Mille morts – Olivier Bal

Olivier Bal - Mille morts (2016)

Olivier Bal – Mille morts (2016)

4ème de couv’…

Fuir est impossible.
Se cacher est illusoire.
Il n’y a pas d’autre issue que la souffrance.

Entre 2005 et 2016, Paul Klein va traquer sans relâche Frank Lombardo à travers les États-Unis.
Paul a mis en place un jeu terrible qui ne laisse aucun répit à Frank. À chaque fois, il lui permet de s’installer dans une région, reconstruire sa vie. Puis, avec un machiavélisme toujours plus dément, il le piège et le brise.

Pendant onze ans, Paul va faire connaître à Frank mille morts.

Pourquoi un tel acharnement?
Qui est le chasseur et qui est la proie?

Dans ce jeu diabolique, y a-t-il un monstre, y a-t-il un innocent?

Mon ressenti de lecture…

Je venais tranquillement de terminer mon article sur la bibliographie d’Olivier Bal… et je me suis dit: « Allez, avant de sortir pour du shopping, on va jeter un œil à Mille morts qui t’attend sagement pas loin, là, tout près. »

Diantre! Qu’ai-je fait là?
Jamais je n’aurais dû lire les premières lignes! JAMAIS!
Adieu shopping, oubliée la Fnac, vide le frigo! Je n’ai pas décollé de mon fauteuil avant les derniers mots!

Mais je n’ai pas pondu mon avis de suite… Non, non… J’ai laissé décanter un peu les choses, histoire de ne pas passer pour la fan hystérique qui avait déjà élu Les limbes en chouchou du mois précédent!

Mais peine perdue, mon enthousiasme n’est pas retombé, ce bouquin est juste excellent!
Dire qu’il est génial, ne suffit pas, cela veut tout et rien dire alors entrons dans le vif su sujet!

Imaginons qu’un de tes proches est tué. La colère et le sentiment d’injustice t’aveuglent et écartent ainsi toute hypothèse d’accident et te voilà avec la volonté de te venger. C’est sûr, cela ne fera pas revenir l’être aimé mais te soulagera peut-être. Tu trouves l’assassin tout désigné, toujours sous l’emprise de la colère, tu le tues. C’est l’hypothèse la plus logique: œil pour œil, dent pour dent, terminé, on passe à autre chose, même si te venger ne t’a pas apporté l’apaisement souhaité!
Oublie ta logique, lecteur! Ici, la vengeance va durer 11 ans! 11 ans de traque, de calculs et de pièges tendus! Et je t’attrape, et je te fais du mal et je te relâche… pour mieux encore te traquer et recommencer!

Il ne faut guère s’étonner qu’à traquer un homme comme une bête, il en devient une. C’est l’instinct de survie, une réaction juste, logique et normale.
L’élaboration minutieuse des pièges révèlent le niveau de sadisme qui ne peut inspirer qu’une pure haine viscérale pour l’instigateur! Oui, cette lecture s’est faite dans la haine et le dégoût pour un lâche qui a dépassé l’envie de vengeance depuis longtemps. Pire, cette envie de vengeance n’a été que le révélateur d’une âme noire, psychotique et vicieuse.

Les blessures et les souffrances physiques s’estompent et s’oublient pour ne laisser que des balafres et des cicatrices pour seuls témoins et souvenirs. Mais la destruction méthodique et psychologique est celle qui ne s’oublie jamais, c’est l’arme silencieuse la plus létale qui soit. Comment Frank pourra se sortir de cette nasse perverse?

Les événements du 12 Mars 2008 auront eu raison du peu de compassion que je pouvais éprouver pour le personnage de Paul.
En apnée car aucune longueur, des instantanés terribles de vie rythmés par les dates pour ne pas oublier que tout s’étale sur onze ans. Onze ans racontés dans le désordre mais suivant toujours un fil d’Ariane.
Onze ans! Imaginer la peur, la paranoïa, toute étincelle de joie étouffée, le bonheur qui a expiré avec elle et tout ce temps pourri à vouloir anéantir un autre être humain, à se jouer de lui, à le persécuter, le blesser.

Avec la disparition de son garde-fou, le cocon de Paul s’est déchiré pour qu’un monstre puisse naître. Les germes étaient présents, bien ancrés, et il suffisait d’un élément déclencheur… Cet homme a tout perdu, sa femme, son fils mais surtout son humanité!

L’homme est machiavélique et l’auteur, tout autant.
Chaque situation n’est en aucun cas une redite de la précédente, il fait preuve d’originalité à chaque fois, nous happe dans une spirale sans cesse renouvelée de peur, d’angoisse, de violence et de dégoût.

Mais attention, ce n’est pas un déballage de sévices brutes et gore, il y a de la réflexion derrière, c’est avant un thriller psychologique ou comment un événement peut influer sur la psyché d’un être humain. C’est une plongée dans la noirceur, une étude du choix entre deux chemins qui s’offrent à nous quand on est perdu ou quand notre liberté est restreinte.

Le talent de l’auteur pour ne pas nous lasser de cette poursuite féroce réside dans la profondeur des caractères des personnages secondaires, ceux qui ne font qu’un rapide passage dans la vie de Frank. Rapide mais pas superficiel. Le lecteur a le temps de faire connaissance, de s’attacher, d’éprouver de l’empathie… et de les perdre. Ce qui exacerbe notre sentiment de fureur et, il faut le dire, de haine.

Oui, j’ai détesté Paul comme j’ai adoré Frank! Parce qu’il y a des limites à ce qu’un homme peut infliger à un autre, à ce qu’un homme peut endurer sans y perdre son âme.
Et ces limites, le personnage très intéressant de Grenner, homme de mains de l’ombre qui vient se glisser entre ces deux hommes qu’une femme a opposé, les connaît très bien.
Il est habité par ses propres démons, va jouer le rôle que Paul lui confère, avec ce qu’il faut de distance professionnelle mais onze ans, cela créé des liens… De distant, il prend part et partie.
Il est de ces personnages secondaires très bien travaillés du roman, un élément clé de l’intrigue, surtout dans son dénouement, le témoin privilégié de ce duel à mort et qui catalyse à lui seul le chaos d’émotions provoqués chez le lecteur.

La dernière partie du roman est remarquable! L’auteur aurait pu se noyer dans cette traque sans fin mais a su amorcer un revirement de situation qui vous laissera sur le carreau!
L’étude de la relation tissée entre ces deux hommes atteint son paroxysme alors que la fureur s’apaise en un final doux-amer que je ne dévoilerai pas. Oui, oui, je peux faire preuve de sadisme aussi!

La plume de l’auteur est addictive, incisive et sans concession. Elle vous enfonce la tête sous l’eau sombre de l’horreur la plus totale mais vous laisse toujours reprendre votre souffle avec quelques goulées d’air de bonté!

Cette lecture m’a remuée! Beaucoup d’émotions vous submergent entre haine, dégoût, incompréhension et tendresse. Oui, de la tendresse dans ce monde de brutes, dans ce face à face purement masculin!

Je ne suis pas familière de l’espace de l’auto-édition. Tellement d’écrits, sûrement beaucoup de bonnes volontés mais aussi tellement de balbutiements qu’avec ma PAL décadente d’auteurs déjà confirmés, j’avoue que cet auteur aurait pu passer à la trappe s’il n’y avait eu les réseaux sociaux. C’est un roman auto-édité certes mais un auteur de talent qui fait déjà preuve d’une grande maîtrise, d’une humilité certaine et qui, par conséquent, mérite tellement d’être reconnu par le biais d’une maison d’éditions!

Bref, je n’ai qu’un mot à vous dire: venez découvrir la plume d’Olivier Bal, il ira loin!
J’en ai lu des thrillers, des polars, des romans noirs et tout ce qui s’en suit. J’en ai lu des bons, des excellents, des inoubliables, des surprenants (tout comme leurs extrêmes opposés aussi!) et Mille morts vient se glisser dans mon Panthéon des thrillers, sans aucun doute!

À vous de juger, je vous passe le relais!

Citations…

« Je manque toutefois de glisser à plusieurs reprises sur des plaques de mousse. Tout est un piège dans cette putain de forêt. Si je tombais là, combien de temps faudrait-il à cette nature filandreuse pour recouvrir mon corps, à cette forêt pour me digérer? Quelques jours? »

« – Tu es un monstre Paul.
– Je suis ce que tu as fait de moi. »

« Devant moi. La foule est silencieuse. Hallucinée par un tel déversement de violence. Puis, finalement, l’odeur du sang reprend le dessus et ils m’acclament. Je suis leur Dieu. Je les emmerde. »

« Arrête Frank! Tu ne peux pas vivre dans la peur, tout le temps! Si tu bouges, si tu vas vérifier, c’est lui qui gagne. »

« Mais sache une chose… Tu vas connaître mille morts. Je veux que tu souffres à l’infini. Je veux qu’à travers ce que je t’infligerai, cette haine que j’ai en moi, cette douleur que j’ai en moi, cette douleur s’efface. Je veux que tu paies pour ce que tu nous as fait. Et je veux t’assurer que tu vas payer… »

« Il faut bien que tu comprennes les règles. Que ça soit clair; si tu te rends, Sarah meurt. Si tu parles de tout cela à quiconque, elle meurt. Si tu mets fin à tes jours, elle meurt. Si tu tentes de t’en prendre aux miens, elle meurt. Si tu refuses ce que je te demande… »

« Pourquoi à gauche? Je ne sais plus. J’en ai tellement vu des intersections dans ma vie, j’en ai tellement raté aussi. »

« Car, lorsqu’on est comme lui, comme moi, on ne marche pas pour aller quelque part, on marche pour ne pas revenir de là où l’on vient, pour ne plus regarder en arrière. »

« Dans la vie, je crois qu’il n’y a pas de gentille morale à la fin, pas de happy end. Il n’y a que le hasard, le poids de nos erreurs et le mauvais sort. Pas de destinée, pas de chemin écrit à l’avance. On est ce qu’on fait. Point. »

Note: 5/5

Blog Note 5

Retrouvez mon avis sur Les limbes, ICI!
Et le bibliographie d’Olivier Bal, !

 

Advertisements

10 réflexions au sujet de « Mille morts – Olivier Bal »

  1. Ah merde alors ! Voilà deux titres de cet auteur dans ma Wish ! J’avais déjà noté les limbes et voilà que j’ajoute l’autre ! Non, mais, t’as pas honte ???? 😆

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s