En mémoire de Fred – Clayton Lindemuth

Clayton Lindemuth - En mémoire de Fred (2017)

Clayton Lindemuth – En mémoire de Fred (2017)

4ème de couv’…

Baer Creigthon est un cul-terreux fruste et macho obsédé par le Bien et le Mal.

Depuis que, gamin, son grand frère Larry a essayé de l’électrocuter, il reçoit une décharge chaque fois que quelqu’un lui ment. Ou alors il voit une lueur rouge dans les yeux du menteur.

Un don fort utile, mais est-ce suffisant maintenant qu’il faut venger Fred?
Le pitbull, son seul ami dans les bois de Caroline du Nord où il vit pas très loin des personnages de Ron Rash, a été kidnappé.
On le lui a rendu en piteux état, victime d’un des impitoyables combats de chiens clandestins qu’organise l’abominable Joe Stipe, le caïd de la région.

Quand il ne soigne pas Fred devenu quasi aveugle, Baer distille une gnôle si sublime que tout le monde lui en achète, le shérif compris.
Ça lui donne du courage pour mûrir son plan.
Non qu’il en manque, mais, en face, l’ennemi surarmé est en nombre et la lutte semble inégale.

« Œil pour œil, dent pour dent », tel est le code de l’honneur hérité des pionniers.
Baer l’appliquera jusqu’au bout.
Voire plus loin.

Mon ressenti de lecture…

Je remercie tout d’abord Babelio, sa Masse Critique Spéciale et les éditions du Seuil – Cadre noir pour l’envoi de ce roman!

Nous sommes en Caroline du Nord, en pleine cambrousse. Pensez! Juste deux feux rouges dans le bled! Petite ville rurale, avec des autochtones pas vraiment en costards cravates. Au contraire, la flicaille est corrompue, les combats de chiens clandestins sont à la mode et la gnôle artisanale illégale inonde le marché local.
Et Baer Creigthon n’a pas son pareil pour faire chanter son alambic, là-bas, planqué dans les bois. C’est qu’il est atteint d’un don maléfique: il repère les menteurs aux travers de leurs ondes électriques. Alors c’est une bonne raison pour s’isoler dans la nature.
Jusqu’au jour où on s’attaque à son chien, son seul ami, Fred.
Et là, ça va faire mal.

Roman rural noir.
Totalement.
Un huis clos isolé du monde, à la mentalité frustre et aux méthodes expéditives. J’ai lu un règlement de comptes à OK Corral… mais en Caroline du Nord.
Le langage est aussi cru que les hommes sont bruts.
Les armes parlent aussi vite que l’alcool dévale les gosiers.
Il faut bien avouer que l’intellect ne vole pas très haut et que les préoccupations des uns et des autres restent très limitées et ne s’orientent pas vraiment vers la paix universelle!
Une parfaite illustration de la Loi du talion: œil pour œil, dent pour dent… et un peu plus si affinités!

L’action s’articule autour de Baer Creighton.
Baer n’est plus tout jeune. C’est un solitaire car les humains le déçoivent par tous leurs mensonges. Baer adore son chien, Fred. Ils vivent pépère dans la forêt, chichement malgré les profits de son trafic gentillet.
Mais un jour, on touche à son compagnon à quatre patounes, le laissant aux portes de la mort.
Baer va vouloir se venger et je le comprends ô combien! Sa vengeance se catalyse autour de la personne de Joe Stipe, le mafieux du coin qui aimerait avoir la mainmise sur l’ensemble du trafic d’alcool, dont la petite entreprise de Baer, et accessoirement organisateur des combats clandestins de chiens.

Baer est un personnage bourru mais avec le cœur tendre. Il pense toujours à son amour de jeunesse, Ruth. Il veille même sur sa fille. Ce sont d’ailleurs les seuls personnages féminins du roman noyées au milieu de cette bande de machos.
Il vit au contact de la nature, la vraie, l’intemporelle, au coin du feu, la douche dans l’eau glaciale de la rivière et le froid de la nuit.
Il bricole avec trois fois rien, Baer. J’ai bien aimé ses petits tuyaux (de cuivre!) pour une bonne distillation de derrière les fagots!
C’est un personnage attachant que j’ai aimé suivre dans l’élaboration de sa vengeance. Les thèmes de la solitude, de l’attachement à son animal m’ont beaucoup touchée. Et la vengeance qui suit, en réponse à la cruauté infligée à Fred, également. Je sais, c’est pô bien et l’escalade des coups donnés et reçus semble disproportionnée, mais reste compréhensible. Touche à un de mes animaux et la femme des cavernes qui sommeille sous le vernis social explose en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire! De plus, existe-t-il une réponse adaptée quand le mal est incarné par des brutes lobotomisées?

Le récit est cynique, teinté d’un humour cru et brut de décoffrage. Le style de l’auteur est agréable malgré parfois quelques longueurs. Il le confie lui-même, il a écrit un roman moral pour prouver que face au mal, il ne faut jamais baisser les bras.
Et c’est à nous, lecteurs, peut-être, de nuancer la chose en se posant la question: est-ce que la fin justifie les moyens?

Je vais être honnête, j’étais assez dubitative avant de démarrer ma lecture car ce n’est pas franchement mon style livresque préféré. Je suis certaine qu’il ravira les fans du genre mais, au final, ce roman n’aura pas ébranler mon avis d’un iota, malgré le personnage de Baer que j’ai beaucoup aimé, mais . Bin oui, en plus, on s’en est pris à son chien et ça… fallait pas!

Citations…

« Un calibre 45, on dirait. Des balles si lentes qu’on pourrait presque jogger à leurs côtés en taillant une bavette.
Des balles si grosses que, si on a le malheur d’être touché, on a brusquement autant d’avenir qu’une cale en bois devant une locomotive sans freins. »

« Et ce qui ressort en crachotant à l’autre bout du serpentin, c’est une eau-de-vie de pomme capable de faire carburer la tondeuse à gazon du premier abruti qui n’aura pas eu le bon sens de la siffler. »

« Au lieu de m’apprendre à penser, les profs me dictaient ce qu’il fallait penser et j’avais l’esprit trop indépendant pour ça. Ils se rendaient bien compte que leur boniment me gonflait. »

« Larry et moi on ne se parle plus, et ça faisait cinq ans que je n’avais pas vu Eve. Entre-temps, sa beauté est tombée du haut d’un immeuble tandis qu’elle-même continuait de vaciller au bord du vide. »

« Elle sourit. Elle tousse. Elle pleure. « La violence n’a jamais rien résolu.
– Bien sûr que si. Et à tous les coups, encore. Faut juste que la dose soit suffisante. » »

« Le secret de toute négociation étant de savoir rappeler à son interlocuteur ce qu’il aurait à perdre en prenant la mauvaise décision. »

« Le lâche, c’est celui qui n’attaque son adversaire que par-derrière. Il ne se combat jamais lui-même, il n’affronte pas ses pires démons parce qu’il n’est pas foutu de les maintenir dans son viseur. »

« Cramponné à ma pelle pour ne pas tomber, j’ai les yeux secs mais je suis tellement démoli au-dedans que je pourrais aussi bien être mort, moi aussi. »

« (…) le combat impossible mérite toujours d’être mené. »

« Ce n’est pas d’avoir vu ces chiens s’entretuer hier soir ni de m’être fait tirer dessus aujourd’hui qui risque de me réconcilier avec l’humanité, et faut pas trop compter non plus sur une conspiration forestière d’écureuils et de papillons pour me changer les idées. »

« C’est comme la connerie, on connaît pas le remède. »

« J’ai passé ma vie à changer de trottoir pour éviter menteurs et escrocs et les laisser se tromper et se voler mutuellement. Question repérage de menteurs, je suis champion. Mais ces mecs-là, autour de l’arène, ils sont au-delà du mensonge. »

Note: 3/5

Blog Note 3

Babelio - Masse critique

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