Tu tueras le père – Sandrone Dazieri

Sandrone Dazieri - Tu tueras le père (2015)

Sandrone Dazieri – Tu tueras le père (2015)

4ème de couv’…

LE PÈRE EST LÀ, DEHORS, QUELQUE PART.
LA CAGE EST DÉSORMAIS AUSSI VASTE QUE LE MONDE, MAIS DANTE EST TOUJOURS SON PRISONNIER.

Non loin de Rome, un homme affolé tente d’arrêter les voitures.
Son fils de huit ans a disparu et le corps de sa femme gît, décapité, au fond d’une clairière.

Le commissaire Colomba Caselli ne croit pas à l’hypothèse du drame familial et fait appel à un expert en disparition de personnes: Dante Torre.

Kidnappé enfant, il a grandi enfermé dans un silo à grains avant de parvenir à s’échapper.
Pendant des années, son seul contact avec l’extérieur a été son mystérieux geôlier qu’il appelle « le Père ».

Colomba va le confronter à son pire cauchemar: dans cette affaire, Dante reconnaît la signature de ce Père jamais identifié, jamais arrêté…

Mon ressenti de lecture…

Ayant reçu Tu tueras l’ange aux fins d’article à publier incessamment-sous peu-très bientôt, je me devais auparavant, bien évidemment, de lire Tu tueras le père qui dormait depuis bien trop longtemps dans ma PAL! Oui je sais, je suis un peu maniaque et obsessionnelle, je n’aime pas prendre le train en marche!

Avec + d’une centaine d’avis plus ou moins argumenté sur Babelio, je ne cherche pas à faire dans l’originalité. Comme d’habitude, j’irai en lire certaines après publication de ce qui est le plus important pour moi, pas une chronique, mais un ressenti. Vous savez le truc, là, avec les tripes?!?

Déjà, le titre m’interpelle! Tu tueras le père…
Détournement d’un commandement catholique ou d’une parole judaïque?
Petite friction avec tonton Freud et mariage psychanalytique?
Vers quel chemin Sandrone Dazieri veut nous guider?
Mystère!
Mais ce qui est certain c’est que l’itinéraire prévoit des sauts dans le passé et nos accompagnateurs sont deux bras cassés de première!

Imaginez Colomba, belle femme au caractère bien trempée, commissaire de part son métier, sujette à d’effroyables crises de panique, victime d’un stress post-traumatique après une explosion dans un resto parisien alors qu’elle poursuivait un malfrat, dont elle est sortie vivante, mais de justesse, animée du syndrome du survivant et quasiment désavouée par sa hiérarchie.

Imaginez Dante, l’Enfant du silo, kidnappé à l’âge de 6 ans, enfermé pendant une douzaine d’années, sans aucun lien avec le monde extérieur, trouve le moyen de s’enfuir mais à quel prix? Instable, sous médocs, quasi agoraphobe, total claustrophobe, combien de séquelles découlent de son enfermement et n’ont pas encore affleuré la surface?
Dante a développé des facultés d’observation et de déduction qui lui permettent d’apporter son aide dans la disparition de personnes.

C’est ainsi que Colomba, rappelée officieusement par son supérieur, et lui partent sur les traces de celui que Dante appelle le Père.

C’est un sacré pavé de plus de 600 pages mais très rythmé par des flashbacks, des chapitres courts au style nerveux.

Si l’intrigue est diablement bien orchestrée dès le départ, bénéficie de rebondissements surprenants, de suspens haletants et d’un magnifique cliffhanger de fin; si la police n’est pas à la joie avec une mise en avant de son incompétence flagrante et de ses guéguerres intestines qui plombent leur professionnalisme; si un simple fait divers, un drame familial, prend un essor inattendu vers un complot international et transforme un « simple » polar en un thriller psychologique et horrifique; si le Père garde une grande part de ses mystères, le lecteur ne voit pas défiler les pages de ce pavé grâce exclusivement à ses deux personnages principaux: Colomba et Dante.

Ces deux là sont totalement malades et déjantés, chacun à leur manière, et l’auteur a su nous immiscer dans leur intimité et surtout leurs traumatismes et leurs peurs!

Colomba n’a plus confiance en personne, ni même en elle-même, elle nie son syndrome psycho-traumatique, elle nie sa vocation. J’ai beaucoup apprécié ce portrait de femme: intelligente, forte mais qui peut tout aussi bien se retrouver paralysée par ses démons intérieurs, aussi fragile qu’une fleur dans la tempête.
Exercer ce métier la confronte aux pires horreurs commises par l’humain et ce sont les risques encourus quand on côtoie la fange de la société. Garder raison et distance est parfois impossible quand on est touché dans sa chair et c’est ce que Colomba vit. Rongée par la culpabilité et le regard d’autrui, elle doute. Doit-elle loyauté à sa soif de vérité et de justice au détriment des règlements et des procédures?

Dante est terrifié par la vie. Exclu de tout pendant plus de 10 ans, il a été conditionné par le Père depuis sa plus tendre enfance.
Comment se ré-approprier son identité quand le Père est toujours là, dehors, quelque part?
Il essaye frénétiquement d’assimiler la pop-culture et d’une manière générale tout ce qu’une perso lambda dans la société « normale » a vécu pendant les années que, lui, a passé coupé de tout.
Il est sans cesse en rupture, obsessionnel, borderline entre folie et lucidité pragmatique. Il est une éponge tout en étant distancié de tout, toujours isolé dans la prison qui n’est plus physique mais psychologique.
Dante est le personnage qui m’a le plus captivée.
Car il est dans l’action mais sans cesse également dans l’introspection. L’auteur a su donner une dimension étonnamment profonde à l’horreur de ce que vit Dante alors que tous les autres autour de lui pensent que retrouver la liberté physique a marqué la fin des sévices infligés.
Alors qu’il n’en est rien.
Alors que Dante cherche encore et toujours à briser la spirale infernale de l’emprise du Père.

Ce duo improbable entre Colomba, la flic rigide traumatisée et Dante, le feu-follet incontrôlable,  fonctionne remarquablement bien! Des scènes d’humour, des confrontations ubuesques, des prises de position totalement irresponsables agitent le lecteur entre folie, crises psychotiques et traits de génie! Un bric-à-brac de morceaux recollés, génie, force, cris d’orfraie, petite chose recroquevillée en position fœtale, castagne agressive, hystérie ou hébétude médicamenteuse… c’est un melting pot qui ravit le lecteur parce que… ça marche!

Un grand coup de cœur pour Dante et son histoire! Je suis curieuse de suivre le duo formé avec Colomba, savoir si, à eux d’eux, ils vont pouvoir se serrer les coudes pour se reconstruire l’un l’autre ou faire encore des étincelles!

Citations…

« Si finir à l’hôpital est le prix à payer pour avoir un travail amusant, alors vive l’ennui. »

« Quand elle était en service, elle utilisait sa carte comme un passe-partout, mais quand elle était en civil, elle éprouvait un certain embarras vis-à-vis des codes sociaux. Elle aurait dû être plus attentive quand sa mère lui expliquait comment doit se comporter une jeune fille de bonne éducation. »

« (…) Si tu dois choisir entre gentillesse et honnêteté, opte toujours pour la seconde solution avec moi. Surtout, pas de compassion.
— Parfait, parce que beaucoup de gens disent que je ne suis pas capable d’en ressentir. »

« (…) à l’inverse de nombreux collègues, elle ne passait jamais la frontière entre ce qui était illégal et ce qui était pénalement répréhensible, aussi ténue soit-elle. Non de crainte d’en subir les conséquences, mais par respect envers l’uniforme qu’elle gardait suspendu dans son armoire, comme une barrière entre ce qu’il y avait de bon dans le monde et tout le chaos qui le menaçait et l’érodait aux marges. Au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans cette histoire, toutefois, elle s’apercevait que cela lui importait de moins en moins. Elle voulait seulement mettre la main sur le Père, et tout le reste passait au second plan. »

« Je me rends toujours compte du moment où je deviens fou. »

« Toute ma vie, j’ai pensé que j’avais été victime d’un maniaque, génial mais fou. Maintenant je découvre qu’il y en avait un bataillon, et qu’ils avaient peut-être même un mobile. Un mobile, tu te rends compte? Pour me garder au frais comme un morceau de viande dans la chambre froide du boucher. »

Note: 5/5

Blog Note 5

 

 

14 réflexions au sujet de « Tu tueras le père – Sandrone Dazieri »

    • Je suis bien d’accord, une claque magistrale! Par contre, un peu moins d’engouement pour l’ange! Mon ressenti de lecture publié dans la journée, je pense, si mon « en cours » veut bien me lâcher! 😀

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