Un sac – Solène Bakowski

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Solène Bakowski – Un sac (2013)

4ème de couv’…

En pleine nuit, une femme attend face au Panthéon, seule, un petit sac dans ses bras frêles qu’elle serre comme un étau. Cette femme, c’est Anna-Marie Caravelle, l’abominable, l’Affreuse Rouquine, la marginale.

Lorsque, vingt-quatre ans plus tôt, Monique Bonneuil décide de prendre en charge, en secret, à l’insu du reste du monde, l’éducation de la petite Anna-Marie, fille d’un suicidé et d’une folle à lier, elle n’imagine pas encore le monstre qu’elle abrite sous son toit et que, lentement, elle fabrique.
La petite fille, poussée par ses démons, hantée par son histoire, incapable de distance, tue, un peu, beaucoup. Elle sacrifie, règle ses comptes, simplement.

Mais que fait-elle là, cette jeune femme agenouillée en plein Paris, au beau milieu de la nuit? Et que contient ce mystérieux sac qui semble avoir tant d’importance?

Voici l’histoire d’Anna-Marie Caravelle.

Mon ressenti de lecture…

Les Éditions Milady Thriller ont la bonne inspiration d’offrir au grand public de belles découvertes, en publiant de jeunes auteurs. Et avec un sac, de Solène Bakowski, ils ont fait fort!

L’histoire d’Anna-Marie Caravelle est noire, violente, glauque et lourde.
Elle n’est pas un enfant désiré. Son père s’est suicidé car il ne voulait pas de cette responsabilité parentale… ni du côté marital de la chose, en fait!
Sa mère la rend silencieusement responsable de son malheur et en devient folle.
Elle ne sortira pas de ses quatre murs avant l’âge de 10 ans et même après, le stigmate sanglant de sa naissance la poursuivra toute sa vie de marginale.

Si la plume de Solène Bakowski est volontiers lyrique, poétique à certains moments, elle n’en est pas moins acide et cynique, désincarnée parfois par la folie…

N’espérez pas sourire durant cette lecture pesante. On n’est pas dans un conte de fées moderne! Le poids de la naissance conditionne toute une vie dans cette analyse des rapports maternels absents ou déviants, quand l’enfant n’est pas une personne mais un chose, un objet de haine ou une compensation à la solitude. Un enfant réceptacle des tourments de femmes, trop lourds pour ces frêles épaules qui a toujours senti, obscurément qu’elle n’avait pas de vie propre.

De relations familiales en désert affectif, en violences psychologiques, Anna-Marie va exprimer son mal-être dans la violence et le sang, par des pulsions incontrôlables. Vivre en marginale, tombant dans les excès de la drogue, de l’alcool et du sexe, ne l’aidera pas à se construire. Elle ne cherche que l’amour dans les yeux de l’autre. Mais de l’amour à la haine, la frontière est mince.

Elle s’y perdra peut-être…

Ayant deviné de suite ce que cachait ce sac mystérieux, je n’ai pas été happée par l’histoire, je n’ai pas été émue par ce parcours de vie et cette déchéance annoncée… et le ton du récit m’a même parfois ennuyée…

Une lecture difficile et sans bleu à l’horizon pour une jeune femme traînant un lourd fardeau… et pas seulement dans son sac!

Une écriture efficace et sombre, incisive, profonde et juste dans l’analyse du chaos de l’héritage, du sentiment maternel selon les femmes, de l’amour obsessionnel pour combler ses propres manques  et de la psyché d’Anna-Marie.
Un style hypnotique dans le rythme, dans de longs monologues à la limite du dramatique et du sordide, d’une jeune femme étrangère à son propre corps, dans la non-acceptation de soi.
Des personnages sombres, torturés et marginaux et qui s’enferrent dans de mauvais choix, ballottés et malmenés par le jeu des attractions-répulsions, incapables pour certains de retrouver le rivage…

Une lecture qui ne laisse pas indifférent mais qui ne respire absolument pas l’optimisme et l’espoir…
À ne pas lire un soir de déprime!

Citations…

« J’ai fait des choix contestables mais jamais contestés. Alors j’ai continué. »

« La vie, son miracle, son éternel recommencement, son emprise malgré tout, avait raison des tragédies. Toujours. C’était ça, la morale de l’histoire. »

« Par expérience, je savais combien il était facile de gagner beaucoup d’argent en assez peu de temps lorsque se vendre n’est plus un problème. »

« On règle pas ses soucis à coup de canif dans le bide des autres. »

« À regarder tous ces autres pour qui je n’avais pas plus d’existence qu’un papier froissé dans le caniveau, je savais que nous ne faisions pas partie de la même vie. Ils avaient la leur, ils rentraient chez eux, étaient attendus quelque part, par quelqu’un ou quelque chose, avaient des obligations, des horaires à respecter. Quant à moi, et je me le pris en pleine figure, rien ni personne ne m’attachait plus à aucun endroit: l’on ne m’attendait pas, peut-être même ne m’attendrait-on jamais. »

« Ça ne pouvait pas se passer autrement. Une princesse déchue ne supporte jamais bien sa chute. »

« La couleur humaine, c’est le gris, comme Paris, comme les rats, comme la pollution, comme la fiente de pigeon. »

« J’ai mes torts et mes travers. J’ai fait des erreurs, j’ai parfois mal jugé et je me suis souvent trop emportée. Je voulais juste être heureuse. Je ne voulais pas être une fatalité. »

« Les regards des vivants parlent, discutent, vous permettent ou vous empêchent; ceux des morts rentrent en eux et paraissent se demander ce qui a bien pu leur arriver, ad vitam aeternam. »

Note: 3/5

Blog Note 3

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12 réflexions au sujet de « Un sac – Solène Bakowski »

  1. Il est dans ma PAL depuis un moment, et j’attends le bon moment pour le lire – je fais bien, visiblement, puisqu’il manque d’optimisme !
    Mais c’est certain, je le lirai cette année 😀

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