Lucky Losers – Laurent Malot

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Laurent Malot – Lucky Losers (2017)

4ème de couv’…

Sean Kinsley, 17 ans, c’est moi.

Il y a moins d’un an, je vivais encore à Londres, jusqu’à ce que ma mère surprenne mon père dans les bras d’un homme.
C’est là que tout a basculé: déménagement en Bretagne, inscription dans un nouveau lycée, mais surtout coup de foudre pour la plus belle fille du monde!

Ç’aurait pu être le nirvana si des fils à papa n’avaient pas cherché à nous humilier, mes copains et moi.

Et comme je ne réfléchis pas toujours aux conséquences, je leur ai lancé un défi.

De quelle façon ce défi a pu embraser toute la ville, je me le demande encore ….


Mon ressenti de lecture…

Je retrouve avec plaisir Laurent Malot avec Lucky Losers, après l’avoir découvert avec son excellent polar: L’abbaye blanche.

Mais changement de style! Nous ne sommes pas dans un polar mais dans une comédie sociale!

Un incendie dans un lycée huppé va obliger les gamins de la « haute » à côtoyer les élèves de l’école publique, facilement taxés de « prolétaires ».
Choc malheureux des classes et des mentalités inévitable à un âge où on pense que la valeur d’un être se mesure à la grosseur de son portefeuille ou au nombre de ses possessions matérielles, et non pas sur l’intelligence du cœur et les valeurs morales.

Et l’arrogance de ceux qui n’ont rien mais dont les parents semblent tout avoir ne peut que blesser ces jeunes dont les parents galèrent pour assurer une existence correcte et dont l’avenir semble évidemment plus réduit et sombre…

Sean est à moitié anglais et se retrouve échoué en Bretagne après le divorce de ses parents. Il connaît la dégringolade sociale subie par son père et très sensible sur le sujet, lancera un défi sportif à trois bourges suffisants après une provocation de trop… Trois sports sont mis à l’honneur: l’aviron, l’équitation, la natation. Et Sean et ses amis sont loin de partir gagnant, ils n’y connaissent rien!

Et quand un plan social,  en entraînant deux autres dans la foulée, pousse plusieurs centaines de familles d’une petite ville vers la précarité, cela n’apaise pas les tensions sociales. Au contraire. Le peuple s’enflamme, les passions s’exacerbent… Surtout quand une lycéenne convoitant le métier de journaliste, avec toute son énergie, relaye l’info dans un journal et sur les réseaux sociaux, et de ces licenciements de masse, et de ce défi sportif allant bien au delà de la simple chamaillerie d’ados.

Et le fossé qui sépare les patrons petits bourgeois des ouvriers ne peut que se creuser davantage. Le sentiment d’injustice, de mépris et de haine aveugle va se focaliser sur ces jeunes de 18 ans, dans ce défi sportif confrontant ces deux classes.

C’est un combat pour la dignité. C’est un symbole de tous les esclavages modernes dans le monde quand les uns courbent l’échine devant le chantage au travail et à la maigre paye.

J’ai adoré ce roman vivifiant, déjouant toute sinistrose et parce que mon cœur balance invariablement vers les outsiders, pour ceux qui ne baissent pas les bras, qui se battent même et surtout si l’issue de la bataille est incertaine.
Je n’aime pas quand les jeux sont faits.
Parce que l’argent et le pouvoir ne vont pas forcément de pair avec le respect, la noblesse d’esprit, l’honnêteté et les valeurs morales, il est si bon de voir ces personnages imbus d’eux-mêmes reprendre un instant leur vraie place au sein de l’humanité… c’est à dire pas très haut sur l’échelle!

C’est un récit qui aborde des sujets graves comme le divorce, le capitalisme, le chômage et la précarité, mais avec la fougue et l’insolence de la jeunesse, celle qui a encore un idéal et n’a pas été broyée par l’implacable système de la société moderne, plus portée sur les chiffres que sur l’humain.

Ce roman parle aussi de cette adolescence, consciente des difficultés de la vie, qui n’a plus le droit de vivre cette période bénie de la vie avec cette insouciance qui allège le cœur et qui se refuse à la résignation!

Alors? Sean et ses amis ont-ils une chance de briller?
Je ne dis rien…

C’est un conte de fées moderne cataloguée chez Albin Michel Jeunesse mais qui, à mon sens, mérite d’avoir un lectorat bien plus étendu, chez nous, les adultes!

Première lecture de l’année et c’est un gros coup de cœur! Un concentré de positivisme pour se remettre dans le bain du quotidien après la politique de l’autruche de cette trêve de la Noël! La plume de Laurent Malot est fluide, incisive et cynique par moments, d’un humour parfois grinçant, mais impitoyablement addictive!

Pour l’anecdote, j’avais entamé le bouquin pour quelques lignes seulement, après une journée bien chargée et Morphée qui me tendait les bras… Morphée ne m’a pas vue!

Donc, voilà, un coup de cœur que je vous conseille fortement!

Ce sera ma première recommandation de l’année!

Citations…

« Laisse tomber, c’est la banquise, cette fille, et toi, tu es un rafiot qui va se faire broyer si tu t’approches trop près! »

« (…) on ne corrompt que ceux dont on a peur. »

« La vraie richesse, c’était les salariés, et il était temps de leur redonner une dimension humaine au lieu de les considérer comme du bétail. »

« Puisque j’étais lancé, j’ai aussi dit que la crise n’était qu’un épouvantail créé de toutes pièces par les puissants d’Europe et du monde pour mettre au pas les plus faibles. »

« The choice is an illusion, Brave New World, nineteen thirty one. (…) Le choix est une illusion, Le meilleur des mondes, 1931. »

« Pour lui, l’art ne se marchandait pas. Seule la matière première coûtait, le reste n’était qu’émotion et n’avait donc pas de prix. »

Note: 5/5

Blog Note 5

3 réflexions au sujet de « Lucky Losers – Laurent Malot »

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