La fille du roi des marais – Karen Dionne

Karen Dionne - La fille du roi des marais (2018)

Karen Dionne – La fille du roi des marais (2018)

4ème de couv’…

Enfin, Helena a la vie qu’elle mérite! Un mari aimant, deux ravissantes petites filles, un travail qui occupe ses journées.
Mais quand un détenu s’évade d’une prison de sa région, elle mesure son erreur: comment a-t-elle pu croire qu’elle pourrait tirer un trait sur son douloureux passé?
Car Helena a un secret: elle est l’enfant du viol.
Sa mère, kidnappée adolescente, a été retenue prisonnière dans une cabane cachée au fond des marais du Michigan, sans électricité, sans chauffage, sans eau courante. Née deux ans plus tard, Helena aimait cette enfance de sauvageonne. Et même si son père était parfois brutal, elle l’aimait aussi… jusqu’à ce qu’elle découvre toute sa cruauté.
Vingt ans après, elle a enfoui ses souvenirs si profondément que même son mari ignore la vérité. Mais aujourd’hui son père a tué deux gardiens de prison et s’est volatilisé dans les marais, une zone qu’il connaît mieux que personne. Malgré la chasse à l’homme lancée par les autorités, Helena sait que la police n’a aucune chance de l’arrêter. Parce qu’elle a été son élève, la seule personne capable de retrouver cet expert en survie, que la presse a surnommé Le Roi des Marais, c’est sa fille.

Mon ressenti de lecture…

Vous avez été élevé à l’écart de toute société. Entre une mère souffreteuse et mutique et un père qui est le seul à vous prêter attention même si son éducation est dure, sévère, abusive et violente. Vous ne connaissez que ce schéma familial, rien d’autre. Vous n’avez aucun moyen de savoir que votre famille est dysfonctionnelle.
Alors il semble normal d’aimer et de craindre ce père, surtout quand il est le seul des deux parents aux yeux de qui vous semblez exister, non?
Et puis la révélation, le choc, la prise de conscience et la haine viscérale.
Mais peut-on totalement renier son enfance et éliminer totalement de son cœur l’amour et l’admiration que l’on voue à son père?

L’auteur dresse un portrait incisif d’Helena. Elle a été élevée « à la dure », formée à la traque, la chasse, la survie dans la nature pas toujours hospitalière du Michigan. Donc elle semble froide et solide comme un roc. Elle est partagée entre les bons souvenirs de son enfance et l’amour qu’elle porte à son père et la conscience de ses méfaits, de la souffrance endurée par sa mère et la répugnance d’avoir vécu avec un monstre sans le savoir et dans le mensonge.
Quinze ans d’une vie quasiment sauvage avec un père d’origine indienne, Ojibwé et finlandaise, un inadapté social, mentalement dérangé, kidnappeur et violeur. Il s’est évadé de prison, sème depuis les cadavres et il ne fait aucun doute pour Helena que sa famille est en danger et qu’elle est la seule à pouvoir l’arrêter.
Helena est un personnage complexe qui aspire à une vie normale, a tout de même besoin de s’isoler dans la nature qui l’a vu grandir mais qui semble souhaiter et rechercher la confrontation avec ce père pour faire cesser cette dualité qui l’anime, cet amour-haine dont elle ne sait plus que faire.
C’est un personnage tourmenté pour qui j’ai eu un peu de mal à éprouver de l’empathie toutefois. Certainement à cause de sa relation, ou plutôt sa non-relation, avec sa mère.
Elle le dit dès le départ, elle ne nommera pas sa mère, ce n’est pas son histoire, c’est la mienne. Et cette dureté de ton et ce détachement, on va les retrouver tout au long du roman.

Si j’aime la nature et que j’ai adoré me « balader » avec Helena près des Grands Lacs, je suis davantage cueilleuse, résolument pas une chasseuse, et j’avoue que les scènes de chasse, de mise à mort et de dépeçage d’animaux, même en accord avec la sagesse amérindienne et nécessaire à la survie en milieu sauvage, ont été difficiles pour moi, surtout que je les ai trouvées trop présentes et inutiles.
Mais je dois bien avouer que l’auteur a su me dépayser et décrit de magnifiques paysages qui donnent envie de s’éclipser de la ville!

Un second bémol: je déplore que la mère soit quasiment invisible dans ce roman. Elle est comme un fantôme insignifiant, ignorée par sa propre fille, même après leur évasion. L’auteur n’en dit quasiment rien. Le lecteur a bien conscience qu’elle a renoncé à toute velléité de fuite et qu’elle est totalement soumise psychologiquement, on le serait à moins avec les horreurs qu’elle a vécu pendant quinze ans. Mais rien de ses pensées, de son état d’esprit, de ses sentiments envers cet enfant du viol. Rien sur l’après, comment elle a pu essayer de se reconstruire, comment elle a enduré l’attitude lamentable de ses propres parents à son retour et si elle a tenté de s’expliquer avec Helena par la suite. On sait, dès le départ que ce n’est pas l’histoire de la mère, mais cela supprime une bonne dose d’émotions. Dommage.

C’est résolument un duel que ce roman, entre père et fille.
Et là, je souscris totalement à la traque et mise à mort d’un tel animal! Helena utilise tout ce que son père lui a appris pour retourner son expérience contre lui. Le face à face est poignant, le suspense demeure. Jusqu’au bout, on ignore le prochain geste d’Helena… Même si on s’en doute fortement!
C’est tout de même l’apogée d’années de silence, de combats intérieurs pour Helena et la confrontation tant attendue! Ce qui est assez machiavélique de la part de l’auteur, c’est que le choix d’Helena ne l’affranchit pas de ce père… et vous lirez pourquoi!

La fille du roi des marais n’est pas un thriller, ni une chasse à l’homme trépidante, c’est un roman noir et psychologique, dur, violent et sauvage. Mais il m’aura manqué une bonne dose d’émotions pour être totalement conquise…

Citations…

« (…) j’ai compris l’art du pistage. C’est comme apprendre à lire. Chaque signe est un mot. Il s’agit de les relier pour en faire des phrases, pour révéler une histoire, un chapitre de la vie de l’animal qui est passé par là. »

« La goutte de pluie, dit-on, creuse la pierre la plus dure. Les vagues de la mer, en les caressant, arrondissent les pointes et les aspérités du granit. De même, l’onde de la miséricorde recouvrit Helga, telle une rosée du matin, adoucissant ce qui était dur en elle, la sauvagerie de son être. »

« Certes, il était important de toujours dire la vérité, mais quand il s’agissait de raconter une histoire, on pouvait enjoliver les faits. L’intérêt de l’auditoire prévalait. »

«  »Quand le dernier arbre sera mort, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, l’homme blanc enfin s’apercevra qu’il ne peut pas manger son argent ». C’était l’un des dictons favoris de mon père. « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». C’en était un autre. Je croyais qu’il en était l’auteur. Aujourd’hui, je sais que ce sont des maximes indiennes très célèbres. Ce qui est sûr, c’est que les Premières Nations comprenaient le concept de développement durable bien avant qu’on ne lui donne un nom. »

« On a beau s’imaginer qu’on se battrait comme des lionnes dans une situation pareille, la vérité, c’est que tout le monde, ou presque, baisse les bras. Et plus vite qu’on ne se l’imagine. Quand on est puni plus durement à chaque tentative de rébellion, il faut moins de temps qu’on ne le croit pour faire acte de soumission. »

Blog Note 3

The Bear Memoria

11 réflexions au sujet de « La fille du roi des marais – Karen Dionne »

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