée, traverser une piscine ou un océan revient au même. C’est juste une question de souffle et d’entraînement. »

« Le livre de la vie est le livre suprême, qu’on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix, on voudrait revenir à la page où l’on aime, et la page où l’on meurt est déjà sous nos doigts. »

« Des drames, il y en a tout autour de vous, chaque mort est le drame de quelqu’un. »

« Pendant ces années, je n’en ai pas voulu à Philippe Toussaint de la solitude dans laquelle il me laissait parce que je ne la ressentais pas, je ne la vivais pas, elle glissait sur moi. Je crois que la solitude et l’ennui touchent le vide des gens. Moi, j’étais repue. J’avais plusieurs vies qui prenaient toute la place: ma fille, la lecture, la musique et l’imaginaire. »

« Sans drame, sans larme, pauvres et dérisoires armes, parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur. »

« – Tout cela n’est pas très catholique, madame la comtesse.
– Mon père, il faut bien que les gens pêchent, sinon votre confessionnal serait vide. Le péché c’est votre fonds de commerce. Si les gens n’avaient plus rien à se reprocher, il n’y aurait personne sur les bancs de votre église. »

« Le manque, la douleur, l’insupportable peuvent faire vivre et ressentir des choses qui dépassent l’imaginaire. Quand quelqu’un est parti, il est parti. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l’esprit d’un seul homme est bien plus grand que l’univers. »

« Oui, la guerre touchait à sa fin. Je le sentais. Je ne me remettrais jamais de la mort de ma fille, mais les bombardements avaient cessé. J’allais vivre l’après-guerre. Le plus long, le plus difficile, le plus pernicieux…(…) Quand l’ennemi est parti et qu’il ne reste rien que ceux qui restent. »

« J’aime la beauté des choses parce que je ne crois pas en la beauté des âmes. »

« Les jeunes, je préfère les connaître vivants, pénibles, bruyants, saouls, stupides, que voir des gens suivre leur cercueil, courbés par le chagrin. »

« Avec les assistantes sociales et les éducatrices spécialisées, j’avais l’habitude qu’on parle de moi, de ma vie, de mon avenir comme si je n’étais pas concernée. Comme si j’étais absente de mon histoire, de mon existence. Comme si j’étais un problème à résoudre et non une personne. »

« – Que sont les « larmoyances « ?
– C’est un mot que j’ai inventé pour réunir la mélancolie, la culpabilité, les regrets, les marches avant et les marches arrière. Tout ce qui nous emmerde dans la vie, quoi. Ce qui nous empêche d’avancer. »

« Là où mon cœur demeurera, le tien continuera de battre. »

Blog Note 5

The Bear Memoria

12 réflexions au sujet de « Changer l’eau des fleurs – Valérie Perrin »

  1. je l’ai commencé hier, j’aime bien pour le moment.
    Même si je ne retrouve pas le style d’écriture qui m’avait tant plu dans son 1er roman.

    • Je n’ai pas lu son premier roman (mais cela ne saurait tarder) donc je ne peux pas faire la comparaison mais du coup, je suis encore plus motivée à le glisser dans ma PAL! J’espère que tu ne seras pas déçue, au final! 😮

  2. Comme tu le sais, ce livre a chamboulé pour coeur sec ! J’adore la manière dont tu en parles, tu lui rend toute cette douceur, cette vie qui le rempli. Je suis vraiment heureuse qu’il t’est plu… T’ais-je dis que je viens de lire un roman qui m’a bouleversé aux larmes ?… Nan ? Ah bah il faut que je t’en parle… Mais j’ai une chronique qui m’attend sur ton blog moi aussi ! Tu crois qu’on en sortira un jour ? :p

    • Merci Gwen!
      Ahah, non, on ne s’en sortira jamais, on est fait comme des rats! 😀 Mais c’est si bon! 😉
      De quel roman parles-tu? Histoire que je puisse râler de devoir prévoir une autre boîte de mouchoirs! 3:)

      • Il s’agit du roman « A la folie » de Sophie Dutérail, il s’avale très vite et nécéssite une boite de mouchoirs, ainsi je t’en devrais eux voir trois avec le dernier de Giebel que je lis… lentement… 🙂 Bisous bon dimanche

      • Ahah, le mieux serait d’acheter des parts dans une entreprise de fabrication de mouchoirs! 😀 Je vais aller jeter un œil à Sophie Dutérail, le Giébel, je l’ai dans ma Pal! 😉 Bizzz et que ton dimanche soit doux! :*

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