Qui je suis – Mindy Mejia

Mindy Mejia - Qui je suis (2018)

Mindy Mejia – Qui je suis (2018)

blognote 4

4ème de couv’…

Hattie Hoffman a passé sa vie à jouer de nombreux rôles: la bonne élève, la bonne fille, la bonne petite amie.

Mais Hattie rêve d’autre chose, d’une expérience plus intense… et qui se révèle extrêmement périlleuse.

Lorsque son corps sauvagement poignardé est découvert, une redoutable onde de choc traverse la ville de Pine Valley.
Très vite, il apparaît que Hattie entretenait une relation secrète, hautement compromettante et potentiellement explosive.

Quelqu’un d’autre était-il au courant?
Et jusqu’où cette personne était-elle prête à aller pour mettre fin à cette relation?

Le petit ami de Hattie semble désespéré par sa mort.
Son amour profond serait-il devenu une obsession?

Ou l’intrépide Hattie s’est-elle simplement retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment?

Suggestif et tranchant, ce roman examine la frontière entre l’innocence et la culpabilité, l’identité et la duperie. L’amour conduit-il à la découverte de soi… ou à la destruction?

Mon ressenti de lecture…

Qui je suis…
Avant d’être une affirmation, c’est une question que chacun se pose parfois au cours de son existence et surtout à l’adolescence, à l’âge où nous nous construisons, où nous allons quitter le cocon familial et la sécurité de la norme scolaire. C’est le saut dans l’âge adulte et pour ne pas se vautrer, il vaut mieux avoir une idée de ce que nous sommes et de ce que nous souhaitons pour notre vie future.

Hattie a des rêves, elle sait ce qu’elle veut.
Et alors que beaucoup d’adolescents choisissent la voie de la rébellion systématique, Hattie se coule dans le moule: elle est la bonne élève, la bonne copine, l’employée modèle, la gentille fille serviable.
Il faut dire qu’elle a également du talent quand elle est sur une scène. Normal, elle a de l’entraînement au quotidien. Mais aucune malice chez elle, elle ne cherche pas à manipuler, juste à traverser ses années de lycée en attendant son heure de départ.
Mais une rencontre sur un forum va tout changer. Un rapprochement par amour de la littérature et l’étincelle d’un tendre sentiment jaillit. Mais entre une attraction virtuelle fantasmée et sublimée et la réalité, Hattie va-t-elle démêler l’écheveau de ses sentiments pour adapter ses projets futurs?
Bien entendu que les choix de Hattie ne sont pas tous judicieux, elle a la fragilité de la jeunesse! Mais la punition ne méritait pas d’être fatale!

Alors comment se retrouve-t-elle sur une table d’autopsie? Et pourquoi?

J’ai adoré ce thriller. Il est riche, diablement bien ficelé, déborde du cadre du polar en abordant le parcours initiatique de l’adolescence, l’essoufflement d’un couple, les réseaux sociaux d’une moindre manière et l’amour de la littérature. Oui, oui, tout cela!

Nous avons bien sûr l’enquête classique pour résoudre l’assassinat de Hattie, menée par Del, une des trois voix du roman.
Mais Del n’est pas n’importe qui. Dans une petite communauté, tout le monde se connaît et Del est un ami des parents de Hattie. Il l’a connu bébé et l’a vu grandir, Hattie. Mais rien ne préparait Del à voir Hattie telle qu’elle était, au fur et à mesure de l’avancée de ses recherches.
C’est un des aspects du roman qui m’a beaucoup plu. L’écart entre l’image que nous renvoyons aux autres et notre essence même.
Del a un travail à effectuer, objectivement et de manière pragmatique. Les sentiments n’y ont pas leur place et pourtant… il a un ami à soutenir et une conscience à suivre.
Ce personnage est touchant car il est tiraillé entre sa profession et cette intimité à laquelle il est confronté. Il ne va pas s’arrêter à des a priori, il va essayer de comprendre…
Son rôle n’est pas aisé mais il reste droit dans ses bottes!

Hattie glisse ses mots entre les chapitres. Elle est attachante, Hattie. Elle se sent à l’étroit dans sa petite ville, rêve de New York, d’un métier sur les planches. Elle y travaille.
En attendant, elle se coule dans le moule pour ne pas se faire remarquer. Et cette rencontre virtuelle, elle va l’assumer. Avec un brin d’inconscience ou par bravade peut-être, mais elle veut essayer de bien faire les choses sans sacrifier quoi que ce soit. Mais le jeu peut être dangereux…

La troisième voix du roman s’appelle Peter. Il est prof, époux exilé à la campagne par la volonté de sa jeune épouse venue soutenir sa mère malade et au crépuscule de sa vie. Avec Peter, c’est la déliquescence d’un couple que nous vivons au quotidien. Quand les projets changent, que les personnalités évoluent mais que le chemin est truffé d’ornières et prend une direction différente de la trajectoire initiale. L’amour s’éteint lentement dans l’incompréhension, les silences et finalement l’indifférence.
Et plus que son couple s’efface et plus nous appréhendons ce qu’il recherche dans la lecture pour fuir une réalité trop pénible. En qualité de lecteur passionné, on ne peut que s’attacher à ce personnage!
Personnage torturé entre loyauté et devoir, amour et conscience, son sacrifice est le point d’orgue de ce drame. Et s’il n’est pas le chevalier blanc, il n’en reste pas moins captivant.

Un conseil, ne vous laissez pas distraire par « la bonne élève » de la 4ème de couv’ car nous sommes loin de la blague superficielle de lycéens. Ce roman est empreint d’une gravité qui vous scotchera au fil des pages…

Entre tragédie shakespearienne et polar, ce premier roman est de toute beauté! Donc, forcément, Mindy Mejia est un auteur à suivre…

Citations…

« Personne ne savait que j’étais ici. Et même s’ils le savaient, qui s’en soucierait? À l’exception de mes parents, personne sur terre ne m’aimait suffisamment pour prendre la peine d’enfoncer ces portes, en criant mon nom, dans l’espoir de me retrouver avant que je fiche le camp. »

« Descends de la scène, ma chérie. Tu ne peux pas passer ta vie à jouer pour les autres. Les gens vont te prendre tout ce que tu as. Tu dois apprendre à te connaître et à comprendre ce que tu veux. Je ne peux pas le faire à ta place. Personne ne le peut. »

« Mais une malédiction, ce n’était rien d’autre que des mots. Comme les bénédictions, les prières et tout le reste. Les gens utilisaient les mots pour essayer de changer les choses plutôt que de les prendre en main. Et si le problème était trop gros pour être résolu, ce n’était pas quelques paroles en l’air qui feraient la moindre différence. »

« Je ne lui demandai pas comment il allait. Je ne lui imposai pas ma compassion comme un fardeau supplémentaire à porter. »

« Les livres étaient une chose finie, un monde contenu entre deux couvertures, qui pouvait se répéter autant de fois que je tournais la première page. Qu’importe la quantité de malheur déversée par Tolstoï ou le nombre de fois où les personnages de Chuck Palahniuk foutaient leur vie en l’air, leurs histoires suivaient un schéma inévitable. Je pouvais compter sur elles. »

« Je ne crois rien, Bud. Si je commence à me focaliser sur une hypothèse, je mets de côté un tas d’autres possibilités peut-être tout aussi plausibles. Alors, je rassemble le plus d’informations possible en attendant les résultats du test A.D.N., j’essaye de reconstituer les événements de cette nuit-là, avec tous ceux qui y ont participé. »

« La femme assise devant moi semblait quasiment insensible, elle n’exprimait qu’une calme assurance. Elle avait perdu son aspect romantique, comme on perd ses rondeurs enfantines, pour devenir robuste, entière. »

« Un truc de gamins idiots. (…)
Des gamins idiots qui ne grandiront jamais pour comprendre qu’ils valent mieux que ça. Qui ne verront jamais le monde et ne sauront pas ce que signifie rentrer chez soi. Ils ne sauront pas que la vie ne vaut que par les amis qu’on y rencontre. »

« J’avais avoué une chose que je n’avais pas faite, en pensant pouvoir l’échanger contre tout le tort que j’avais causé. »

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The Bear Memoria

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