L’affaire Léon Sadorski – Romain Slocombe

Romain Slocombe - L'affaire Sadorski (2016)

Romain Slocombe – L’affaire Sadorski (2016)

4ème de couv’…

Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation.

Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ».

Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police… De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Mon ressenti de lecture…

Déjà que je déteste l’été, il faut encore que je souffre alors que je tombe coup sur coup sur deux personnages de roman que j’ai envie d’éviscérer, écarteler et égorger! Dans l’ordre que vous voulez!

Léon Sadorski est l’un deux et quand un tel personnage se fait l’écho d’un pan sombre de notre Histoire, cela garantit une lecture avec grimaces et mâchoires serrées!

Sadorski.
Le type grande gueule mais qui chiale comme une fiotte du fond de sa cellule berlinoise. Le mec vulgaire qui reluque le moindre cul qui passe, qui a la trique en fantasmant sur une gamine de 16 ans, assassinée après ou avant un viol, mais qui proclame son amour à sa femme, tout aussi chaudasse que lui, faut-il le préciser!
Le gus lâche qui, sous couvert de sa fonction, laisse exprimer avec délectation sa haine des juifs, des homos, des résistants, des gaullistes, des communistes et j’en passe.
Le portrait parfait du collabo puant! Une enflure de première et ce n’est pas les scrupules qui l’étouffent!
L’être n’a rien d’humain: il est abject, pervers, arriviste! Il est petit et lamentable et ce n’est pas l’enquête qu’il mène qui le rend plus honorable!

Léon Sadorski est le symbole de milliers de français dont beaucoup ont peut-être honte de compter dans leur arbre généalogique! Et quand on sait qu’il est policier… piètre représentant d’un organisme qui a su largement « profiter » de son pouvoir sur les populations pour instiller terreur et cruauté gratuite, à grand renfort d’excuses pathétiques à propos des ordres et de la pression exercée par Berlin.

Le roman est très précisément documenté et offre une image glaçante de la France collabo du début des années 40, et plus précisément de la vie parisienne, dans une ambiance malsaine, délétère et criminelle.

Triste époque visitée entre petites vengeances mesquines, abus de pouvoir ou d’influence, arrestations, tortures, trahisons et indécence de ceux qui continuent de vivre dans l’opulence.
Outre la psychologie de ceux qui ont collaboré avec « passion », la crédibilité de ce roman repose également sur force de détails, de descriptions et de personnages historiques évoqués. L’immersion est totale, tout comme le dégoût qui nous colle aux yeux de la première à la dernière page!
Un bémol toutefois, trop de détails sur certaines hiérarchies, de listes stériles de noms, de parcours ultra décortiqués à travers Paris n’ayant d’intérêt que pour ceux qui connaissent les lieux: s’ils sont une preuve de l’effort de documentation de l’auteur, ils alourdissent également inutilement le récit, à mon sens.

Un autre bémol qui m’aura dérangée tout au long de ma lecture et qui ne tient pas seulement à la personnalité misogyne de l’inspecteur Sadorski. L’auteur dresse un portrait des femmes qui m’agace prodigieusement et qui réveille mon côté féministe. Elles ne sont que des sexes ambulants, à croire qu’elles ne savent exister que par cet aspect, qu’elles s’en servent ou qu’elles le subissent. Je ne me prononcerais pas sur le parti pris d’ignorer sciemment le cerveau féminin mais c’est fortement rédhibitoire pour moi.

Entre polar et témoignage historique, L’affaire Léon Sadorski est un roman passionnant dont je ressors fortement écœurée d’un système alimenté avec empressement et conviction par bon nombre de nos compatriotes à une certaine époque. L’auteur nous confronte violemment à une période peu honorable et reluisante de notre Histoire. Pas fière de ma France pour le coup et pas certaine que cela ne se répète pas dans un avenir proche!

Et vous savez quoi?
Je suis maso, je m’en vais retrouver Sadorski avec L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski.
Suis-je sadique si je vous dis que j’aimerais qu’il en prenne plein la gueule?

Citations…

« Avec le manque de bruit en surface, le grondement des métros est perceptible depuis les trottoirs, comme un écho sinistre qui remonterait de cet enfer. Les voyageurs s’y bousculent, se piétinent, de peur de louper leur train. (…) Et, dans les voitures, tout ce monde-là transpire, ça pue un mélange de sueur, de vieux tissu mal nettoyé, d’haleines aigres, de brillantine et de parfum bon marché. »

« Si l’on s’apitoyait sur tous les sorts, on n’arriverait à rien. »
La France est la patrie de l’humanisme chrétien, mais il faut aussi lui inculquer le réalisme.

Note: 4/5

Blog Note 4

15 réflexions au sujet de « L’affaire Léon Sadorski – Romain Slocombe »

  1. Le côté « femme égal un trou à fourrer » (ou plusieurs), n’est-ce pas aussi un signe de l’époque où nous n’avions que peu ou pas de droits ? Même si, tout le monde ne devait pas penser la même chose de nous… ou alors, l’auteur ne nous aime pas !! 😆

    • J’ignore si le roman est le reflet de l’époque ou celui de l’état d’esprit de l’auteur et je préfère ne pas savoir, en fait! Mais c’est un choix d’appuyer sur cet aspect et je trouve qu’il le fait avec un peu trop de délectation pour que je n’y vois qu’un intérêt historique. Cela satisfera peut-être les fantasmes pervers de certains lecteurs masculins mais je ne veux pas que tu croies que je suis une féministe hystérique non plus! 3:)

      • On peut vouloir défendre ses droits sans pour autant virer à virago, syndicaliste ou féministe hystérique. Sinon, j’en ferais partie !

        Bon, quand le livre a été écrit dans le passé, on peut « comprendre » que c’est un état d’esprit général, un peu comme au temps des colonies, du racisme, de la ségrégation, bref, en se mettant dans le bain, on comprend que l’auteur suivait la généralité…

        Parfois, j’aime me poser la question, même si je n’aurai jamais la réponse.

        Si ça en fait bander certains, tant mieux pour eux… mais je pense qu’ils se font plaisir avec autre chose 😉

      • Le respect de la femme étant toujours un sujet d’actualités (dans de moindres proportions souvent, heureusement, quoi que nous régressons énormément ces derniers temps!), je suis très sensible sur la manière dont la femme est traitée dans les romans et si je sens que l’auteur prend un peu trop de plaisir à la maltraiter, c’est rédhibitoire… -_- On ne refait point sa nature ma brave dame!

      • J’ose espérer qu’ils ne prennent pas trop de plaisir non plus !! Bon, quand c’est l’Histoire, je comprends que nous soyons maltraitées, c’était ainsi, mais bon, faut pas trop nous trainer dans la boue non plus 😀

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