La mort d’Hitler dans les dossiers secrets du KGB – Jean-Christophe Brisard & Lana Parshina

Jean-Christophe Brisard & Lana Parshina - La mort d'Hitler dans les dossiers secrets du KGB (2018)

Jean-Christophe Brisard & Lana Parshina – La mort d’Hitler dans les dossiers secrets du KGB (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

Le 8 mai 1945, les nazis capitulent.
Hitler s’est suicidé une semaine plus tôt, dans son bunker berlinois.
Les Alliés et les Soviétiques fêtent ensemble la victoire.
Voilà pour la version connue.

En réalité, dès le 1er mai, Staline ordonnait à ses services d’enquêter sur la mort du Führer et de récupérer son corps. Cherchait-il une pièce à conviction ou un trophée de guerre prouvant au monde entier que son pays avait vaincu Hitler?

Après deux ans d’interminables négociations auprès des autorités russes, Jean-Christophe Brisard et Lana Parshina ont pu accéder aux dossiers confidentiels concernant l’incroyable traque du corps d’Hitler par les espions soviétiques, ainsi qu’aux interrogatoires des témoins des derniers jours du Führer.
Surtout, Moscou a accepté de leur présenter des restes humains: un morceau de crâne avec un impact de balle et une mâchoire.
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les auteurs ont obtenu l’autorisation d’effectuer des examens scientifiques sur ces ossements.
Le Kremlin prétend qu’ils appartiennent à Hitler.

Qu’en est-il vraiment?
Cette enquête fascinante, digne d’un roman d’espionnage, met un point final aux ultimes questionnements sur la mort d’Hitler.

Mon ressenti de lecture…

Un des Cold Case historiques des plus fameux… Mort, suicidé ou exilé en Amérique latine? Des rumeurs folles ont couru durant des décennies sur le suicide supposé d’Adolph Hitler.

J’ai été plus que ravie d’être sélectionnée dans la Masse Critique Non Fiction de Babelio avec ce titre car j’ai terminé récemment Au cœur du Kremlin de Vladimir Fédorovski. Je n’allais donc pas être dépaysée dans l’hiver russe. Et j’adore les mystères de l’Histoire!

Ce n’est qu’en recevant le livre que j’ai vu qu’un documentaire avait été produit pour la télévision. La tv est persona non grata en mon antre depuis des années mais je me suis tellement régalée avec cette lecture que j’ai voulu la compléter en le visionnant sur le net.

Alors juste un mot sur le docu tv… c’est une version largement expurgée du livre, basée essentiellement sur l’observation et l’étude scientifique des restes humains d’Hitler par Philippe Charlier, médecin légiste, anatomo-pathologiste, anthropologue et paléopathologiste français (connu pour ses travaux sur Richard Cœur de Lion, Diane de Poitiers et j’en passe!), alors que le livre est concentré pour une majeure partie sur la consultation et l’étude des archives au sein du GARF (Archives d’État), FSB (Services secrets) et les Archives de l’Armée (moins visuel et spectaculaire bien évidemment pour un docu tv!) et la reconstitution historique des événements des derniers jours au sein du bunker d’Hitler.

Je ne sais pas si les auteurs (tous deux journalistes) ont forcé le trait de l’ambiance austère et agressive des personnels des administrations russes, mais le lecteur a réellement l’impression que le rideau de fer est toujours baissé. L’antagonisme Est-Ouest a la vie dure et on ne jette pas comme ça aux orties des décennies de dictature soviétique pour faire ami-ami avec les capitalistes. La suspicion, la paranoïa, la concurrence et les manipulations au sein même de la société russe, a fortiori au cœur de leurs organismes administratifs et politiques, est intrinsèquement viscérale alors comment espérer que l’ouverture sur l’extérieur soit aisée…

Une enquête menée à bien malgré de nombreux séjours stériles, de rendez-vous avortés, d’accords annulés, de téléphones qui sonnent dans le vide, de contacts aux abonnés absents.
Mais avoir enfin son entrée dans des lieux longtemps interdits ou terrifiants par leur simple évocation est à ce prix…

La Loubianka est aux russes ce que la Prinz-Albrecht-Straße est aux allemands. Gestapo ou NKVD, blanc bonnet et bonnet blanc! Et pénétrer un lieu aussi sinistrement mythique, par exemple, c’est laisser les fantômes vous envahir et jeter une chape de plomb sur votre optimisme, vous glacer de respect au souvenir de tant de souffrances imprégnant les murs.

C’est accéder aux documents espérés mais c’est aussi lever le voile sur un état fascinant, son Histoire et son évolution jusqu’à aujourd’hui avec Poutine. Mais la vérité est-elle entièrement présente quand on connaît le mode de fonctionnement tortueux et mortifère du communisme soviétique qui n’a avancé dans le temps qu’à coups de purges arbitraires et d’exils?

Le sujet est Hitler, sa mort. Avoir la certitude qu’il est bien mort en lieux et place énoncés, à la date convenue.
Mais c’est une affaire d’État qui dépasse de loin les événements de la Seconde Guerre Mondiale de par l’enjeu géo-politique de la détention de son squelette. Ses restes ont été l’enjeu d’une guerre d’empoigne et d’une bataille intestine entre services russes (opération Mythe) mais aussi la reconnaissance de la gloire soviétique jetée à la face des occidentaux avec délectation par Staline.

Certains voulaient absolument accréditer la thèse du suicide par cyanure pour insister sur la lâcheté d’Hitler, d’autres ont soutenu qu’il avait choisi le suicide par balle, plus « digne », si tant est que ce terme puisse s’appliquer à ce bourreau. Mais tous ont œuvré pour qu’il n’y ait aucune sépulture connue (opération secrète Archive dans les années 1970) pour empêcher toute glorification ultérieure par une extrême droite nostalgique.

Quel humour sadique que celui de Staline de jeter toutes les puissances internationales dans une chasse à l’homme pendant des décennies après la fin de la Seconde Guerre Mondiale alors que la vérité était fixée et un secret bien gardé au final.
Parce que même si les détails du décès d’Hitler ont longtemps été sujets à suppositions et caution au sein même des services soviétiques, que les témoignages de sa garde rapprochée, obtenue à force de tortures et d’interrogatoires, sont parfois contradictoires, Staline a toujours eu une longueur d’avances sur ses éternels adversaires de l’ouest!

Il est étonnant de constater que les secrets si farouchement gardés par les soviétiques le soit encore aujourd’hui tant cette enquête a été laborieuse et la répugnance des employés russes à coopérer, vive.
Comme cela est cité dans l’ouvrage: « Le drapeau a changé mais pas les mentalités. ».

Emportée par mon enthousiasme sur le sujet, j’en oublie de vous dire que j’ai adoré cette lecture riche. Je n’ai pas pu lâcher le bouquin. Tout autant qu’un super bon thriller, c’est dire!
Au-delà de son éclairage sur la légitimité des preuves détenues par les russes dans le dossier sur la mort d’Hitler, les reporters, au travers de la difficulté de leur enquête, nous donne des détails sur l’évolution politique de l’actuelle Russie, à l’intérieur et aussi dans leurs relations internationales depuis la Seconde Guerre Mondiale.
L’enquête est captivante, écrite comme un roman d’espionnage, avec des présomptions, des certitudes et pouf, revirements de situations et on retourne quasiment à la case « départ ». Et les faits historiques relatés dans le décompte des derniers jours d’Hitler apportent une touche de suspense (eh oui, même plus de 70 ans après!) très plaisante.

Cette enquête est passionnante, super bien ficelée entre recherches contemporaines et rappel des faits historiques, et accessible à tous, aux passionnés d’Histoire avec un bon bagage de connaissances comme au simple quidam avide de mystère!

Citations…

« Notre enquête sur Hitler n’est pas anodine. Cette histoire de crâne est un symbole fort en Russie, celui de notre souffrance pendant la Seconde Guerre Mondiale, de notre résistance et de notre victoire. Depuis la présentation de ce crâne au grand public, son authenticité est régulièrement remise en question. En agissant ainsi, on nous vole un peu du glorieux passé de l’Union soviétique. »

« En Union soviétique, celui qui disparaît n’a rien à espérer de ceux qui restent. Son souvenir est effacé de la mémoire collective. »

« La méfiance relève de l’essence même de tout bon espion. Elle leur sert de viatique en toutes circonstances et leur permet de gravir les échelons de leur hiérarchie avec assurance. Douter de l’ennemi, de ses déclarations, y compris celles obtenues sous la torture. »

« Après-guerre, Traudl Junge n’aura de cesse de se répandre dans la presse, dans ses mémoires et auprès des Alliés sur la déception que lui inspira ce texte [le testament politique d’Hitler qu’elle a tapé en qualité de secrétaire]. Elle en attendait tant, comme un épilogue capable de donner un sens à toutes les souffrances déclenchées par le nazisme. rendre intellectuellement acceptable la folie sanglante d’un désastre programmé dès la rédaction de Mein Kampf en 1924. À la place, la secrétaire entend la même logorrhée nazie qu’elle connaît si bien. »

« Quel levier allait-elle utiliser cette fois-ci? (…) L’amour-propre. Lana misait tout sur cette corde sensible si commune à tant d’hommes. »

« (…) il rappelle à qui veut l’entendre ses qualités d’officier général et qu’à ce titre, il faut le traiter avec respect.
(…) Au moins Baur a obtenu satisfaction.
(…) Direction Moscou et la prison de la Loubianka. Avec Linge. Où des séances de torture dignes de leurs rangs les attendent. »

« Briser le corps et l’esprit, rendre l’adversaire vulnérable, annihiler ses ultimes résistances, les officiers des services spéciaux soviétiques n’ont rien à apprendre des nazis. Depuis des années qu’ils torturent les « contre-révolutionnaires » et autres « ennemis » du peuple, ils ont su se perfectionner dans l’art délicat de l’interrogatoire. »

« Dans ses travaux, le professionnel des morts n’a que faire des vivants qui l’entourent. Pas même des archivistes russes retors. »

« Le drapeau a changé mais pas les mentalités. »

« Moscou vit une nouvelle série de purges. Comme toujours, Staline agit seul et avec brutalité. Il destitue les uns, promeut les autres, alimente les rancœurs entre ses affidés pour mieux les contrôler. Des têtes tombent, même les plus grosses, surtout les plus grosses. »

« Comme le dit l’adage que l’on attribue au médecin et philosophe suisse Paracelse, « toute chose est un toxique et rien n’existe sans toxicité, seul le dosage fait qu’une chose n’est pas un poison ». »

Blog Note 4

The Bear Memoria

15 réflexions au sujet de « La mort d’Hitler dans les dossiers secrets du KGB – Jean-Christophe Brisard & Lana Parshina »

  1. J’ai vu un reportage dernièrement sur des types qui pensaient qu’il avait été s’exiler en Argentine, dans un super complexe secret et tu sentais que les types (américains) essayaient de faire coller les preuves avec leur théorie, qu’ils extrapolaient à tout pris pour prouver que l’autre avait bien vécu là après son prétendu suicide. J’ai pas aimé.

    Là, je note le livre ! J’ai envie de savoir, même si, depuis les années, je me doute qu’il est mort et bien mort, et heureusement.

    • Bah tu me diras, sur ce coup, Staline a été bien vache et a dû bien rigoler d’envoyer les amerlocks sur la piste d’un Hitler en fuite donc ils doivent l’avoir mauvaise et n’avoueront jamais qu’ils se sont fait avoir! Il y eu aussi un pseudo scientifique américain qui a fait le buzz avec une publication sur une soi-disant analyse du crâne détenu par les russes dont le résultat est qu’il s’agirait du crâne d’une jeune femme! Comme je le disais sur Babelio, l’homme aime le mystère et même si tu lui prouves par A+B qu’Hitler est bien mort de la manière, au lieu et la date énoncés, il y en aura toujours pour monter un scénario différent… -_-

  2. J’ai pu le lire aussi, et tu as raison quand tu dis qu’il se lit très bien, construit comme un thriller.
    J’ai beaucoup aimé aussi l’alternance entre le travail d’enquête des journalistes, et le rappel des derniers précédents ou suivants la mort d’hitler.

    • Tout comme toi, j’ai beaucoup aimé les rappels des événements historiques mêlés avec la progression de l’enquête qui, il fait le dire, a été laborieuse. L’enquête seule m’aurait sûrement ennuyée, je pense…

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