La trilogie des ténèbres T1 – L’évangile des ténèbres – Jean-Luc Bizien

Jean-Luc Bizien - La trilogie des ténèbres T1 - L'Évangile des ténèbres

Jean-Luc Bizien – La trilogie des ténèbres T1 – L’Évangile des ténèbres (2010)

4ème de couv’…

Seth Ballahan, rédacteur en chef d’un quotidien américain, apprend que Michaël Wong, l’un de ses collaborateurs, est piégé en Corée du Nord.

Face à l’absence de réaction de se hiérarchie, Ballahan voit rouge. Contre vents et marées, il décide de secourir le jeune Wong.

Dans Pyongyang, la capitale fantôme où les hommes ne sont que ces ombres, il cherche de l’aide auprès de Suzan, ravissante correspondante d’une O.N.G. canadienne.

C’est alors que le Mal absolu surgit: un tueur monstrueux laisse dans son sillage une longue suite de cadavres atrocement mutilés. Paik Dong-Soo, brillant militaire nord-coréen, se lance sur ses traces. Ils se retrouveront tous, à l’issue d’un parcours halluciné, en un lieu oublié.

Celui qu’annonce l’Évangile des ténèbres…

Mon ressenti de lecture…

Mon amie Marie-Claire m’avait offert ce livre avec une super dédicace de l’auteur et si je l’ai lu et apprécié à l’époque, shame on me, la suite de la trilogie s’est endormie dans ma PAL! Grâce à une conversation avec un autre ami FB, j’ai soufflé la poussière sur les bouquins, ai sorti un joli marque-pages, mon carnet de citations et hop, Monsieur Jean-Luc Bizien, à nous deux!
Donc merci Marie-Claire et Yvan Meert!

L’Évangile des ténèbres est une relecture mais je dois bien avouer que j’ai été saisie du même malaise rageur que lors de ma découverte livresque!

Élevée au bon grain du Nord, avec un solide caractère et un esprit critique plus que rebelle, cette plongée livresque dans une dictature communiste telle que celle de la Corée du Nord, même ayant conscience que nos chers pouvoirs publics démocratiques et occidentaux s’ingénient depuis plusieurs décades à formater le peuple pour grossir le troupeau mondial de moutons décérébrés aveugles et sourds, est un véritable challenge.

Car nous restons des privilégiés et difficile de réellement comprendre l’inimaginable: un pays d’ombres et de silhouettes robotisées, un décor de carton pâte au mieux, moyenâgeux au moins pire dans l’arrière-pays, un culte de la personnalité au zénith, un matraquage incessant de la doctrine du tyran, aucune liberté, aucune ouverture vers l’extérieur. Une ambiance sinistre à chaque coin de rue et la chape lourde des autorités sur chacun.

Deux histoires s’entrechoquent dans ce roman.

Un serial killer sévit au pays de la dynastie communiste, événement totalement inconcevable pour ce régime qui se veut modèle de perfection sous la protection du Cher Leader. Par conséquent, tout est mis en œuvre pour cacher ces crimes, ne pas en parler, nier leur existence en attendant de trouver le coupable pour ne pas troubler la paix et l’harmonie bienveillante (ironie, bien entendu!).
Paik Dong-Soo est chargé de résoudre cette enquête rapidement sinon c’est sa vie qui est en jeu… Ce jeune militaire subit une pression énorme et va devoir faire le choix de sortir des sentiers battus, à ses risques et périls, à forcer le silence de ses supérieurs. A fortiori lorsqu’il soulève le voile d’un énorme scandale d’État… Comment? Tout n’est pas parfait en Corée du Nord? C’est bizarre!
J’ai admiré le courage de ce jeune militaire devant l’ampleur et les risques de sa tâche ainsi que la peur omniprésente de représailles qui l’étreint à chaque pas en avant. Il ne recule devant rien, ne bénéficie d’aucun soutien et la récompense ne sera pas au rendez-vous…

Et nous avons Seth Ballahan, journaliste américain, pétri d’arrogance et d’impérialisme, qui débarque avec ses gros sabots, avec pour objectif de retrouver un de ses jeunes collègues en danger, Michaël Wong. Le choc est énorme, Seth va réviser, difficilement, ses a priori et son comportement au contact de Suzan, rompue aux habitudes locales, travaillant depuis quelques années dans une ONG.

Dire que le personnage de Seth est antipathique est en dessous de la vérité! C’est une grande gueule égotique et suffisante, une véritable tête à claques! J’en ai regretté qu’il ne souffre pas plus de son aventure… histoire de lui rabattre son caquet de vieux coq!

Le seul bémol est que le parcours de Michaël Wong à son arrivée en Corée et sa personnalité ne sont pas assez développés, à mon sens. J’aurais aimé connaître son point de vue sur le pays d’origine de ses parents, ses réactions et ses réflexions; savoir comment sa situation a dégénéré et s’il a eu conscience, à un moment donné, d’être un pion sacrifiable sur l’échiquier ou s’il a pensé aux sentiments de sa mère à propos de sa mission. Cela restera un mystère.

Le personnage du Chasseur est parfaitement ignoble! Assouvir une vengeance, certes, y prendre plaisir est autre chose! Si on devine au fur et à mesure le rôle qu’il a joué dans le scandale qui a mené des milliers de personnes vers les camps d’internement ou la mort, son besoin de vengeance apparaît davantage comme l’assouvissement de bouffées perverses intrinsèques que l’orchestration d’une réaction aux ordres de la hiérarchie ayant mené ce projet d’eugénisme abject. Un véritable psychopathe qui se joue de la vie d’autrui qui risque toutefois de se heurter à l’intelligence de Paik Dong-Soo, l’enquêteur.

Loin de se focaliser sur les ténèbres de la Corée du Nord, l’auteur nous offre également une belle critique cynique de l’Occident visible dans la consumériste Corée du Sud et par les manipulations de la hiérarchie de Seth qui n’hésite pas à sacrifier un être humain pour davantage de gros titres et d’une progression non négligeable des tirages de presse. C’est une vision multiple de la propagande, arme suprême utilisée tout aussi bien par un régime politique totalitaire pour étouffer toute velléité de révolte que par une presse avide de profit. Une manière subtile de dénoncer tout autant les travers sournois occidentaux que ceux, plus officiels, d’un pays totalitaire qui centralise les condamnations unanimes à travers le Monde.

En ce qui concerne le titre du roman, je me questionne encore… L’Évangile me semble concerner la bonne parole des dirigeants coréens embarquant tout un peuple vers la misère et un total dénuement face à l’opulence de son leader alors que le Chasseur ne prêche que pour sa propre paroisse. Mais je ne suis pas certaine de mon interprétation!

Jean-Luc Bizien a su m’entraîner dans un thriller dépaysant et captivant, à l’atmosphère grise, lourde, cruelle et froide. Je suis curieuse de découvrir la suite de l’aventure… mais du fond de mon fauteuil car, d’ores et déjà, je suis certaine de ne jamais mettre les pieds en Corée… l’auteur n’est pas un bon agent de voyages sur ce coup!

Citations…

« L’ombre galopait, enivrée à l’idée de noyer les villes. Elle s’était répandue à travers les villages, elle submergeait les hameaux. Escamotés les champs, disparues les cultures, effacés routes et chemins… »

« On ne montrait pas ses sentiments, dans l’armée nord-coréenne. On ne montrait ses faiblesses nulle part, à la vérité. L’idéal était de ne rien éprouver du tout. »

« Il fallait dominer la peine, l’asservir, la réduire à néant. »

« Si vous tuez mille hommes, la mort de chacun a mille fois moins d’importance que s’il était mort seul ».
Jean Baudrillard.

« C’est la recette des scénaristes d’Hollywood. Dans un film de guerre, si vous voulez émouvoir le spectateur, ça n’est pas les militaires qu’il faut tuer. C’est le gosse innocent. Ou le chien. »

« C’est un tour de passe-passe vieux comme le monde, Suzan: on détourne l’attention du gogo, on focalise son esprit sur un détail… et on lui fait avaler tout le reste. »

« — Mais on n’enregistre aucune révolte? tenta encore d’objecter l’Américain.
— Une révolte… lâcha-t-elle avec aigreur. Et pourquoi pas une révolution, tant que vous y êtes? »

« On tue un homme, on est un assassin.
On tue des milliers d’hommes, on est un conquérant.
On les tue tous, on est un dieu. »
Jean Rostang.

« Victime d’un accès de colère, il fut submergé par la révolte. Il détestait cette précipitation, source d’erreurs inévitables, mais y était contraint. Ralentir, c’était courir le risque d’échanger les rôles, de se retrouver à la place de la proie. »

« Les mesures de sécurité draconiennes mises en place empoisonnaient la vie de tout le monde, sans pour autant garantir la sécurité maximale – mais qui le pouvait, aujourd’hui? Le premier crétin placé aux alentours d’une piste d’atterrissage pouvait, pour peu qu’il ait la volonté de se procurer un lance-missiles, déclencher une petite apocalypse… »

« En Corée du Nord, nul n’était besoin de fonder ses accusations. Il suffisait de les proférer, pour que la machine se mette en marche. Et l’on obtenait des aveux. Toujours. »

« La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique ».
Joseph Staline.

« Il avait commis une erreur grossière: préserver le secret. Tant qu’il agissait dans l’ombre, qu’il leur laissait l’opportunité d’escamoter la vérité, ces pleutres fermeraient les yeux, ils attendraient qu’il s’épuise. La colère montait. Il la musela au prix d’un bel effort de volonté et la chassa au loin. »

« Céder à la panique, c’est s’offrir au couteau du bourreau. »

« Paradoxe grotesque, on n’était pas préparé à cette liberté qu’on avait désirée de toutes ses forces. Le champ des possibles, le paradis promis, toutes ces sources de rêves se muaient en gouffres insondables, en abîme terrifiant au bord duquel on vacillait. On n’osait plus bouger. On ne savait plus rien. On se sentait inutile, invisible. On n’avait plus ni but ni fonction. On ne pouvait pas revenir vers ce passé ténébreux. Ni avancer vers cet avenir si lumineux qu’il en devenait aveuglant. On n’était plus à sa place nulle part, on ne pouvait plus intégrer aucun des deux mondes… On s’éliminait. »

Note: 4/5

Blog Note 4

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5 réflexions au sujet de « La trilogie des ténèbres T1 – L’évangile des ténèbres – Jean-Luc Bizien »

  1. J’ai tellement détesté le personnage cliché de Seth (déjà le choix du nom avec le frère d’Osiris, celui qui le démembra est plus que cliché) que je suis passée à côté d’une grande partie du roman… j’ai aimé en apprendre plus sur la Corée du Nord, ce qui me sert bien pour tenter de culturer certaines personnes, mais putain, Seth, quel personnage chiant et surtout trop cliché. 😉

    • Je suis dans la lecture du 2ème et comme toi, j’ai envie de claquer ce Seth toutes les 2 pages! Déjà dans le 1er, je voulais qu’il se fasse matraquer! Idem, je m’attache aux infos sur la Corée et à la mentalité des coréens! ^_^

      • Et j’ai appris que le Kim Brol II avait ENCORE diminué les rations journalières de ses concitoyens. UN type qui arrive à mettre à genoux tout un peuple… surréaliste, non, quand on y pense bien ?

      • Si les frontières sont aussi hermétiques qu’on le dit, si le formatage psychologique est aussi prégnant que décrit dans cette trilogie et si la répression est aussi impitoyable qu’elle le semble, je peux imaginer que le peuple ne soit qu’un troupeau de zombies. Malheureusement. Regarde les dégâts que provoque un syndrome de Stockholm, dans un autre registre… Cela peut donner une idée de ce que subit tout un peuple à qui on a ôté tout esprit critique dès la naissance et qui n’a aucun point de comparaison s’il n’a aucun contact extérieur! C’est fou mais ça semble bien réel…

      • Des zombies, oui ! La comparaison est hélas appropriée.

        Et lorsque ces gens se retrouvent dans notre monde permissif, ils pètent des câbles.

        L’Homme a le pouvoir de dominer chaque être vivant, qu’il soit animal ou humain :/

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