Zoo station – David Downing

4ème de couv’…

Berlin, 1939.

Ancien communiste, John Russell, travaille pour la presse anglo-saxonne.

Lorsqu’un agent russe lui commande une série d’articles élogieux sur l’Allemagne nazie, destinée à la Pravda, dans le but de préparer le pacte de non-agression, Russell se montre d’abord réticent, puis accepte.

Ses contacts avec Moscou et Berlin attirent bientôt l’attention des services secrets anglais.

Après la mort mystérieuse d’un journaliste, Russell se retrouve possesseur d’un terrible secret.

S’il doit protéger sa petite amie, actrice dans les films officiels du régime ainsi que son fils, Russell pourra-t-il rester neutre face à l’horreur qui s’annonce?

Mon ressenti de lecture…

Je vous le dis de suite: j’ai eu un coup de foudre pour la couv’ et j’ai craqué en lisant, à peine, le résumé!

Oui, oui, encore un roman avec le thème de la Seconde Guerre Mondiale! Que voulez-vous… on est passionné ou on ne l’est pas!
Plus sérieusement, cet attrait pour les grands conflits n’est pas un voyeurisme morbide mais, tout comme j’aime les thrillers pour comprendre la psyché tordue d’un assassin, je lis énormément de romans, d’essais, de témoignages et de bio sur les guerres car, premièrement, c’est notre héritage et, deuxièmement, pour trouver le sens de ces atrocités ou comment, pas un ou deux êtres humains, mais des millions de personnes peuvent être entraînés dans de telles folies. Et je ne cesserai jamais d’en lire car je cherche toujours…

Mais revenons à Zoo Station.
C’est le premier volet d’une série de six romans mettant en scène John Russel, journaliste anglo-américain, demeurant à Berlin dans les années 40.
Zoo station est le premier roman de « The Station Series » (parce que chaque tome porte le nom d’une gare, principalement berlinoises) à être traduit et publié en France.

Petit aparté: je croise les doigts pour que la série arrive intégralement dans nos librairies!

Nous sommes en 1939, avec Hitler au pouvoir depuis suffisamment d’années pour que le peuple allemand commence à déchanter après une embellie économique qui a sorti le pays d’une misère innommable. Suffisamment d’années également pour que ce même sinistre individu tisse la toile d’une Seconde Guerre Mondiale.
Elle est inéluctable, il est agressif le nain hyperactif à la moustache frémissante! La question est juste de savoir quand, avec et contre qui.
Mais beaucoup trop de monde reste traumatisé par la Grande Guerre, s’illusionne, joue la politique de l’autruche et ne croit pas au retour des armes.

Ce roman parle du climat! Non, pas de réchauffement climatique que des lobotomisés du bulbe continuent farouchement de nier! Non, du climat mondial à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. De la confiance aveugle des polonais dans la certitude que les britanniques les défendraient en cas d’attaque allemande. Des tergiversations diplomatiques entre russes, français et anglais. De la valse séductrice nazie pour étouffer dans l’œuf la bouillante Union soviétique. Des yeux trop tardivement ouverts du peuple allemand après l’euphorie du plein emploi.

L’époque est passionnante car nous savons déjà ce qui va se passer par la suite mais nous avons peut-être oublié comment les choses se sont amorcées. L’auteur explore les fondements de ce second conflit mondial, histoire de remettre les pendules à l’heure… Cet état des lieux, nous le vivons avec John Russel. Sa personnalité atypique nous permet de porter un regard riche et multiple sur ce pan de notre passé.

Voyez: c’est un ancien communiste donc on peut imaginer des sympathies pour la vodka. Ses origines sont partagées entre les États-Unis et l’Angleterre, il a combattu à leurs côtés pendant la Grande Guerre, donc on peut légitimement asseoir son allégeance en cas de nouveau conflit.
Mais le Môssieur a un jeune fils d’une dizaine d’années, Paul, issu d’un premier mariage avec Ilse… une allemande.
John est très attaché à sa famille et à sa nouvelle amie, Effi, allemande elle aussi.
John vit et travaille en Allemagne.
Et John est journaliste. Donc apte à soulever quelques tapis pour voir quelles monstruosités y sont cachées! Mais est aussi une cible si ces écrits n’ont pas l’heur de plaire aux pouvoirs en place.
La situation pour cet homme n’est donc pas simple.
Comme tout individu, il n’aspire qu’au bonheur et à la paix.
Comme tout individu, il a des yeux, un cerveau, des principes, des valeurs, une conscience tant personnelle que professionnelle.
Mais quand sa vie est en danger, la sienne ou celles de ses proches, quels poids ont tous ces beaux principes en butte à la réalité du quotidien?

De part son travail de journaliste, de sa capacité à se déplacer assez aisément au sein du Reich comme à l’extérieur des frontières, John est courtisé par les Services Secrets.
Russes, anglais et allemands vont vouloir le manipuler et John aura-t-il les reins assez solides pour éviter les écueils, les crocs-en-jambe et les trahisons et se sortir de ce nid de vipères? Ne risque-t-il pas de se perdre dans son double voire triple jeu?
Mais surtout, comment John, l’homme, va-t-il pouvoir composer avec sa conscience, son amour pour son fils et son engagement sur l’échiquier mondial?

Avec John, nous voyageons, nous prenons des instantanés de l’ambiance en différents points de la carte à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale.
Nous descendons des bières avec les collègues journalistes étrangers et partageons leurs visions distanciées des événements et ils nous font part de la position de leur pays respectif.
Nous passons de la vie encore privilégiée de berlinois insouciants entre théâtres et restaurants animés à la chape de plomb d’une famille juive ayant perdue ses privilèges et à l’avenir incertain.
Avec John, nous doutons, nous nous questionnons, nous fonçons aussi tête baissée vers ce que nous croyons être justes.
Avec lui, nous sentons l’évolution vers le mal absolu, nous voyons les paliers qui se succèdent vers l’abîme!

Le style de l’auteur est fluide, agréable. Il jongle avec le contexte historique avec une base très bien documentée et efficace et nous a ouvert les portes de grande Histoire par la petite porte, celle d’un individu lambda, John.
Et l’histoire de John, c’est celle de l’affect: l’instinct de survie, la rage de l’injustice, la volonté de défendre son enfant, la peur bien entendu mais aussi le dilemme qui agite un homme entre son parcours personnel quand celui-ci rencontre le chemin global du monde qui l’entoure.

Passionnant. Addictif. Pas de super-héros, un homme, des hommes, un enfant soumis au conditionnement nazi quand son père n’adhère pas à ce dogme et des femmes bien entendu, même si celles-ci sont particulièrement discrètes dans ce roman… pour le moment!

Je suis conquise! Juste furieuse et frustrée de devoir attendre la suite mais conquise!

Citations…

« On dit qu’il faut aimer son pays et en être fier, et c’est vrai qu’il y a des choses à aimer et dont on peut être fier. Mais il y a aussi des choses qu’on est en droit de ne pas aimer, et tous les pays ont des choses dont ils devraient avoir honte. Alors qu’est-ce qu’on accomplit en mourant pour son pays? Rien, d’après mon expérience. C’est en vivant pour son pays qu’on a une chance d’améliorer les choses. »

« Pense par toi-même, décide ce que tu estimes être juste, mais garde-le pour toi, ou au pire pour la famille. Nous vivons à une époque dangereuse, et beaucoup de gens ont peur de ceux qui ne pensent pas comme eux. Et les gens qui ont peur sont souvent dangereux. »

« Mais si tu sais que quelque chose est injuste, ce n’est pas lâche de garder le silence? »

« On a déjà bien expliqué ce qui se passait. Mais les gens ne veulent pas l’entendre. Et plus on en parle, moins ils nous écoutent. »

« Il ne savait pas précisément comment les Soviétiques exprimaient leur rancune, mais il était convaincu qu’ils ne manquaient pas d’idées. »

« Quelle que soit cette histoire, si tu es vraiment espionné par les autorités, tu ferais mieux de laisser tomber. Aucun article ne vaut ce genre de problèmes. (…)
Tu aurais dit la même chose il y a dix ans ?
— Je ne sais pas. Il y a dix ans, je n’avais pas les responsabilités que j’ai aujourd’hui.
— Tu devrais peut-être te demander si tu peux toujours être un journaliste honnête avec ce genre de responsabilités.
— Tu n’as pas le monopole du journalisme honnête, bon sang, s’insurgea Russell, profondément agacé par la remarque.
— Bien sûr que non. Mais je sais ce qui est important. Comme toi autrefois.
— La vérité finit toujours par éclater. »

« Il pensait autrefois que la guerre était derrière lui, que le temps et les circonstances avaient transformé l’horreur en colère, la colère en politique, et la politique en cynisme, ne laissant que la conviction que ceux qui détenaient l’autorité tendaient, dans l’ensemble, à être des menteurs incompétents et insensibles. Que la guerre, à cet égard, avait été un nouveau révélateur d’une vérité malheureusement éternelle. Rien de plus. »

« Il s’était fait des illusions. Tous ceux qui s’étaient trouvés à cet endroit particulier à ce moment particulier avaient été marqués à jamais par cette expérience, et il ne faisait pas exception à la règle. On ne se débarrasse jamais complètement de la guerre – elle laisse toujours quelque chose en vous, que ce soit des nerfs en lambeaux, une rage sans fin ou un cynisme austère. »

« C’était une histoire qu’il ne voulait pas lire. La guerre civile espagnole était terminée. Les justes avaient perdu. Que dire de plus? »

« D’après Marx, l’histoire se répétait une première fois comme une tragédie, une seconde fois comme une farce. Mais ça ne faisait rire personne. Sauf peut-être Staline. »

« La révolution brûlait son carburant humain à grande vitesse ces temps-ci, et l’intelligence évidente de Chtchepkine faisait de lui un corps hautement inflammable. »

« Russell s’adossa à sa chaise, se rappelant la remarque d’un officier de régiment du Middlesex qu’il avait rencontré en 1918. « Les services de renseignement, avait-il dit, ont tendance à regarder dans leur propre cul et se demander pourquoi il fait nuit. » »

« Sa vie semblait se briser au ralenti, sans qu’il ait aucune certitude quant à l’endroit où allait atterrir chaque fragment. »

« Mais n’était-il pas en train de se duper? De se faire avoir comme un débutant, à jouer à des jeux de petit garçon avec de vraies munitions? Depuis quand le sacrifice était-il un raffinement de l’estime de soi? »

« Les seuls criminels violents que l’on pouvait voir dans les rues de Berlin étaient les autorités. »

« Ils baisent nos femmes, baisent notre pays, et bientôt ils baiseront toute l’Europe, déclara l’homme. Mais on finira par les avoir. »

Note: 5/5

Blog Note 5

Publicités

4 réflexions au sujet de « Zoo station – David Downing »

  1. « Les services de renseignement, avait-il dit, ont tendance à regarder dans leur propre cul et se demander pourquoi il fait nuit. » Je suis PTDR !!

    Je dois le lire, il est dans ma PAL 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s