Une seconde de trop – Linda Green

Linda Green - Une seconde de trop (2018)

Linda Green – Une seconde de trop (2018)

blognote 4
4ème de couv’…

Un seconde de trop et vous perdez tout.

Un, deux, trois…

Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu’à cent lors d’une partie de cache-cache avec sa fille.
Lorsqu’elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu.
Sans laisser la moindre trace.

La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette.

Mais si leur instinct les éloignait d’Ella? Et si le ravisseur était connu d’eux tous?

Mon ressenti de lecture…

Il suffit d’une seule seconde d’inattention.
Une seule petite seconde pour verser dans l’infini de la souffrance.
Lisa vient de perdre Ella, son petit bout de chou de 4 ans, dans le parc.
L’horreur a frappé à sa porte et toute une famille est anéantie…
Et si Ella était bien plus proche qu’on ne peut le supposer?

Le thème n’est pas original, vous en conviendrez. Et pourtant…
Ce roman joue sur le suspense psychologique. Et c’est là son point fort: la psychologie.
Au travers de trois voix, celles de Lisa, Muriel et Matthew, ce sont trois portraits finement analysés et présentés qui bousculent, dérangent parfois et questionnent.

Avec Lisa, c’est la culpabilité qui prédomine et pas seulement depuis la partie de cache-cache dans le parc.
Lisa a une fille aînée, Chloé, accident de jeunesse assumé mais elle se reproche de ne pas avoir été assez présente à ses côtés, elle est désarmée devant la rébellion silencieuse de cette jeune fille froide et l’absence de communication. Et dans l’épreuve, l’obscurité se renforce… à moins que…
J’ai beaucoup aimé le portrait de Lisa et les sentiments qu’elle exprime ou garde pour elle. Elle se veut forte pour ses parents, son frère, son époux, ses autres enfants alors que tout s’écroule en elle. Elle rejette toute attention qui pourrait la briser. Elle culpabilise de cette seconde d’inattention fatale.
Elle est révoltée de voir que la Terre continue de tourner alors que son monde s’est arrêté.
Elle souffre de son inaction et de son impuissance mais elle garde courage pour affronter les autres.

Le regard et le jugement hâtif des autres. Ces autres si bien pensants, donneurs de leçon, qui condamnent sans savoir, les voyeurs de l’existence qui s’arrêtent aux apparences et se gorgent de médisance. Gare à vous si vous ne répondez aux stéréotypes de la masse, vous serez lynchés!

Avec Lisa, c’est toute une famille  sur qui l’apocalypse se déchaîne et l’auteur a su nous donner un aperçu juste, pudique et émouvant des réactions de chacun, en fonction de sa propre personnalité. La grand-mère qui essaye de maintenir un semblant de normalité en préparant les repas, le grand-père qui a les poings qui le démangent et le verbe haut, l’oncle qui ose ouvrir son cœur pour soutenir Lisa… Chacun traverse cette épreuve à sa manière dans une cellule familiale soudée, interagissant avec l’autre avec courage mais au final, enfermé dans une certaine solitude de souffrance.

Dans cette histoire de disparition, la police est à la hauteur de sa fonction. Tout est mis en œuvre pour retrouver la petite Ella. Claire, agent de liaison, explique, justifie les actions de la police même quand les soupçons se portent sur la famille. Elle est présente pour afficher le côté humain d’une enquête qui ne l’est point. Elle est le réceptacle des peurs, des angoisses et surtout de la colère de cette famille meurtrie et dans l’attente d’un dénouement quel qu’il soit. J’ai trouvé cet aspect de l’intrigue un peu trop idyllique pour être réaliste mais c’est peut-être mon côté cynique et critique qui s’exprime!

La notion d’amour maternel n’est pas la même pour tout le monde. Il n’y a pas de codes, de règles ou de recette magique pour bien élever un enfant. Les parents sont imparfaits comme le sont nos enfants. Mais certains oublient bien trop souvent qu’on ne possède jamais personne. Élever un enfant c’est lui donner tous les outils nécessaires pour s’affirmer en toute liberté et prendre son envol pour quitter le nid familial. Mais pour certains, c’est l’expression d’un amour toxique et possessif, qui étouffe, brise les ailes de l’oisillon avant même qu’il tente de s’envoler…
Le portrait de Muriel est terrible. L’auteur joue avec la confusion des pronoms, des prénoms pour jeter le trouble, le doute et révéler l’ampleur de son déséquilibre. Les chapitres consacrés à Muriel sont puissants et poussent à une certaine introspection.

L’amour d’un parent pour son enfant est sujet à discussion, certes, souvent couplée au questionnement sur l’éducation que nous donnons et nous parlons moins souvent de l’amour inconditionnel que nous porte nos enfants, au point que la culpabilité de prendre son envol mine les plus fragiles. Certains se sabordent pour ne pas décevoir son parent. Le portrait de Matthew est poignant, nous met la rage au cœur. On aimerait lui ouvrir la cage, lui dire que l’amour maternel n’est pas ce qu’il reçoit…
Son histoire d’amour est belle, porteuse de bonheur et malheureusement tragique…

Un léger bémol pour les paroles de la petite Ella que je trouve parfois bien trop matures pour son jeune âge. Mais c’est vraiment pour chipoter car ce premier a rempli son office: que je ne lâche pas le roman dès les premières lignes lues!

Une seconde de trop est un roman de suspense psychologique émouvant, puissant, bien mené, sans pathos mais avec juste ce qu’il faut d’émotions pour mesurer l’ampleur du drame… ou plutôt des drames…

Citations…

« On se croirait en temps de guerre, quand il ne reste à la maison que les femmes seulement bonnes à se tordre les mains. »

« On ne peut affronter un problème que lorsqu’on en a reconnu la réalité. »

« En l’occurrence, j’ignore ce que signifie « tenir le coup ». À mes yeux, le choix est simple: on endure chaque jour qui se présente ou on se tranche les veines. »

« J’ai conscience que si je tiens encore vaguement debout, c’est uniquement grâce à l’adrénaline. Et lorsque toute adrénaline sera épuisée, je me dégonflerai comme une baudruche, réduite en un petit tas tremblotant sur le sol. » 

« L’art de la lecture consiste à savoir et à comprendre tout ce qui ne se dit pas. Il y autant à apprendre des lignes vides que des mots écrits sur les pages. »

« (…) cernée de toutes parts, seule au milieu des flots démontés, je ne lâche plus le radeau de ma vie et m’y raccroche de toutes mes forces. Il ne m’offre pas de vraie protection contre tout ce que je reçois en pleine figure. Ballottée et malmenée en tous sens, je reste allongée à plat ventre et j’encaisse, je n’ai plus la force de me défendre. C’est moins le vent qui ne gonfle plus mes voiles que le fait de ne plus avoir de voiles du tout. Alors j’attends que la tempête s’apaise et que la dernière vague se soit écrasée sur moi, ne laissant derrière elle que des débris. Puis, après le naufrage, (…), j’examine les restes de l’épave. Moi, mon corps desséché, battu et maltraité par les intempéries qui gît, solitaire et désespéré. »

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The Bear Memoria

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