Pars avec lui – Agnès Ledig

Agnès Ledig - Pars avec lui

Agnès Ledig – Pars avec lui (2014)

4ème de couv’…

Ils s’appellent Roméo et Juliette. Comme s’ils étaient prédestinés. Mais c’est à eux d’écrire leur histoire, en dépit des accrocs, des cahots et des heurts.

Lui est pompier, un héros du quotidien, solide comme un roc.
Mais pas assez pour résister à une chute de huit étages, heureusement amortie par des arbres.

Elle est infirmière. De celles pour qui leur travail va bien plus loin que soigner les corps. Attentive, attentionnée, elle donne aux autres sans compter ce que son propre compagnon, Laurent, lui refuse.

Ces deux êtres cabossés par la vie vont se tendre la main.
Et apprendre qu’envers et contre tout être heureux ce n’est pas regarder d’où l’on vient, mais où l’on va.

Mon ressenti de lecture…

Depuis un moment déjà, Agnès Ledig me lançait des appels du pied… mais il n’est pas donné à tout écrivain de savoir écrire l’humain et raconter les sentiments… j’étais donc un peu frileuse…

Et puis je me suis lancée dans le bain…
Je ne le regrette pas à un seul instant!

J’aime lire de temps en temps ce genre de romans qui ne prend pas la tête, avec souvent des happy end après le chaos relatif des vies et un mélange de rires et de larmes… C’est toujours un message d’espoir sur le fait que rien n’est jamais gravé dans le marbre, que tout peut changer d’un moment à l’autre… qu’il faut être acteur de nos vies…

Pari gagné avec Pars avec lui! L’auteur y parle de la fragilité de l’existence qui peut s’interrompre d’un moment à l’autre, des blessures d’une parentalité malsaine, de la destruction lente d’une femme par l’emprise de son pervers narcissique de compagnon, de la difficulté à être mère quand la nature s’y oppose, de l’instabilité de l’adolescence.
Et elle parle surtout d’amitié, d’amour… de la beauté des liens qui se tissent entre les personnes, de ceux qui durent malgré l’absence, le silence et les épreuves…

Ce genre de roman reste éternellement passionnant car notre vie n’obéit jamais à une formule mathématique: à chaque individu, un parcours différent car nous sommes des petites boules de sentiments. Elles s’agitent sans cesse dans le chaos des événements petits ou grands de notre quotidien, et nous emmènent sur des chemins insoupçonnés.

« Nous sommes la somme de nos choix mais aussi de nos non-choix. » Cette phrase trouve à coup sûr un écho en nous. Et ce style de récit, c’est du quitte ou double: si un personnage ou une situation vous parle, c’est l’empathie assurée et la certitude d’une excellente lecture.

Ce roman est riche de thèmes et d’émotions, entre la violence conjugale, les amours interdites, la maladie et le deuil.
D’autant plus riche qu’ils sont vécus par trois générations. Entre la sagesse et l’expérience des grands-parents, la fragilité de l’adolescence et l’apprentissage des trentenaires, chacun y trouve son compte.

Agnès Ledig a su mettre en scène des personnages attachants et profondément humains, ballotés entre leurs forces et leurs blessures, parfois incertains sur les étapes à franchir, mais toujours honnêtes dans leurs démarches. Elle décrit avec justesse les rendez-vous manqués, les hasards des rencontres, un certain destin en arrière-plan qui redresse la barre quand les marins se sont égarés trop loin… sans jamais se sentir obligée de glisser des situations rocambolesques, peu crédibles ou trop loufoques… Ce sont des instantanés de parcours de vous, de moi…

Le style de l’auteur est simple et agréable, avec quelques notes d’humour et en alternant subtilement dialogues et réflexions plus profondes, sans tomber dans le pathos larmoyant ou les leçons de morale.

La plume d’Agnès Ledig me plaît, elle est vraie, elle me parle, elle touche droit au cœur.
Un auteur que je vais suivre, quand l’envie d’évasion se fera sentir, entre deux thrillers bien sombres, deux apocalypses ou deux romans de fantasy-SF…

Citations…

« L’amour sans respect n’est pas l’amour. En prendre conscience et le fuir ne constitue ni un échec, ni même une défaite, mais une grande très grande victoire. »

« On soigne un corps qui abrite une âme. Quand celle-ci est torturée par des pensées, comment le corps peut-il être pansé? »

« Nous sommes la somme de nos choix mais aussi de nos non-choix.Il faut assumer, et les regrets ne changent pas le passé. Par contre ils ternissent le présent.(…) Si on ne peut pas revenir en arrière, on peut au moins composer avec le présent pour que les instants suivants soient meilleurs. »

« J’ai toujours vécu avec des chats et j’ai besoin de leur ronronnement pour me ressourcer. J’ai besoin du spectacle de leur liberté pour ne pas nier la mienne. »

« Il y a en Vanessa cette part de dépendance, ce mystérieux besoin de plaire à tout prix, à tout le monde. Comme si ne pas plaire signifiait ne pas exister. »

« Évidence n.f. – Caractère de ce qui s’impose à l’esprit avec une telle force qu’il n’est besoin d’aucune autre preuve pour en connaître la vérité, la réalité. »

« Un arc en ciel d’amour de cœur à cœur avec les les gens qu’on aime, qu’ils soient ici ou dans l’infini. »

« Voir une femme de quatre-vingt-sept ans pleurer comme une petite fille laisse une trace indélébile. Parce qu’à cet âge-là, on ne devrait plus avoir de raison de pleurer, on devrait avoir atteint le forfait maximum. Les quelques années restantes et comptées ne devraient être que du bonheur, que du bonus, la cerise sur le gâteau, la pièce montée d’une vie. Une pièce montée au goût sucré, pas salée de larmes… »

« Je me suis assise dans l’herbe et je ferme les yeux pour éprouver cette immensité au fond de moi. Il a les gens que j’aime. Et seulement eux. Parce que c’est ça l’immensité intérieure. C’est la beauté des gens qu’on aime et qui nous aiment avec respect. Leur image au fond de moi recoud les lambeaux les uns des autres. »

« Respect n.m. – Sentiment qui porte à accorder à quelqu’un une considération admirative, en raison de la valeur qu’on lui reconnaît, et à se conduire envers lui avec réserve et retenue. »

« Ça ne s’explique pas. Mais je n’aime pas m’attacher. Quand on s’attache, forcément on se détache, et c’est souvent douloureux. »

« C’est tout au fond de soi, dans l’obscurité des failles profondes, que l’on trouve parfois la force de se battre pour la lumière. »

« Savoir qu’il y a quelqu’un quelque part qui pense à vous, qui vous réserve un petit coin dans son cœur , au chaud, à l’abri de tout, c’est comme une couverture toute douce qui vous enveloppe et vous protège du froid. »

« Ça monte doucement, mais sûrement, comme une évidence. Je ne me l’explique pas. Mais est-ce que l’amour s’explique? On ressent sans réfléchir. »

« Je l’aime pour ce qu’elle est. Son impertinence, sa fragilité. Cette carapace qu’elle enfile pour montrer qu’elle est forte et la petite tortue en dessous qui se rétracte dès qu’on la frôle. »

« J’évolue dans cet état d’esprit en acceptant l’idée, parfois difficile, et pourtant indubitable, qu’une grande partie de notre existence ne nous appartient pas. Les rencontres, les amours, les occasions, les au revoir ou les adieux, les petites joies et les grandes peines, les petites peines et les grandes joies. Chacun y participe à son échelle, mais finalement c’est le destin qui décide. »

« Je n’ai pas dit qu’on avait toujours la réponse. Parfois, elle est évidente, parfois elle arrive plus tard. Et parfois, elle ne vient jamais. »

« J’ai nié ma liberté d’être. Mais je sens qu’elle revient. Je la sens qui remonte avec la force d’une vague puissante, moi qui faisais la planche sur ma vie pour ne pas couler. Une grosse déferlante qui m’a retournée, secouée, cognée contre le rocher, j’aurais pu mourir, mais puisque je suis encore vivante, je vais nager jusqu’à la plage et fuir le requin. L’odeur du sang l’a excité. C’est l’odeur de ma vulnérabilité qui l’excite depuis des années. »

« La vie continue en m’ayant mis entre parenthèses. Je veux savoir ce qui se passe hors des parenthèses. Je ne veux pas être trois point de suspension entre ces foutues parenthèses. »

« J’ai une certitude: on apprend la vie toute sa vie. »

« Il est étonnant de constater que de retrouver des lieux et des gens que l’on a aimés profondément vous fait instantanément renouer avec les valeurs qui sont les leurs et que la vie vous avait fait oublier. »

« On peut tendre la main pour aider l’autre à s’en sortir quand il l’a décidé, mais on ne peut pas l’obliger à se décider, surtout quand les vents sont trop forts. »

« Après tout, nous souffrons tous et c’est ce qui nous indique le chemin à suivre ou celui à éviter. Pour moins souffrir la fois suivante. Et puis parfois on accepte, on préfère rester et endurer, de peur de perdre tout le reste en fuyant la violence. Jusqu’au jour où le reste n’a plus de sens. »

« On ne réapparaît pas comme une fleur sans expliquer pourquoi elle est fanée. »

« Ma petite sœur est ma raison de vivre, mon carburant, ma motivation permanente. Je ne devrais pas. Je devrais être ma propre raison de vivre. Mais c’est comme ça. »

« Elle s’est délicatement posée sur la vie, comme une plume qui jusque-là a été prise dans les remous des vents violents et rencontre enfin une zone de non-turbulences. »

« Sous une apparence calme, cet homme est en tension permanente. Je ne sais pas ce qu’il y a derrière la façade. Il parle très peu. Parfois, j’aimerais être comme lui. Ne pas éprouver le besoin de me confier et ne pas non plus souffrir de tout garder pour moi. Mais qui dit qu’il ne souffre pas? Qui dit que les hommes silencieux ne souffrent pas? Qu’ils ne se murent pas dans le silence pour se conformer à une image imposées par la société ? Pas le droit de pleurer, à peine de rire, interdit d’aimer ou de s’attacher, la colère réprimée et la joie suspecte, et que dire de la tendresse. »

« Il y a des hommes lourds qui pensent être couillus comme des taureaux de concours, qui écrasent de leur virilité malsaine les femmes trop fragiles, et il y a des hommes élégants et délicats qui les considèrent et les respectent dans leur fragilité.
Il y a aussi des femmes fatales qui n’ont de vraiment fatal que le vide intersidéral de leur cœur, qui maltraitent les hommes sensibles, et il y a des femmes attentionnées et touchées par les hommes qui osent montrer leurs failles.
Certaines combinaisons à l’intérieur de ce petit monde sont parfois improbables quand d’autres se font dans une harmonie parfaite, parce que tout colle, tout s’emboîte, même les failles. Surtout les failles. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas où je suis, je ne peut-être même plus qui je suis. Je suis une conscience dans un corps absent, une conscience qui n’a conscience de rien, sauf de ne pas savoir. »

« De certitude, je n’en ai aucune, mais on peut bien arranger un peu la vérité quand elle est trop moche. »

« Ça l’arrange de penser qu’il a toujours raison , qu’il prend le bon chemin. Même si le chemin ne mène pas toujours où il veut, au moins, il avance. »

« Alors que j’avais autour de moi des gens extraordinaires, c’est un salaud qui a pris toute la place. Toute la place, même la mienne. »

« Le but n’est pas de servir, mais d’être, non? »

Note: 4/5

Blog Note 4

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8 réflexions au sujet de « Pars avec lui – Agnès Ledig »

  1. Je sais pas ce qu’à WP ce matin, mais deux fois il a refusé mon commentaire qui était « Nan, je passe ».

    Tu crois qu’il l’aurait accepté si j’avais dit « oh oui ?? 😆

    • Merci! J’ai eu l’occasion de lire tous ses romans cet été (chroniques à venir) et pas tout ne m’a plu… Alors je te recommande Pars avec lui en prem’s, c’est celui que je préfère! 😉

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