La conspiration Kolarich – David Ellis

David Ellis - La conspiration Kolarich (2016)

David Ellis – La conspiration Kolarich (2016)

4ème de couv’…

Une jeune femme, Kathy Rubinkowski, est assassinée en pleine rue alors qu’elle rentre chez elle.

Ses effets personnels et l’arme du crime sont rapidement retrouvés sur Tom Stoller, un sans domicile fixe à la santé mentale vacillante.
Ce vétéran de la guerre d’Irak, atteint d’un syndrome de stress post-traumatique sévère, avoue le crime dont il ne garde qu’un souvenir très confus.

Sollicité par la tante de l’ancien militaire, Jason Kolarish accepte de le représenter devant un tribunal.

À première vue, la ligne de défense est toute trouvée: plaider la folie.

Mais, en étudiant le dossier, Jason découvre que Kathy Rubinkowski avait en sa possession certaines informations qu’elle n’aurait jamais dû avoir, susceptibles de mettre en jeu des milliers de vies.

Pour disculper son client, l’avocat ne dispose que de peu de temps.
Une course contre la montre s’engage pour assembler toutes les pièces d’un puzzle qui se révèle complexe et dangereux.

Mon ressenti de lecture…

Nous retrouvons Jason Kolarich, découvert dans Caché. Avocat à la dérive suite au décès brutal de sa femme et sa fille, il a réussi à émerger de sa douleur pour travailler en tandem avec son amie Shauna, avocate elle aussi.

À la sortie d’une audience, une femme, Deidre Maley, lui demande de représenter son neveu, vétéran de la guerre d’Irak, atteint de SSPT (Syndrome de Stress Post-traumatique) couplé d’une schi­zo­phré­nie hébé­phré­nique (affection psychique touchant des sujets jeunes, avec une absence apparente de délire paranoïde et la présence d’un syndrome dissociatif menant rapidement à un retrait social ou autistique – merci Wiki), accusé du meurtre d’une jeune fille, Kathy Rubinkowski.
Jason s’ennuie.
Il accepte.
Mais une affaire a priori simple et dont l’issue semble déjà acquise se révèle bien plus ardue qu’escomptée.
Beaucoup plus ardue.
Au point de mettre la vie de plusieurs personnes en danger, voire des milliers…

J’adore les thrillers juridiques! Pas besoin de chercher bien loin, je suis juriste de formation et toujours et encore fascinée par ce milieu, surtout par le droit américain (faut bien se dépayser un peu!). Mais n’écrit pas de bons romans juridiques qui veut! Le droit peut vite être ennuyeux et rébarbatif au possible si l’auteur n’a pas le talent de le faire frétiller comme une bonne tranche de bacon sur le grill!

David Ellis est un de ces auteurs. Dans le « civil », il est avocat donc le Môssieur sait de quoi il parle, il maîtrise parfaitement le sujet et cet aspect du roman sans tomber dans le discours professoral et nébuleux.

Il est comme un poisson dans l’eau dans les arcanes de la justice, ne tombe pas dans l’angélisme d’un système judiciaire américain parfait. Au contraire. Les joutes verbales sont un délice de rouerie et de manipulation. Il pointe habilement du doigt les manigances et effets de manche des avocats de la défense comme du procureur.
Vous savez pourquoi j’adore les thrillers juridiques? Parce que l’auteur le dit lui-même: le droit est un art et non une science. Le prétoire est une scène de théâtre où c’est le comédien… euh, l’avocat! le plus talentueux qui gagne, c’est celui qui aura su s’appuyer sur les textes et la jurisprudence et jongler avec, et ce, avec adresse.
La loi est peut-être respectée mais pas toujours la justice. Et c’est cette scène de théâtre et ses coulisses qui sont fascinantes, avec la confrontation des écrits légaux et de la subjectivité des êtres humains.

L’auteur se met parfaitement au niveau du lecteur lambda qui n’aurait aucune connaissance juridique et couple le déroulement parfois lent d’un procès avec l’action et les rebondissements d’un pur thriller. Le lecteur ne s’ennuie jamais, qu’il soit en train de réfléchir sur les choix de défense ou sur comment étayer les hypothèses de preuves irréfutables, ou qu’il soit en pleine course-poursuite dans la ville (d’ailleurs, une question, Maître? Quelle ville? Elle n’est jamais nommée!)

Ceci dit, il faut une solide intrigue pour pimenter la sauce. Et solide, elle l’est! D’une situation simple, un mec paumé, incapable de se souvenir de quoi que ce soit, est retrouvé avec l’arme ayant causé la mort d’une jeune fille, tout près du lieu du crime, l’enquête menée par Kolarich, avec ses collaborateurs, partant de peu d’éléments va rapidement se complexifier et s’orienter vers tout autre chose qu’un banal vol et homicide en se penchant sur la personnalité de la victime.
Mais… je ne peux en dire davantage sans dévoiler un retournement de situation crucial!

Dans ce roman, l’accusé est un vétéran et l’auteur touche ainsi à un sujet très sensible aux States: le traitement des soldats rendus à la vie civile. Ce n’est pas nouveau, c’est un phénomène qui a pris de l’ampleur avec la fin de la guerre du Vietnam et qui perdure encore aujourd’hui avec les conséquences psychologiques désastreuses, les SSPT, l’incapacité à renouer avec la société en temps de paix, les difficultés à retrouver un équilibre et une réelle reconnaissance pour les services rendus à la patrie.
C’est en toute pudeur que ce sujet est abordé au travers d’un Tom autistique, enfermé dans son enfer intérieur, coupé de la réalité, devenu SDF et un coupable idéal.

J’ai retrouvé Jason avec un très plaisir, cet avocat un peu pataud avec les femmes, charmant au demeurant, droit dans ses bottes, ne reculant pas devant le danger et maniant l’ironie et le sarcasme aussi bien que ses codes de droit!
Les personnages sont fouillés juste ce qu’il faut pour les rendre attachants, super agaçants (comme le juge Nash, l’électron libre du prétoire, le roi du marteau) ou marrants comme le gamin, Bradley, le troisième larron du cabinet de Jason.
Tori apporte la touche sexy (non pas que Shauna ne le soit pas, hein!) et mystérieuse de cette équipe! Œil extérieur à l’enquête, aux remarques judicieuses, a tourné la tête de notre avocat mais peut-être pas au point de remettre en question son éthique professionnel cependant…

L’intrigue est captivante, les indices distillés au compte-goutte, le suspens s’installe crescendo et reste de rigueur jusqu’au bout. Et si le démarrage est un poil lent et très axé sur le processus juridique, vu la minceur du dossier de Tom et son incapacité à aider son avocat, l’action s’invite et supplante peu à peu l’ambiance de la cour pour la fureur de la rue.

Un thriller tout en équilibre et en justesse! Un régal du début jusqu’à la fin, jamais de temps mort, une plume incisive et addictive! Hâte de lire la suite des aventures de Jason Kolarich et de sa team!

Citations…

« Mesdames et messieurs les jurés, vous ne devez pas croire à la véracité de soi-disant faits, uniquement parce qu’un avocat les présente comme tels. Vous ne devez vous reposer que sur les preuves présentées. »

« Voilà ce que j’aime, un visage avec du caractère. Je ne fais pas confiance aux poupées Barbie. Je préfère les femmes qui ignorent à quel point elles sont attirantes. »

« Elle n’adressa pas même un signe aux types attablés dans le coin, ce qui aurait pourtant été bien inspiré de sa part. Ça leur aurait permis de sauver un peu les apparences. Les Italiens sont comme ça. Ils ont perdu toutes les guerres qu’ils ont déclarées, mais ils se prennent toujours pour les mecs les plus redoutables au monde. »

« La plupart du temps, un avocat de la défense ne recherche pas la vérité. Là où le ministère public cherche à formuler une accusation imparable, l’avocat de la défense cherche à la miner, à la détruire. Là où le ministère public tente de clarifier, l’avocat de la défense opacifie. »

« Ma théorie, c’est que toute personne habituée à ce que tout le monde lui cire les pompes aime se faire emmerder de temps à autre. »

« C’est la dernière chose que vous dites à un jury, votre ultime botte. Il faut déterminer avec le plus grand soin les arguments qu’on souhaite avancer, puis revenir en arrière afin de vérifier qu’on a bien mis en évidence toutes ces choses qu’on souhaite mettre en avant, autant de briques posées tout du long du procès, et formant dans la plaidoirie finale la maison que vous souhaitez montrer aux jurés. »

« Je comprends que la cause dépasse l’individu. Je comprends que le sacrifice de sa vie au nom de la cause est la promesse d’une vie nouvelle et meilleure dans l’au-delà. Je comprends que l’arbre de la liberté doit être régulièrement revivifié par le sang des patriotes et des tyrans. Je comprends que la révolution n’est pas qu’un droit, mais une obligation. Je comprends qu’on ne peut répondre à l’extrémisme et à la haine par la tolérance, mais par l’intolérance. Je comprends qu’on ne peut répondre à ceux qui prennent les armes contre nous par la paix, mais en prenant nous-mêmes les mêmes armes contre eux. »

« Mais comme ma mère le disait souvent, il pleuvait quand je suis né, mais je ne suis pas né de la dernière pluie. »

Note: 5/5
Blog Note 5

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22 réflexions au sujet de « La conspiration Kolarich – David Ellis »

      • J’aurais aimé l’avoir pour patron… attends, il te paie et tu fous rien, c’est le pied intégral, non ? Je sors…

      • Je suis vénale aussi… mais ça m’arrivera jamais un truc pareil ! MDR

        Bon, je ris, mais c’est honteux tout de même, surtout l’attitude du zig qui nous la joue vierge outrée, pauvre homme vilipendé, qui ne comprend pas et qui ment comme un arracheur de dent, drapé dans sa dignité…

      • Le monde politique d’aujourd’hui est à vomir et il véhicule des valeurs censées représenter le peuple?!? 😮 Pathétique et honteux!

      • Quand c’est eux, c’est pas vénal ! Et quand tu leur tombes sur le paletot, ils prennent des airs indignés de pauvre innocents accusés injustement !

      • Le général disait que les français étaient des veaux, je ne lui donne pas tort (les belges aussi, je te rassure, et les autres aussi). Mais je déteste leur air supérieur aussi !

      • Tout à fait! Des veaux et des moutons! Redonnez moi un homme droit et intègre et je vote à nouveau! Mais le Général n’est plus! 😮

      • Il n’était pas lui-même exempt de défauts (comme nous), mais je pense qu’il avait d’autres valeurs que ceux de maintenant qui ne pensent qu’à se remplir les poches.

        Parfois, pour arriver à ses fins et aider des milliers de gens, ils faut foutre ses principes aux orties et flirter avec le diable ou avec ce que l’on voulait abattre. :/

      • Sans vouloir le mettre sur un piédestal car il avait, comme tu le dis, sûrement des défauts et a certainement commis des erreurs, il était plus honnête et intègre que n’importe quel homme politique français! Il avait du charisme et ne se laissait pas faire par ses confrères internationaux. Bien entendu, dans ce monde, des concessions sont nécessaires et il a dû certainement composer contre sa nature mais il menait fermement sa barre! 🙂

      • Oui, je le pense intègre aussi, le genre de mec qui fait le boulot non pas pour le fric, mais plus pour la pays, pour la gloire de lui mais aussi du pays.

        Faut parfois lécher le cul du diable en diplomatie et politique internationale. 😉

      • J’ai grandi avec la « légende » du Général qui payait ses factures de gaz et d’électricité alors oui, je pense que c’était quelqu’un d’unique dans la politique! 🙂

    • Je te conseille de lire Caché avant celui-ci, c’est le premier avec le personnage de Jason Kolarich! Ensuite vient La conspiration Kolarich! 😉 Perso, j’adore! Bonne lecture!

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