Version officielle – James Renner

James Renner - Version officielle

James Renner – Version officielle (2017)

4ème de couv’…

Professeur d’histoire, Jack Felter revient à Franklin Mills, sa petite ville natale de l’Ohio, où son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire. Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs: celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux, aujourd’hui mariée à Tony Sanders, ex meilleur ami devenu psychiatre. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.

Jack décide de se lancer à sa recherche, mais le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami.

Leur quête – sidérante  – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.

L’enjeu? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler certains événements de notre Histoire.

Mon ressenti de lecture…

Je remercie tout d’abord les Éditions Super 8 et NetGalley pour l’envoi de ce roman. Le premier livre de James Renner, Obsession, était une réussite et j’étais curieuse de découvrir son second bébé, Version officielle. C’est chose faite!

Lorsqu’on vous annonce dès avant le roman que les chapitres portent le titre de certains épisodes d’une série tv culte des années 60, La quatrième dimension, et que les en-tête de ces mêmes chapitres sont des citations de Rod Serling, scénariste de cette même série, née pour réaliser une critique de la société américaine en contournant la censure sous couvert de science-fiction, le lecteur a déjà le sentiment que son cerveau va être malmené.

Et il le sera.

Pourtant l’histoire démarre doucettement avec le retour dans sa ville natale de Jack Felter, simple professeur d’histoire.
Victime d’un triangle amoureux, le passé le rattrape quand celle qu’il a aimé, Samantha, lui demande de l’aide pour retrouver son mari, Tony Sanders, psychiatre, disparu depuis trois ans, soupçonné d’escroquerie, et, accessoirement, l’ancien meilleur ami de Jack.
De douloureux souvenirs réapparaissent donc dans la vie de Jack alors que son propre père, lui, perd le fil des siens en une démence précoce ou un Alzheimer.
D’abord sceptique et réfractaire devant l’énormité de ce qu’il entrevoit avec l’aide de Cole Monroe, un patient de Tony, pas à pas, de la sphère familiale vers un environnement global, un nouveau monde se révèle à lui avec un scandale, le Grand oubli, qui, s’il était révélé, bouleverserait l’équilibre de tous ou nous rendrait tous fous.
Est-il de son devoir de dévoiler la vérité au monde ou serait-il plus judicieux de se réfugier sur une île perdue de privilégiés aux yeux fermés?

Mystérieux, n’est-ce pas? Mais difficile d’en dire davantage sans spoiler l’intrigue…

Je peux seulement dire que l’histoire tourne autour de quatre réflexions principales: la folie ou ce qui est considéré par le plus grand nombre comme telle, le dilemme du choix entre l’intérêt individuel et général, le droit à l’oubli ou le devoir de mémoire pour ne pas réitérer les erreurs du passé, et l’existence d’une grande conspiration mondiale.

Dans un monde moderne normé à l’extrême, nous n’aimons pas la différence. Sortir des sentiers battus de pensée n’est pas acceptable alors la psychiatrie est un outil inventé par l’homme pour enfermer ces différences entre des murs protecteurs. Et oui, il ne faudrait pas qu’un minuscule rouage grippe l’entière machine!
Mais l’auteur nous présente Cole Monroe, interné dit paranoïaque, un exclu du Grand oubli.
Jack a besoin de lui pour retrouver son ami et l’écoute.
Et Cole est loin d’être un illuminé!

L’auteur est ingénieux et subtilement machiavélique car, à l’image de son personnage, Jack, il ne nous prend pas de front… il nous prend la main, nous amène gentiment, marche après marche, au travers des paroles de Cole vers l’angoisse absolue: on nous ment, on nous trompe, on nous manipule.

Mais pour autant, devenons-nous bons à enfermer ou levons-nous seulement le voile sur la véritable lumière?

Lorsque la porte se déverrouille et que l’esprit s’ouvre, l’auteur en rajoute. L’auteur est doué. Il est joueur. Il titille notre esprit logique et critique. Il s’inspire de notre peur viscérale et égotique que le contrôle que nous pensons détenir sur nos existences est illusoire.

Dans notre quotidien bien réel, nous avons tous, au moins une fois, remis en cause la véracité de certaines infos officielles portées à notre connaissance, comme le nuage radioactif de Tchernobyl ne franchissant pas nos frontières françaises;  ou nous avons tous élaboré nos propres théories sur certains événements prêtant à polémique, comme l’attentat du 11 Septembre par exemple.
Prêtez l’oreille et vous entendrez: « On nous empoisonne! » en matière d’écologie et de santé publique, « les Alliés connaissaient l’existence des camps de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale et ils n’ont rien fait! » en matière d’Histoire, et la liste est longue dans bien des domaines…
Nous avons tous douté à un moment donné et certains scandales nous ont donné raison de douter. Alors il est aisé de se dire que pour chaque mensonge de nos dirigeants révélé, combien encore sont ignorés?

On nous ment, on nous trompe, on nous manipule…

De tout temps, les théories conspirationnistes pleuvent, le révisionnisme est à la mode et James Renner, en picorant ces polémiques actuelles a le génie de rassembler ces graines pour nouer une intrigue crédible pour ébranler nos certitudes, nos convictions les plus profondes et toutes ces vérités que nous tenons pour légitimement acquises.

Petit à petit, insidieusement, devant des preuves réelles apportées au discours de Cole, Jack ouvre les yeux…

Mais veut-il réellement savoir? L’homme aime à être libre et heureux dans sa sphère privée mais sa nature est sombre, cupide et avide de pouvoir en société.
Comment concilier les deux dans une structure mondialisée?
Qui décide de quoi et pour qui?
Vaut-il mieux savoir ou se laisser bercer par une ignorance confortable?
Devons-nous fermer les yeux devant ce qui nous dérange ou affronter nos fantômes passés?

Qui n’a pas rêvé de pouvoir effacer de sa mémoire quelques souvenirs douloureux et personnels qui continuent à nous hanter et nous faire souffrir?
Imaginez que ce soit possible pour l’humanité entière et des pans entiers de l’Histoire mais que ce gommage s’effectue à l’insu de tous, décidé par des mains mystérieuses? En le sachant, accepteriez-vous qu’on décide à votre place?
Accepteriez-vous d’éradiquer les horreurs passées au risque de les renouveler inconsciemment?

Le Grand oubli orchestré en coulisses est-il le remède miracle ou l’ennemi à abattre?

Le style de l’auteur est remarquable à imbriquer adroitement l’univers mondialisé dans lequel nous vivons avec les destins personnels d’individus lambdas auxquels le lecteur s’attache et s’identifie, comme Jack, Jean ou Samantha,  qui aiment, tombent malades, élèvent leurs enfants, cherchent un sens à leur vie, fuient ou assument leurs responsabilités. C’est la confrontation de l’affect avec le pragmatisme, de la liberté individuelle avec le carcan sociétal.

Le lecteur est totalement happé par cette quête et au fil des pages, le doute et la paranoïa s’installent. Notre sens des réalités en est bouleversé!

Avec Version officielle, James Renner réécrit adroitement l’Histoire pour nous offrir une réalité alternative en essayant de donner un sens à la chute amorcée de notre civilisation, nourrir nos doutes, nos espoirs et notre envie d’une herbe plus verte dans le jardin voisin.

La fin est à l’image de La quatrième dimension… rien n’est absolu, le malaise demeure, les portes restent entrouvertes… Vous avez le choix: adhérer à la Version officielle ou croire que « la vérité est ailleurs », pour évoquer une autre série cultissime, X Files!

Diabolique et anxiogène, ce roman mâtiné de fantastique pose de réelles questions sur notre comportement et notre monde, du devoir de mémoire à la cécité des peuples face aux mensonges des élites gouvernantes dans un vain espoir de conserver un peu de bonheur.

Version officielle est un turn-over efficace, une entrée graduelle dans une ambiance de conspiration et de mensonges dont il convient de sortir en respectant également les paliers de décompression avant de retrouver l’air libre!
Mais Version officielle ne tombera pas dans le Grand oubli, il vous aura perturbé et vous hantera longtemps!

Citations…

« Tout état, toute entité, toute idéologie qui ne sait pas reconnaître la valeur, la dignité et les droits de l’homme est obsolète. Rod Serling »

« Les échecs, c’est une question d’anticipation des intentions de l’adversaire. Il faut jouer des deux côtés du plateau. »

« Le truc, c’est que la mémoire est une affaire de confiance. On doit se fier à l’idée que ce dont on se souvient est la réalité. Et on doit se fier aux souvenirs des autres pour les choses qu’on n’a jamais vues. (…) C’est flippant, quand tu y penses. »

« La seule chose qui soit plus facile que de réécrire l’histoire, c’est de la supprimer. »

« Commence à anticiper. N’attends pas de réagir, ou tu te retrouveras à jouer en défense. C’est ça, la vie. Un jeu. Comme les échecs. »

« C’est comme ça, parfois, expliqua-t-il. Tout le monde veut vivre à une époque où tout ce qu’il y a à faire, c’est vivre sa vie et ne pas faire de vagues. Mais parfois… Parfois, tu te rends compte que tu as la responsabilité d’améliorer les choses, et pas simplement pour toi mais pour tout le monde. Et la seule façon d’y arriver, c’est de risquer ta propre tranquillité. C’est un choix à faire, comme pour tout le reste. Tu comprends? »

« Dans toute l’histoire du monde, y a-t-il jamais eu une société qui ait remporté une liberté durable sans se soulever pour l’arracher des mains de ses oppresseurs? »

Note: 4/5

Blog Note 4

NETGALLEY

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