La maison – Nicolas Jaillet

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Nicolas Jaillet – La maison (2016)

4ème de couv’…

La maison:
En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

La robe:
Entre eux, c’est devenu un rituel: pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La bague:
Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon ressenti de lecture…

La réédition de La maison, de Nicolas Jaillet, chez Milady, a été agrémentée deux autres textes, La robe et La bague. Le tout reste tout de même très court, cent cinquante pages à peu près, et se lit donc très vite…

En refermant ce recueil, je suis restée dubitative… les deux derniers textes sont trop brefs pour qu’une quelconque alchimie ait le temps de se créer. Reste « l’analyse » quelque peu distanciée qui s’effectue après coup… par contre le premier, et également le plus long, est captivant et angoissant!

3 textes: la maison, la robe, la bague…
En sens inverse du cours classique d’une rencontre amoureuse: on se fiance, on se marie, on achète une maison.
3 textes, 3 couples différents, 3 destins tout aussi différents…

La maison… cocon de la famille, chaleureuse, gaie et vivante… mais qui peut être également juste une façade de convenances aux couleurs ternes, le réceptacle de douleurs et de violences, une coquille vide quand son pilier n’est pas: la mère.
Martine sait depuis le départ qu’elle n’aime pas Jean. Mais Martine attend un enfant, alors le jour de son mariage est le 1er jour de sa peine qui va durer 16 ans, le 1er jour pour nourrir sa « libération ». 16 ans à donner vie à cette maison, à élever son fils, à être présente aux côtés de ce mari violent et aigri, 16 ans de silence et de peur.
Un mariage de raison qui tient la route dans un climat oppressant et menaçant, un mariage dénué d’amour, de joie et surtout de vie. Martine a accompli son devoir, elle s’est placée entre parenthèses pour n’être qu’une épouse et une mère, elle a tout subi sans broncher… Et un jour, elle existe enfin…
C’est un récit dur, doux-amer et triste, raconté par ce fils qui n’aura rien vu venir… Un récit dénué de passion qui percute d’autant plus violemment qu’il traduit une mort lente et silencieuse d’une femme sous le couvert d’un mariage banal, d’une prison socialement « acceptable ».
J’ai admiré le courage de Martine dans ses 16 ans de patience, de devoir, d’abnégation mais j’ai déploré la distance et le manque d’affection entre elle et son fils… Car au final, elle n’a rien gagné de ses 16 ans de sacrifice… la liberté valait-elle autant si elle ne connaît même pas l’amour maternel?

La robe marque l’usure d’un couple dans une valse d’habitudes et de rituels devenus automatiques et sans surprise. La robe est celle que Sandra revêt, année après année, malgré les enfants, malgré l’alcool, pour célébrer leur anniversaire de mariage. Une soirée essentiellement pour Marc et Sandra, un cadeau, la robe, une nuit d’ébats… Mais les apparences sont trompeuses, l’image semble tout aussi idyllique qu’au premier jour aux yeux de tous… Mais Marc et Sandra, eux, savent bien que tout n’est plus qu’illusions et mensonges par omission… Ou quand le quotidien étouffe les sentiments jusqu’à ce que les coutures craquent…
Un récit sobre et un final… aveuglant!

La bague est un récit du souvenir que laissera un couple à une de ses filles, raconté en quelques mots à un inconnu dans un train. Un couple qui s’est aimé, réellement, a traversé les années dans le bonheur et a, a priori, transmis à cette femme, un de leurs cinq enfants, cette notion de l’amour vrai, profond et sain… suffisamment pour qu’elle le vive à son tour.
Leur bague de fiançailles est le symbole que le couple peut être quelque chose de beau et de durable…
Une histoire finale pour adoucir l’amertume d’une robe qui craque et d’une maison vide, certainement…

La plume de Nicolas Jaillet est simple, dépouillée, directe… et humaine. Il nous parle d’amour: de son absence, de son usure et de celui dont on rêve tous: l’éternel… Au final, l’amour, est-ce la règle… ou l’exception?

Trois textes qui suggèrent seulement et laissent le lecteur face à ses réflexions sur le couple, mais une certaine froideur de ton m’aura empêchée d’être totalement sous le charme.

Je remercie les Éditions Milady et Lilas Seewald pour leur confiance.

Citations…

« Le temps n’avance que dans un sens. J’ai manqué le coche, et nous nous sommes perdus de vue. C’était inéluctable. Mais aujourd’hui, quand je repense à ce « aimait », j’ai de la peine. J’aurais pu vivre avec elle quelque chose de tendre et joli, à une époque où ma vie manquait cruellement de jolies tendresses. »

« Il y a des souvenirs imaginaires. Nous en avons tous; parfois sans le savoir. Des images que nous gardons gravées dans notre esprit. Par leur précision, elles dépassent souvent nos vrais souvenirs.
Et pourtant, ces souvenirs-là sont faux. »

« Mon père, dépouillé de tout ce qui me faisait peur, n’exerçait plus sur moi la fascination morbide que je prenais pour de la piété filiale, si bien que son petit jeu n’avait pas de prise sur moi. Je ne l’admirais plus, je ne le craignais plus. »

Note: 3/5

Blog Note 3

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4 réflexions au sujet de « La maison – Nicolas Jaillet »

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