Eleanor Oliphant va très bien – Gail Honeyman

Gail Honeyman - Eleanor Oliphant va très bien (2017)

Gail Honeyman – Eleanor Oliphant va très bien (2017)

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4ème de couv’…

Eleanor Oliphant est un peu spéciale.

Dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu’elle les pense, sans fard, sans ambages.

Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d’une bouteille de vodka.

Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».

Mais tout change le jour où elle s’éprend du chanteur d’un groupe de rock à la mode.

Décidée à conquérir de l’objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.

Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec « maman », Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d’un ami…

Mon ressenti de lecture…

Eleanor navigue entre son boulot, la semaine, et une bouteille de vodka, le week-end. Seule.
Ne recherchant pas le contact.
Mais un soir, elle craque pour un inconnu, un rockeur qu’elle voit pour la première fois sur scène.
Et tout change.
Et Raymond, un collègue de travail, glisse son grain de sel pour bouleverser l’existence de la jeune femme.
Mais à part cela, Eleanor Oliphant va très bien. Really!

Ce roman est doté d’un titre qui clame d’Eleanor Oliphant va très bien. Mais juste en surface, hein, ne grattez pas!
Et lorsqu’on écaille le vernis social, en fait, Eleanor s’est dotée de tout un arsenal de garde-fous pour préserver une image de bien-être mais elle ne va pas bien. Depuis trop longtemps…

Animal social inadapté, handicapée émotionnelle, Eleanor a développé des comportements quasi autistiques  pour se protéger, ce qui engendre des situations cocasses à aberrantes tout au long du roman.

Se protéger des autres, d’elle-même. Ce roman parle de résilience face à un traumatisme d’enfance. Et s’il est question de solitude au quotidien, c’est le thème du rapport à la mère qui est abordé en filigrane.
Un enfant est une éponge et absorbe l’amour et l’attention de ses parents pour asseoir une future vie d’adulte saine et équilibrée. Mais quand l’un ou l’autre n’a pas été présent, les séquelles sont dramatiques.
Eleanor en subit chaque jour les conséquences.
Et ce roman, je l’ai vécu comme les étapes d’un deuil. La réponse à un traumatisme, c’est le repli sur soi, l’accumulation de carapaces pour se rendre hermétique à tout autre assaut toxique.
Et la solitude choisie, voire vitale pour ne pas sombrer davantage, devient subie quand on n’a pas acquis les codes de la vie en société. On devient un animal qu’on ignore au mieux, qu’on regarde avec curiosité ou mépris au pire.

Mais Eleanor, inconsciemment, évolue et éprouve le désir de vivre réellement, en tombant amoureuse d’un inconnu. L’élément déclencheur d’un changement de vie.
La vie lui apprend douloureusement que mettre des pansements sur une plaie sanglante est inefficace, ne fera que retarder la guérison qui ne peut se faire qu’une fois le membre gangrené, amputé.
Et il faut parfois toucher le fond, frôler la mort, pour réagir profondément, rebondir et se réinventer, se défaire définitivement du schéma modelé par la mère.

S’ouvrir de nouveau aux autres, c’est prendre le risque de s’ouvrir. Eleanor le sait. Mais c’est aussi trouver des personnes formidables sur son chemin, pour peu qu’on leur offre une petite place. Raymond est ce genre de personne qui, l’air de rien, s’impose et ne lui laisse pas le choix du repli. Il n’a l’air de rien ce Raymond mais j’ai adoré sa manière de soutenir Eleanor, sans jugement ni grand discours moralisateur et culpabilisant.

J’ai beaucoup aimé la référence à ce gros pachyderme de la Terre du Milieu de l’univers de Tolkien, l’oliphant. Quatre défenses, un physique pas très gracieux. Joli symbole pour l’Eleanor du début du roman!

Beaucoup d’émotions avec cette lecture. Du rire aux larmes, Eleanor est attachante. Attachante et émouvante si on ne s’arrête pas à sa froideur apparente.
Ce roman est beaucoup plus profond que la simple succession de scènes de la vie quotidienne car ce sont ces petits riens qui marquent la « renaissance » d’Eleanor.

Et cette histoire est belle.

Elle a mis du temps, le temps de son cheminement vers la liberté, mais elle est enfin sortie de sa chrysalide… Alors bon vent, Eleanor, même les oliphants peuvent se transformer en papillon!

Citations…

« Il m’arrive de lui parler, je n’ai pas peur de le dire. Quand le silence et la solitude m’enveloppent, m’oppressent et me rongent comme la glace, j’ai besoin de parler à voix haute, ne serait que pour me prouver que je suis en vie. »
(Eleanor parle de Polly, sa plante verte)

« Je suppose que l’une des raisons qui nous permettent de vivre le temps qui nous est imparti dans cette verte vallée de larmes est qu’il y a toujours la possibilité que ça change, même très peu. »

« J’ai parfois le sentiment que je ne suis pas là, que je suis le fruit de mon imagination. Il y a des jours où je me sens si peu attachée à la Terre que les fils qui me relient à la planète sont fins comme ceux d’une toile d’araignée, comme du sucre filé. Une grosse bourrasque suffirait à m’en détacher; je m’élèverais et serais emportée comme des aigrettes de pissenlit. »

« Voici ce que j’ai ressenti: j’ai senti la chaleur de ses mains se communiquer aux miennes, j’ai perçu sa sincérité dans son sourire, et une onde de chaleur délicate m’a traversée tandis que quelque chose s’ouvrait en moi, m’évoquant l’éclosion d’une fleur sous les rayons du soleil matinal. Je savais ce qu’il se passait. C’était la partie intacte de mon cœur, juste assez grande pour accueillir un peu d’affection. Il restait encore un tout petit espace sans cicatrice. »

« Mais, à force d’observer les gens depuis mon banc de touche, j’avais fini par comprendre que le succès en société dépendait souvent de la capacité à faire semblant. Les personnes populaires devaient savoir rire de choses qu’elles ne trouvaient pas très drôles, et faire ce qu’elles n’avaient pas envie de faire avec des gens qu’elles n’appréciaient pas plus que ça. Moi pas. Il y avait longtemps, j’avais décidé que si je devais choisir entre ça et mener ma barque en solo, alors je mènerais ma barque en solo. C’était plus sûr. »

« J’avais l’impression d’être un œuf pondu depuis peu, flasque et gluant à l’intérieur, et si fragile que la moindre pression risquait de me briser. »

 

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