Le souffle des feuilles et des promesses – Sarah McCoy

Sarah Mc Coy - Le souffle des feuilles et des promesses (2017)4ème de couv’…

Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère.
À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être.
Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.
Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de XIXe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer.

Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin?

Mon ressenti de lecture…

Tout d’abord, je remercie NetGalley et les éditions Michel Lafon pour l’envoi de ce roman.
Pour être totalement honnête, entre le moment où j’ai sollicité cette lecture et la seconde où j’ai ouvert le bouquin, j’avais complètement oublié, et la 4ème de couv’, et que l’auteur avait déjà deux romans à son actif, deux romans dans ma PAL mais toujours pas lus!

Et comme je le radote régulièrement, la littérature blanche, c’est pile ou face: ou ça vous touche en plein cœur ou cela vous laisse raide glacée!

Le souffle des feuilles et des promesses est l’histoire d’une jeune fille américaine qui, depuis toute petite, raconte des histoires et les couchent sur papier. D’une famille aisée, c’est en toute logique et emplie d’assurance, qu’elle décide de se rendre à New York pour trouver un éditeur pour son roman. Sa carrière de romancière est amorcée. Sa rencontre avec Post Wheeler, écrivain-journaliste prônant les avantages du célibat, créé des étincelles et ne sera pas de tout repos dans cette Amérique de fin de siècle.

Si ce roman est clairement l’histoire d’amour qui ne coule pas de source entre Hallie et Post, ce serait une erreur de n’y voir que cela. C’est aussi un instantané social et politique des États-Unis de la fin du XIXème et début du XXème siècle.

La haine entre Confédérés et Yankees est toujours aussi prégnante, au lendemain de la guerre de Sécession, quand tant en sont encore à panser leurs plaies. La cohabitation entre Nord et Sud n’est pas toujours aisée, notamment dans les relations et unions humaines.
L’évolution des mentalités reste lente, chaotique et quelque peu sournoise.

L’expédition de Post en Alaska illustre la Ruée vers l’or du Klondike dans les années 1890, marque un parcours initiatique pour notre jeune homme qui se frotte à la dure réalité de la vie au détriment des préoccupations intellectuelles qui l’occupaient tout entier jusque là. C’est la vision du rêve américain dans toute sa splendeur quand quiconque peut faire fortune sur un coup de chance., avec quelques efforts et sacrifices tout de même.

L’entrée en politique de Post, vers la fin du roman, illustre l’engagement des États-Unis dans la diplomatie européenne, notamment avec l’offre de médiation pour l’arrêt de la guerre russo-japonaise.
Le séjour d’Hallie en Angleterre est aussi l’occasion de parler de l’engagement armé de l’Empire britannique dans la guerre des Boers qui secoue l’Afrique du sud entre 1899 et 1902.

Le mouvement anglais des suffragettes a fait des émules aux States et l’essor du féminisme est une bouffée d’air frais pour les femmes de caractère, volontaires et indépendantes.
Harrie est une de ses femmes.
Si son indépendance est favorisée par une famille aisée, son esprit n’en est pas moins libre depuis son enfance. Elle est loin de la préoccupation de la majorité de ses consœurs à passer de la coupe d’un père à celle d’un mari.
L’écriture est son seul maître. Et elle préfère adhérer aux idées progressistes qui confèrent l’autonomie et la liberté à la gente féminine.

Le milieu de l’édition et du journalisme est résolument et étonnamment moderne. De gros titres accrocheurs dont les sources restent nébuleuses, de révélations fracassantes pour créer publicité et doper les ventes, de la campagne effrénée de promotion, des photos-montage… La presse pseudo sensationnelle people-poubelle de notre époque n’a vraiment rien inventé!
Outre l’aspect médiatique du métier, l’auteur analyse finement la vocation d’écrivain qui habite Hallie depuis son enfance. Si son envie de raconter des histoires est innée, elle s’aperçoit aussi que l’écriture est un travail et un apprentissage au service de son imagination.
Le passage de la rencontre avec Marc Twain et la discussion d’avec Hallie sur l’envie de retrouver l’anonymat prête à sourire.
Passionnés de lecture, « proches » de certains auteurs, ce roman ne pourra que vous parler au creux de l’oreille!

Malgré les péripéties d’Hallie et de Post, c’est tout de même une Amérique idéale présentée ici, où tous les rêves sont permis. Même si Post revendique des origines plus modestes qu’Hallie, nos personnages sont tout de même chanceux dans leur parcours: voyages à tout va, grands hôtels ou somptueuses propriétés, l’argent ne manque pas, rencontres avec des personnalités de l’époque, la Reine d’Angleterre ou le Président Roosevelt…

Ce roman est émouvant et m’a clairement captivée!
Dans un contexte historique intéressant, les péripéties amoureuses tourmentant le cache-cache tour à tour conflictuel, provoquant ou comique entre Hallie et Post, qui ne sont pas sans rappeler quelques scènes et joutes verbales savoureuses d’un Autant en emporte le vent, m’ont accrochée bien entendu mais c’est surtout la rencontre de ces deux esprits libres et intellectuels, niant les élans du cœur pour favoriser leur épanouissement individuel, s’affrontant, se cherchant et grandissant au fil du récit qui m’a charmée.

Récit à deux voix: on suit le cheminement de l’un puis de l’autre, dans leurs voyages, leurs défis mais aussi dans l’évolution de leurs sentiments et de leurs attentes de l’existence, du bonheur et de l’avenir. Préhension du monde à travers des yeux masculins, d’abord misogyne puis peu à peu plus éclairés et sensibles à la condition féminine. Le regard d’Hallie m’a davantage agacée car, issue d’un milieu privilégié, elle agit parfois avec arrogance, comme une enfant gâtée, et son effronterie est de temps à autre agaçante.

Histoire d’amour oui, mais aussi partenariat, respect et complicité tendant vers l’équilibre idéal entre un homme et une femme. Un couple moderne avant l’heure, captivant et attachant.

Ce n’est qu’arrivée à la fin de ma lecture, en lisant les notes de l’auteur que j’ai su que ce roman était en fait une biographie romancée de deux personnages ayant réellement vécu: Hallie Erminie Rives et Post Wheeler. L’auteur s’est donc appuyé sur un terreau de documentation et d’informations pour relater une parfaite romance, avec humour, rires, tendresse et émotions entre deux êtres hors du commun qui devaient sûrement gagner à être connus à l’époque!

J’ai eu beaucoup de plaisir à accompagner Hallie et Post dans cette Amérique de fin de siècle dans une romance trépidante et à l’esprit très moderne!

Citations…

« Moi je dis qu’il faut rester fidèle aux mots, rester fidèle à qui nous sommes et condamner le reste aux flammes de l’enfer! »

« Souvent la tête comprend le cœur avec un battement de retard, n’est-ce pas? »

« Je trouvais dégradant de devoir changer sa rhétorique simplement pour caresser d’un murmure enfantin la sensibilité d’une faible femme, quelle qu’elle soit. Le langage constitue le niveleur ultime. Un mot se forme d’une série de lettres dans un ordre particulier, il ne se marie à aucune construction opposée, il se tient seul contraint uniquement par sa propre définition. »

« Le soleil ne brillait plus dans mon jardin intérieur, et j’étais plongée dans l’obscurité tandis que le monde continuait de tourner, de l’aube au crépuscule. Sans elle pour éclairer mon chemin, les journées s’étendaient ternes et douloureuses. Je n’avançais ni ne reculais, je stagnais. Que vas-tu faire, ma chérie? »

« De toute façon, je n’avais ni le temps ni l’énergie de me livrer à ces divertissements futiles. Faire la cour était la dernière des priorités pour quelqu’un qui luttait pour survivre. La romance n’entrait pas dans mes considérations. J’aurais plus volontiers discuté de Victor Hugo et de politique avec une femme. Aucune envie de réciter Ovide et des sonnets amoureux. »

« Voilà l’un des problèmes de la civilisation: vivre finit par rimer avec être assis toute la journée. Dans l’Arctique, celui qui ne bouge pas meurt de faim ou de froid. La loi de Newton: un objet au repos reste au repos, un objet en mouvement reste en mouvement. Et j’étais un homme de mouvement. »

« Le mouvement vous donne des ailes, moi, il me vide et me fait perdre mes repères. Je suis fatiguée, un point c’est tout. Je ne sais plus dire qui je suis et encore moins où je suis (…) »

« Tout est politique. Rien n’y échappe. La façon dont les reporters et rédacteurs en chef choisissent les histoires à publier, la présence d’un appareil photo au bon endroit, au bon moment. Tout est partisan. La population dans son ensemble, dont je faisais partie, pouvait librement se forger sa propre opinion. Oui, nous étions les potiers de notre propre argile, mais très peu avaient conscience de la roue souveraine qui tournait sous le pot. »

« (…) Bonne nuit, Wheeler.
– « Il me semble à moi, que nous dormons, que nous rêvons encore », murmurai-je en la regardant s’éloigner dans le couloir. Shakespeare connaissait bien les désirs involontaires du cœur. »

« Les objets contondants tenus par des femmes me rendaient nerveux. »

« Ceux qui taisent leurs opinions sont bien souvent ceux qui ne peuvent s’empêcher de râler tout bas. »

« Les hommes ont beau être exclus de l’organisation interne, dans le sens pratique du terme, vous pouvez également me qualifier de suffragette. Je ne porte ni jupons ni corset, c’est la seule différence. »

« Je vis alors clairement l’ampleur des injustices établies par nos institutions. La politique ne devrait pas servir à augmenter les gains et le pouvoir, elle devrait améliorer le monde. »

« (…) Je ne peux t’en vouloir, et c’est ma croix
De t’aimer trop fort, trop mal, en vain.
Ce poème fut ma lumière dans l’obscurité. Mon prochain roman serait le récit romancé de la vie de Lord Byron. Sa mort glorieuse à Missolonghi avait fait de lui un héros national en Grèce, mais les pays anglophones ne lui avaient pas rendu les hommages qu’il méritait. Je retracerais les événements marquants de sa vie, ses aventures dramatiques, son travail, ses liaisons, et surtout son amour immense et sa mort plus grande encore. »

« D’une certaine façon, ma tour intérieure s’était effondrée à Wayne. Désormais il me fallait la reconstruire, plus solide qu’avant. J’étais jeune, il me restait tellement d’années à vivre, avec ou sans époux. J’avais pour moi mon courage et mes livres, et jamais je n’avais souffert de la solitude. Peut-être parce que j’étais enfant unique, ou peut-être grâce à mon imagination peuplée de tant d’amis… Quelle qu’en soit la raison, j’étais bien décidée à jouir de ma liberté. »

« Même dans une œuvre de fiction il n’existait de hasard pareil. Et pourtant la vraie vie semblait décidée à prouver sa magnanimité, comme s’il était tout à fait naturel que le destin se manifeste tous les jours. Croire en l’intervention du sort, de la chance ou d’une puissance divine forçait à renoncer à son propre contrôle. Il est déconcertant de penser qu’un auteur au-dessus de nous puisse écrire le grand livre de l’univers dans lequel nous sommes des personnages. Cependant, refuser de croire n’aurait rien changé au fait que George Post Wheeler se trouvait devant moi à cet instant. »

« Je n’ai toujours voulu que le meilleur pour vous (…) Je n’ai pas donné assez d’importance à ce que nous partagions, le temps passé ensemble. Pour moi, c’était acquis. Je suis désolé pour tout cela (…) »

« Imaginons que nous nous rencontrons pour la première fois. Aucun regret passé. Aucune attente pour l’avenir. Ici et maintenant. »

« Elle voyait à travers moi, même quand j’en étais incapable. J’avais besoin d’une partenaire dans la vie qui pouvait faire ce genre de choses: distinguer clairement ce qui restait pour moi obscur. Une personne qui soit meilleure que. Qui soit ce que j’ai de mieux. J’avais besoin de quelqu’un qui soit tout ce que je n’étais pas. »

« Comment dire « je t’aime » au milieu d’une marée humaine qui descend d’un bateau dans les odeurs de poisson et de bois pourri. »

« Pauvre femme, elle a lu trop de romans. Mais même un auteur comme vous sait que la réalité ne prend que rarement ce genre de tournure. C’est pour cette raison que nous nous accrochons à nos livres, nos pièces, nos histoires romancées. Nous en avons besoin pour combattre les tragédies qui nous accablent au quotidien. »

« Tu ne dois jamais laisser le danger ou les échecs gouverner tes actes, Post. Il faut persister. »

« Aussi longtemps que tu respires, tu peux guérir! Nous ne pouvons pleurer ce que nous avons perdu pour toujours. Autant s’allonger tout de suite dans sa tombe! »

« Ce soir, je préférerais être n’importe qui plutôt que moi-même (…).
Je connaissais bien ce sentiment. Redevenir l’ombre de ce personnage que vous faisiez tout pour mettre dans la lumière. La liberté de l’anonymat. »

« La vie est une danse folle remplie d’obstacles et il faut tenir le rythme. Il vaut mieux s’assortir avec quelqu’un qui partage vos exubérances (…) »

Note: 5/5
Blog Note 5

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