La vérité même – James Rayburn

James Rayburn - La vérité même

James Rayburn – La vérité même (2018)

blognote 5

4ème de couv’…

Des neiges du Vermont à la jungle thaïlandaise, c’est toujours la mort qui rôde…

Tout commence dans un Vermont entièrement sous la neige.
Deux jeunes attaquent une école élémentaire à la mitraillette et tombent, bien malheureusement pour eux, sur Kate Swift, une ex-tueuse de la CIA devenue lanceuse d’alertes.
Elle les abat froidement mais, au lieu d’attendre qu’on la félicite d’avoir sauvé des dizaines d’enfants, s’enfuit au Canada avec sa fillette.

Impossible pour elle de voir sa véritable identité révélée: sa vie et celle de son enfant sont en danger.

Commence alors pour Kate et sa fille une cavale sur trois continents et la recherche effrénée de Harry Hook, le seul homme qui, Kate le sait, pourrait la sauver d’un certain Lucien Benway, lui aussi de la CIA, qui a déjà tué son mari et entend bien se venger de sa trahison.
Hook, l’ancien « arrangeur » de la CIA tombé en disgrâce, parviendra-t-il à l’aider alors qu’il essaie d’oublier ses propres fantômes en buvant?

Mon ressenti de lecture…

C’est la 4ème de couv’ qui m’a interpellée, promettant suspens et action. En préparant mon article, il apparaît que James Rayburn est le pseudo de Roger Smith auteur sud-africain de polars versés dans l’extrême violence tels Mélanges de sangs ou Un homme à terre. Ça promettait…

Et en fait, le style n’est pas le même. Il est plus soft. Attention! Plus soft ne signifie qu’on s’endort dès les premières pages! Au contraire, c’est une fuite en avant à la Jason Bourne au féminin qui démarre sur les chapeaux de roue!

Avec un handicap de taille, une petite fille.
Kate Swift croyait en son travail à la CIA jusqu’à cette décision qui a mené à la mort de son époux. Elle a rendu coup pour coup, est considérée comme un traître à son pays et  essaye tout de même de vivre dans l’ombre avec sa fille.
En intervenant dans une fusillade, son portrait se retrouve dans tous les médias et la discrétion qu’elle voulait sienne vole en éclats.
Kate doit fuir de nouveau. Pour sauver sa vie et préserver celle de sa fille… Mais surtout pour échapper à celui qui la hait plus que tout, Benway.
En qui aura-t-elle encore confiance?

Comme je le disais, c’est une course poursuite haletante. L’action est au rendez-vous, on ne s’ennuie pas: on fuit, on traque, on parle stratégie, on attaque, on se défend et parfois, on se baigne et on bronze (oui, oui, ça arrive!) pour recharger les accus. Mais le danger règne, le repos ne s’éternise jamais bien longtemps. L’action est omniprésente avec son lot de rebondissements et de suspens et les pages défilent à toute allure.

Kate est une Jason Bourne en jupette qui doit, de surcroît, protéger son enfant. Pas facile d’avoir dû renoncer à un métier qu’elle avait et qu’elle a toujours dans la peau mais fuir n’est pas une vie. Elle avance courageusement car elle n’a pas le choix mais on sent qu’elle est épuisée émotionnellement. Elle voudrait croire en un peu de paix mais elle n’est pas conditionnée à la savourer. Certaines personnes ont une propension au bonheur mais elle semble avoir perdu cette faculté en même temps que la vie de son mari. C’est un personnage profondément attachant et humain, une alliance intime de force et de fragilité, que j’ai beaucoup aimé.

Son principal ennemi est Benway, ponte désavoué de la CIA suite aux révélations de Kate, et il exprime toutes ses perversions dans sa vengeance, dans tous les excès alors que Kate lutte pour retrouver la paix et défendre sa vie. Mais de proie, elle va rebondir pour être la prédatrice.
Alors franchement, je dois dire que si Benway est un personnage antipathique, carriériste ayant utilisé les arcanes du pouvoir et sa position au sein de la CIA pour ses ambitions égotiques, pervers et tordu, mari abusif torturant son épouse, savourant son emprise sur les autres et autres joyeusetés qui symbolisent parfaitement le grand méchant devant l’Éternel qu’on a réellement envie de claquer, j’avoue qu’il m’a bien fait rire malgré moi!
Pauvre petite chose aux souliers ridicules qui a bien du mal à toucher terre! Oui, je me moque!
Quelques descriptions autour de ce personnage ont été bienvenues et ont apporté une touche d’humour rafraîchissante dans ce climat bien tendu!
Et j’ajoute que la fin de l’histoire pour ce personnage est d’une cruauté juste et jouissive!

Les personnages de Danvers, vieux de la vieille, en fin de vie, revenu de tout mais toujours prêt pour un baroud d’honneur, et de Hook m’ont émue également car ce sont des hommes engagés par idéalisme, un idéalisme écorné par la réalité des actions menées. Danvers reste lucide des alliances et mésalliances, des dettes d’honneur et des mensonges de convenance alors que Hook, agent de terrain, orfèvre de la séduction et du paraître a été détruit par un excès de confiance qui a coûté des vies. Beaucoup de vie. C’est une chose de mentir et manipuler pour son pays, s’en est une autre de voir la mort en face.

J’ai adoré cette immersion dans le monde des agents secrets car l’auteur a émaillé son intrigue d’un ensemble de portraits et de flash-backs analysant tantôt finement tantôt dans de grandes tirades enflammées le leitmotiv de ces hommes et de ces femmes engagés au plus près de leur pays.
Le patriotisme porte certains jusqu’à la fin de leur existence alors que d’autres s’épuisent, désabusés devant les trop nombres entorses infligées à leur conscience.
Certains se fichent comme de leur première chemise de l’amour du pays pour ne voir dans leur métier qu’un moyen de briller, de dominer, en une gloriole aussi brillante qu’éphémère.

Des hommes et des femmes, des trajectoires individuelles que nous, lecteurs pouvons condamner, justifier ou excuser. Mais l’auteur n’est pas tendre non plus envers l’impérialisme américain et les ombres qui hantent les couloirs du Pentagone ou du Bureau ovale.
C’est une critique caustique et acerbe mais ô combien juste de la politique extérieure des États Unis quand une prise de distance objective permet une vision globale de l’action des States dans le monde.
Il associe ainsi le regard extérieur de tout un chacun et celui, intérieur, des principaux acteurs de ce monde obscur de l’espionnage et tout cela en déroulant à vitesse grand V, son intrigue.

Il a même eu le temps, entre deux vols et deux continents, de glisser un sujet très intéressant sur la manipulation de masse par les médias. Complice volontaire ou pas, un journaliste capable de tout pour avancer sous les lumières, créer le buzz, alimenter un scandale, reste inconscient des enjeux et du danger que représente ses révélations aux grand public avide de scandale. L’intégrité des médias est ainsi mise en souffrance et nous interpelle dans leurs rôles dans notre quotidien et le grand jeu mondial.

Et pour terminer, un final en demi-teintes, pas de happy end mais un espoir pour couronner un thriller nerveux et captivant. Pas de bluette mais la dure réalité des sacrifices arrachés à l’être humain…

Excellent. J’ai adoré cette lecture pour cette aventure trépidante, à 100 à l’heure, pure adrénaline en pages, mais aussi pour les sujets plus sérieux et actuels touchant l’espionnage et les enjeux géo-politiques qui agitent notre société.
Je préfère la plume caustique et passionnée essentiellement basée sur l’action de James Rayburn que celle de Roger Smith, davantage brute et violente…

Citations…

« Le langage politique a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner une apparence de consistance à ce qui n’est que du vent. » George Orwell

« Tout était trop parfait.
Trop calme et trop paisible.
Et Kate était trop heureuse.
Ça la rendait nerveuse.
Arrête, se dit-elle. Profite de l’instant. Régale-toi. Tu ne fais que réagir aux émotions qui remontent, à de vieux trucs.
Aux ombres qui te font sursauter. »

« La seule chose qu’elle pouvait faire était d’essayer de se construire un petit radeau de raison et de rester debout dessus en chevauchant les eaux tumultueuses de l’affliction et de la folie qui faisaient de leur mieux pour la faire chavirer. »

« Kate toujours dans des contrées où les minarets poussent dans le désert, où les femmes ne sont que des spectres noirs et où, armés d’AK-47 et d’engins explosifs bricolés, les hommes sont prêts à tuer et à mourir pour une foi passée au tamis de la peur et de la haine, aiguisée par l’Amérique, ses agents recruteurs, ses désertions, ses missions secrètes, ses drones et ses incessantes croisades monolithiques dopées au Coca-Cola, l’Amérique avec ses opérations militaires, ses armées par procuration – rien que des pillards, violeurs et cinglés du moment, cooptés, armés et lâchés dans la nature jusqu’à ce qu’ils soient désavoués la semaine suivante, après quoi ils se retournaient, aussi sûrement que la Terre tourne sur elle-même, contre leurs amis devenus ennemis et les haïssaient avec passion. »

« Elle avait dit haut et fort comment Washington se servait des Benway et des sociétés privées (qui ne l’étaient pas vraiment, seulement des émanations de gouvernements naviguant sous de faux pavillons) pour faire le sale travail pendant que les hommes de Langley, du Pentagone et du Bureau ovale (…) restent calfeutrés dans leurs espaces climatisés d’où aucun bruit ne filtre et font ce qu’ils font, certains d’être dans leur bon droit. »

« (…) sans oublier les femmes, partie prenante de ces manigances avec leurs talons qui claquent, leurs tailleurs qui en jettent, leurs cheveux laqués portés comme des casques et leurs regards qui disent « Autrefois c’était nous qui étions les opprimées et nous nous sommes battues et cela nous donne le droit de botter tous les culs du monde et tant pis si ces culs sont bruns, noirs, pauvres et appartiennent à des civils, des femmes ou des mineurs perdus au fins fonds de la planète » (…) »

« Benway avait bien été renvoyé dans les limbes, désaimé des puissants amis qu’il admirait tant, passant de chien de concours à bâtard en moins de cinq secondes. »

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