La ferme du bout du monde – Sarah Vaughan

Sarah Vaughan - La ferme du bout du monde

Sarah Vaughan – La ferme du bout du monde (2017)

4ème de couv’…

Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise.

Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille et ses secrets.

1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.

Eté 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie.
Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.

Deux étés séparés par un drame inavouable.

Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard?

Mon ressenti de lecture…

Je remercie tout d’abord NetGalley et les éditions Préludes pour l’envoi de ce roman.

Il ne vous est jamais arrivé de vous tenir face à la mer ou l’océan et simplement ressentir l’immensité liquide comme l’aboutissement du monde? Braver le vent du large pour se perdre dans une contemplation béate ou y puiser la force de grandes décisions?

Le titre de ce roman s’inspire de ce sentiment de solitude et de plénitude…

Mais nous ne sommes jamais réellement seuls au monde et cette ferme isolée en est bien la preuve.
Elle en a vu passer des joies et des drames, de la guerre à la paix, de la chaleur aux tempêtes, du temps qui passe et des générations qui se succèdent.

Entre roman de terroir, saga familiale et histoire d’amour, La ferme du bout du monde est une immersion dans ce comté d’extrême sud-ouest de Grande-Bretagne, la Cornouailles, que Maggie n’a jamais quitté, dont les fantômes hantent Alice et que Lucy retrouve après une vie londonienne trépidante.

Amoureuse de l’océan, cette balade livresque est un enchantement dans cette atmosphère magnifique et pourtant parfois imprévisible et cruelle.
Falaises abruptes, criques déchirées, plages désertes, océan impétueux, bocage tour à tour verdoyant ou désolé, le paysage sublime et sauvage de Cornouailles est un personnage à part entière dans ce roman. Il vous emporte dès les premières pages.

Et puis, il y a cette ferme. Ses odeurs. Ses bruits d’animaux. Ses couleurs changeantes au gré des saisons. Ses réveils matinaux pour la traite.
Et ses bâtiments. Qui tournent le dos à la rage des flots pour s’ouvrir à la lande qui n’est pourtant pas toujours accorte.
Et ces murs abritent une famille d’agriculteurs/éleveurs depuis des générations.
La ferme a vu ses peintures s’écailler et l’économie agricole florissante dériver vers l’abîme.
Mais la famille est toujours la même.

L’auteur nous fait voyager entre les années 40 à aujourd’hui, le meilleur moyen de constater l’évolution d’une société et le fatal déclin des petits élevages et agriculteurs.

La rudesse du métier y est décrite avec subtilité et ne fait que croître au fil du temps: quand l’enfer ne venait que du ciel avec les récoltes perdues sous les caprices du climat, elle s’est couplée, avec le temps, d’une violence économique intraitable.
Avec les bêtes abattues par souci sanitaire, les coûts toujours plus élevés pour des bénéfices filant en peau de chagrin, la rapacité des banques et des promoteurs immobiliers, les quotas, contrôles et j’en oublie…
Le métier a toujours été rude, la famille de Maggie s’en est toujours relevée, même si certains membres ont baissé les bras et tiré leur révérence, mais force est de constater qu’au bord de la faillite, il faut s’ouvrir à d’autres perspectives.
Salon de thé, gîtes, vente de produits originaux et locaux, Maggie est le témoin de cette évolution nécessaire et pas toujours consentie avec le sourire.
Les temps changent, la ferme le doit aussi pour perdurer… avec l’aide la nouvelle génération qui doit se défaire de l’image d’Épinal de la vie à la campagne.

Maggie, la grand-mère, est donc la mémoire des lieux, le pilier de la ferme. Nous vivons avec elle le quotidien champêtre de cette ferme dans sa normalité, mais aussi, avec ses souvenirs de jeunesse, dans tout ce qu’elle a eu d’extraordinaire alors que les campagnes étaient le refuge des enfants citadins déplacés pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour les éloigner des bombardements. Ces instantanés de la grande Histoire restent discrets toutefois et n’en font pas un roman historique.
Will et Alice sont issus d’une famille éclatée par la guerre et l’auteur dissémine pudiquement le traumatisme que cela représente pour eux mais n’est pas le thème central de ce roman.

Maggie éprouve un attachement est profond et irrationnel pour cette ferme, ancré dans un drame de jeunesse qu’elle nous dévoile peu à peu. Une histoire d’amour tragique aux conséquences dramatiques qu’elle est seule à connaître.
Enfin… seule… pas tout à fait car Alice revient, au crépuscule de sa vie, en quête de rédemption. Mais n’est-il pas trop tard?

J’ai beaucoup apprécié le personnage de Maggie qui a été enfermée dans une vision étroite, étriquée et mesquine de la femme, qui a dû subir l’autorité arbitraire de sa propre mère, qui a traversé les épreuves la tête haute, rester digne et construire malgré tout une famille tout en portant un deuil et une douleur inimaginables. Son histoire m’a touchée et émue. Parce que le combat pour la liberté féminine ne date pas d’aujourd’hui que bon nombre de femmes ont dû faire preuve de beaucoup de courage de tout temps.

Si Alice est le catalyseur d’un secret enfin révélé, son personnage n’est exploité que dans cette dynamique. Difficile d’éprouver de l’empathie pour cette femme aux regrets tardifs et dont on n’apprend rien ou si peu de son parcours d’adulte. Et même si on peut comprendre ses actes de jeunesse, elle n’apparaît pas très sympathique au demeurant.
Les autres personnages, comme les enfants de Maggy ou le frère de Lucy, ne sont pas très fouillés non plus. C’est un peu dommage de les rendre un peu trop transparents alors qu’ils sont aussi partie intégrante de la ferme.
Will possède une place à part dans cette histoire et difficile de ne pas l’apprécier avec le destin qui est le sien. Mais là, je n’en dis pas davantage.

L’histoire de Maggie m’a émue, mais pas celle de Lucy. Moins dramatique et plus légère, elle est le reflet de notre époque actuelle. On méprise ses origines, on part loin dès qu’on le peut, on mène sa petite existence et au moindre petit écueil, on se souvient de ses racines et on file s’y réfugier. Son retour à la ferme est guidé par la peur de vivre, le manque de courage et de persévérance. Une brise l’a jetée à terre quand une tempête n’a pas ébranlée sa grand-mère. Autre temps, autres mœurs, et des forces de caractère opposées!
Heureusement, elle remonte dans mon estime quand elle décide de se reprendre un peu en mains, de s’investir dans l’avenir de la ferme, et de se regarder bien en face dans son miroir.

Ce roman parle des secrets de famille, ce qui peut la diviser ou, au contraire, la souder. Des moments heureux comme des événements tragiques. Des destins de femmes et d’hommes, avec leurs forces et leurs faiblesses.
Mais rien n’est possible sans la ferme.

C’est toujours cette ferme qui cimente cette famille. Un berceau, un héritage, ce que nous appelons un foyer. Noyau de la petite histoire dans la grande.
Cette petite ferme perchée tout en haut de la falaise, qui tourne le dos à l’océan.
Au bout du monde, mais jamais tout à fait…

Citations…

« Comment en est-on arrivé là? Comment se fait-il que ce ne soit que maintenant, avec l’imminence de la mort, qu’elle envisage de rectifier ce qui aurait dû l’être il y a des années déjà? »

« Elle poussa un hurlement d’incrédulité. Un cri pitoyable, un bêlement d’agneau quand il aurait fallu un rugissement de lion pour exprimer sa rage, si immense que parfois elle avait du mal à la contenir. »

« Cette maison est comme un aimant, elle ramène à elle ceux qui s’éloignent trop. »

« Mais que ressentait-il aujourd’hui? Sans contact quotidien, privés des ferments de la vue et du toucher, ses sentiments s’étaient-ils éteints? Peut-être son amour à lui était-il fragile et éphémère, ainsi qu’Evelyn l’avait décrit. »

« Ça ne servait à rien. La chaleur entêtante de l’été précédent appartenait à une autre époque: une époque pleine d’espoir et d’amour, de joies et d’attentes. À présent, elle était fatiguée, laminée par une peur constante, sourde. Peut-être était-ce ce qu’on éprouvait lorsque celui à qui l’on portait un amour sincère était à la guerre? »

« Parfois, on a simplement besoin de silence et d’espace. »

« Et maintenant? Prendra-t-elle le risque de tomber amoureuse une nouvelle fois? Elle reste sur ses gardes, car elle sait que l’amour seul ne suffit pas au bonheur. »

« S’interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir… Voilà, je crois, ce qui fait le plus de mal. »

Note: 4/5

Blog Note 4

 

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