L’ultime champ de bataille (Combattre et vaincre en ville) – Frédéric Chamaud & Pierre Santoni

lultime-champ-de-bataille-frederic-chamaud-pierre-santoni-20164ème de couv’…

De Beyrouth à Sarajevo, de Kaboul à Bagdad, la ville s’est aujourd’hui imposée comme l’ultime champ de bataille.

C’est désormais dans les zones urbaines ou confinées que les armées modernes manoeuvrent. C’est là que se fait la décision.

Frédéric Chamaud et Pierre Santoni retracent avec précision l’évolution des combats urbains et des tactiques employées depuis les années 1930, lorsque la guerre s’est installée durablement au coeur des villes.

En analysant une douzaine d’affrontements majeurs, les auteurs font découvrir les particularités de ces combats, décryptent l’évolution des opérations et expliquent pourquoi ce « terrain » devient crucial.
Avec l’apparition des drones, et bientôt de robots, c’est dans les espaces urbains et confinés que se dérouleront les derniers combats d’homme à homme, où le nombre et la qualité des combattants et des chefs de guerre seront encore déterminants.

C’est de manière inattendue le lieu du retour de la manœuvre classique. C’est, en ce début du XXIe siècle, « l’ultime champ de bataille »…

Mon ressenti de lecture…

Comme cela m’arrive de temps en temps, je ne chronique pas seulement des romans mais aussi des bouquins plus académiques.
C’est le cas pour celui-ci, dont le sujet est la tactique militaire. Il est écrit par deux militaires français ayant l’expérience de terrain et celle des Centres d’entraînement.

Alors pourquoi cette lecture? Je ne suis pas militaire mais j’ai toujours porté un grand intérêt à l’Histoire qui n’est qu’un vaste champ de batailles. J’aurais bien aimé vous parler de fleurs et de Bisounours mais l’Homme étant ce qu’il est, c’est la guerre et ses soldats qui sont au devant de la scène.
Si je ne porte pas un culte béat aux fantômes du passé, tout en ayant conscience de la valeur de leurs sacrifices et de l’importance pour notre société actuelle de ne jamais les oublier, je pense aussi surtout à ces hommes et ces femmes, de chair et de sang, aujourd’hui, engagés, au service de leur pays, devant obéir aux ordres et qui, bien trop souvent, y laissent leur vie.

Nous ne faisons pas la guerre en 2017 comme nous la faisions du temps de Napoléon Bonaparte.
Et pour connaître la tactique militaire actuelle ou ce qu’elle est depuis le début du XXe siècle, il faut pour cela analyser ce qu’elle était avant. Cet ouvrage démarre donc avec un historique et des rappels de batailles célèbres illustrant les usages militaires de l’époque.

Les combats se déroulaient en terrain ouvert, tel des plaines: batailles rangées d’armées régulières.
On se souvient tous de certains jeux de société ou de films avec des bataillons au carré, bien ordonnés, de couleurs différentes, qui se font face avant la mêlée et le chaos.

Cette tactique était assortie de sièges: sièges des places fortes, sièges des villes accueillant le pouvoir politique. Une guerre des nerfs et d’usure s’engageait ainsi, ponctuée de raids, jusqu’à la reddition de la place assiégée exsangue ou d’arrivée de renforts extérieurs.

De là à dire qu’il n’y a jamais eu, jusqu’au XXe siècle, de villes détruites et de morts civiles est une hérésie totale car bon nombre de villages et cités ont été mis à sac, vandalisés, brûlés, accompagnant des massacres de civils, des viols et autres… mais la ville n’était pas un lieu de combat.

La vie militaire a toujours été un recueil de discipline, de règles, de codes, avec une hiérarchie et une chaîne de commandement que l’on retrouve pratiquement dans toutes les armées régulières.

Fait qui a changé avec les rebellions du peuple envers ses propres dirigeants, avec l’apparition de barricades et d’émeutes urbaines. Et la France en est le fer de lance avec ses différentes révolutions bien connues: impossible d’affronter sa propre armée sur son terrain donc on se bat avec les moyens du bord… en ville.

Nous ne sommes plus dans l’affrontement d’armées régulières, cela échappe donc à tous les codes jusqu’ici connus. L’adaptation est nécessaire, l’évolution est en marche…

Après un rappel historique, les auteurs vont analyser différents combats du XXe et XXIe siècle, de l’Irlande du Nord ou du Vietnam au Moyen Orient, de ces combats terriblement proches qui émaillent encore nos actualités.
La donne a changé.
On peut penser que l’avancée de la technologie a déshumanisé les rangs militaires mais il n’en est rien. Qui dit espace confiné, naturel ou urbain, dit que la plupart des armes d’importance sont inopérantes. Si drones, satellites ou caméras robotisées apportent un plus dans le renseignement, le soldat humain reste au centre des affrontements.
Avec davantage de prises de risque à cause de civils omniprésents: une opération bien préparée peut dégénérer à tout moment.
Le soldat doit être sur-entraîné, doit à chaque instant réactualiser ses infos, son environnement et son adaptation à la mission. Il doit avoir un esprit vif d’analyse et de synthèse, être réactif et prendre sans cesse des décisions en accord avec les ordres et le but de son déploiement, des décisions pour préserver sa vie, celle de ses frères d’armes et des civils.
Le prix de cette guerre moderne qui n’a plus rien de conventionnelle est très élevé: les séquelles psychologiques sont tragiques et viennent s’ajouter aux dommages « habituels » de toute guerre.
Les soldats et leurs chefs reçoivent maintenant une formation polyvalente, exigeante et pointue. Se battre dans le chaos n’est certes pas aisé quand chaque coin de rue recèle son lot de surprises.

Les auteurs parlent tactique, actions-réaction, matériel et technologique mais l’humain reste très important dans ce livre. L’évocation des combats que nous connaissons tous rend cette réflexion sur la guerre et ses règles très vivante et captivante.

Si ce n’est pas une lecture récréative, elle n’en est pas moins passionnante pour la passionnée d’Histoire et de géo-politique que je suis.
Elle reste très accessible à tous les néophytes ou non-militaires. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un ouvrage de vulgarisation toutefois, eu égard aux nombreuses références historiques et de documentation, à l’étude méthodique de certains combats.

Et quand je lis ce genre d’ouvrage de référence, je mesure à l’extrême l’engagement de nos armées dans le monde.
Et sur une note plus légère, avec cette lecture, je mesure l’ampleur du travail de recherche et de documentation que nous offrent certains auteurs dans leurs romans.
Oui, fallait bien que je revienne sur le terrain de nos lectures d’évasion!

Citations…

La tactique est un océan. L’expérience n’empêche pas d’affronter la tempête avec la modestie qui sied à un vieux marin.

Note: 4/5

Blog Note 4

Publicités

9 réflexions au sujet de « L’ultime champ de bataille (Combattre et vaincre en ville) – Frédéric Chamaud & Pierre Santoni »

  1. Très intéressant. Etant moi-même féru d’histoire militaire, et très intéressé par le sujet de la guerre urbaine, je note le titre de ce livre. Merci pour cette découverte !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s