On the Brinks – Sam Millar

Sam Millar - On the Brinks (2013)

Sam Millar – On the Brinks (2003)

4ème de couv’…

De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d’un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.

Catholique, Millar combat avec l’IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d’Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens: voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.

Réfugié aux états-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l’histoire américaine. La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire. Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s’y prendrait mieux. Il n’empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars!

Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entre-temps, la plus grande partie de l’argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices… Saura-t-on jamais la vérité?

En tout cas, le FBI cherche toujours!

Mon ressenti de lecture…

On the Brinks n’est pas une biographie!
Sam Millar nous confie deux événements importants de son existence, son séjour dans une prison irlandaise et sa participation dans un très gros casse aux States,  mais l’homme garde son intimité et ses mystères.

Parlez de violences carcérales à qui vous voulez, à tous les coups, on vous répondra: « les camps de concentration nazis, les goulags russes. » Les plus avertis parleront des actuelles: Guantanamo à Cuba, de Tadmor en Syrie, du Camp 1931 en Israël et la liste peut être longue, entre Afrique et Moyen-Orient. Mais rarement on vous citera une prison irlandaise… Long Kesh… au hasard… connue aussi sous les noms de The Maze ou The H Blocks…

Et pourtant…

A chaque horreur dont on prend connaissance, on a toujours le même air hébété et horrifié, secouant bêtement la tête et répétant « ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible! » Mais il faut se rendre à l’évidence: le sadisme et le vice est intrinsèque à l’être humain, n’est pas l’apanage d’un pays, d’une ethnie, d’une époque.

Et le traitement infligé à ces prisonniers est épouvantable, inentendable et intolérable… Et pourtant il a bel et bien existé et a été enduré par des hommes courageux, honorables, fidèles à leurs convictions, solides, honnêtes et droit. Il y a eu des faibles, des traîtres et des lâches aussi…

Blanket and No-Wash Protest, grèves de la faim, sévices et tortures… c’est tout un pan de l’histoire de l’Irlande dévoilé par Sam Millar dans ce récit. C’est une partie de sa vie mais également le témoignage d’une réalité trop aisément occultée et ignorée…

Sam Millar ne règle pas de comptes, il ne tient pas un discours partisan, il n’établit pas une thèse historique du mouvement de rébellion irlandais face aux envahisseurs anglais.
Du Bloody sunday en janvier 1972, événement certainement déclencheur de bon nombre d’engagements au sein des républicains nationalistes face aux loyalistes unionistes, à sa participation effective dans des actions de protestation, l’auteur n’en dit pas grand chose.

L’important est l’homme face à lui-même, face à l’autre.
Il est homme face à d’autres hommes, indépendamment du contexte.
Ce que j’ai énormément apprécié c’est la pudeur et la dignité du récit, une certaine distanciation qui rend peut-être un peu le ton clinique et froid pour mieux dénoncer les horreurs carcérales et éviter de tomber dans un pathos larmoyant, stérile et inutile.
Sam Millar fait toujours preuve d’un humour noir et caustique qui nous tire quelques sourires au milieu des grimaces de révulsion face aux actes des matons.

C’est la vérité dans toute sa dureté et son travail de destruction de l’autre. Mais Sam Millar nous montre que si le corps est humilié, détruit, dépossédé de toute dignité, marqué à jamais par des cicatrices, l’âme et l’esprit restent droits, forts, durs peut-être mais toujours bien purs et bien vivants… indomptables…

J’ai énormément aimé cette partie du livre qui pose les bases de ce que Sam Miller est réellement au fond de lui. L’homme est lucide sur L’Église mais n’en perd pas sa foi. L’homme a été avili et meurtri mais n’en a pas perdu son honneur, ses convictions et son envie de vivre.

Passionnée d’Irlande et de son Histoire ancestrale ou moderne, je connais assez bien la période des Troubles et ce témoignage est un éclairage humain édifiant sur le conflit nord-irlandais dans les années 70-80.

Je m’incline bien bas de l’auteur car son expérience qu’il nous confie en toute pudeur m’a fortement impressionnée et bouleversée!

La deuxième partie du livre qui nous raconte le casse de la Brinks aux States est une histoire tout aussi véridique de la vie de l’auteur mais largement plus légère que son séjour à Long Kesh.
Parce qu’autant son emprisonnement en Irlande était contestable, de part son engagement patriotique, autant les événements aux États-Unis relèvent de la criminalité « simple ».

Sam Millar, devenu père de famille, est un émigrant irlandais essayant de se créer sa place au soleil en s’entourant de compatriotes expatriés… plus ou moins légalement, en passant par quelques casinos clandestins.

Il est à l’origine de l’un des braquages les plus importants de l’histoire des States, avec un scénario très apuré, peu de moyens et, à la clef, 7 millions de dollars d’un dépôt de la Brinks à Rochester.

L’aventure est savoureuse, racontée avec le détachement particulier de celui qui assume totalement son parcours, et toujours cet humour tranquille qui nous provoque, pour ce coup, de francs et larges sourires! … Notamment sur les détails peu  discrets de la traque par le FBI au vu et au su de presque tous…

Par contre… je suis curieuse de savoir où se trouve la part du braquage qui se balade toujours aujourd’hui dans la nature… mais chut, l’auteur n’en dit rien…

J’ai adoré la plume de Sam Millar: le langage cru et familier de la rue quand c’est nécessaire, mais également un lyrisme empreint d’une sagesse et d’une profondeur de pensées quasi-poétique.

On the Brinks est l’ébauche du portrait d’un homme d’actions et de résistances, un homme d’esprit et de cœur mais surtout… un homme d’honneur…
Même après la dernière ligne, une aura de mystère plane toujours…

Mes prochains avis sur Sam Millar seront sur le plan de la fiction… Et vu ce qu’il a déjà vécu dans sa vie tumultueuse, préparez-vous à rester scotchés au fond de votre fauteuil!

Citations…

« Les matons pouvaient – ils ne s’en privaient pas – nous écraser les os et déchirer nos chairs. Notre existence était minimalisée à l’extrême. Nous n’étions rien, et nus comme à la sortie de l’utérus. Mais ce qu’ils ne pourraient jamais faire, c’était coloniser nos pensées. »

« Admettons-le, les blagues d’Ours Polaire étaient puériles, mais sans des types comme lui, le temps n’en finissait plus de s’étirer; une ombre sans fin perdue dans son propre abysse. »

« Pour rester en bonne santé, il est toujours bien de regarder le bon côté des choses avec une perspective claire. »

« La chambre était épouvantable: du linge frais, de la nourriture correcte, des infirmières adorables à regarder, la télé et tous les livres et les journaux que je voulais. Je me demandais si mon métabolisme de Blanket Man pourrait supporter un tel assaut, mais je décidai de souffrir pour ma chère vieille Mère Irlande. »

« J’ai lu le document aussi soigneusement que possible pour ne rien manquer d’important dans ces quarante-huit pages. Il s’est révélé ne pas contenir grand chose. C’était un chef d’œuvre d’ambiguïté nuisible, truffé d’interprétations alternatives qui s’arrangeaient pour donner d’une main et reprendre de l’autre. Une toile d’araignée de sémantique ambiguë, de sans doute, de peut-être, et de le temps nous le dira. En aucun cas nous ne pouvions être d’accord avec ça. Toutes ces années de tortures et de tourments jetées dans les chiottes pour un agrément hostile qui ne valait même pas le papier sur lequel il avait été imprimé. »

« Notre terreur avait duré des années. La leur, seulement quelques minutes. Je me sentais frustré par la légèreté de leur châtiment et j’avais envie de l’aggraver. J’aurais pu aisément mettre le feu à la salle et laisser Dieu s’en occuper. Les innocents survivraient tandis que les coupables périraient. »

« Dans un profond silence, les souvenirs de toutes ces années me sont revenus où, battu et nu, j’attendais d’être conduit aux Blocks pour commencer mon parcours cauchemardesque. Tant de souffrances, tant de morts et de tortures. Comment avons-nous pu – nous les Blanket Men – survivre à tout ça? »

« Les Noirs marchaient pour leurs droits civiques en Amérique, et les catholiques du Nord eurent l’audace d’essayer de picorer aussi de ce gâteau. »

« L’obscurité tombante faisait naître de minuscules bestioles d’angoisse qui me batifolaient à l’intérieur. »

« Ils ne me briseront pas parce que je porte dans le cœur le désir de liberté pour moi et pour le peuple d’Irlande. L’aube est proche, du jour où tout le peuple d’Irlande manifestera ce désir de liberté. C’est alors que nous verrons la lune se lever. » (derniers mots de Bobby Sands)

« Une pensée me traversa l’esprit: une parfaite mesure de silence est aussi menaçante que la réalité quand on a appris et expérimenté la cruauté de ce silence et à quel point il vous manipule. Dans le silence de nos têtes, chacun de nous pouvait entendre l’œilleton se lever et savoir ce qui rôdait derrière, tapis. »

« Malheureusement, tous les prisonniers n’étaient pas capables de supporter cette folie furieuse et certains choisissaient de quitter le mouvement. Nous n’avions guère de sympathie pour les partants, car chaque fois qu’un prisonnier quittait la Rébellion, il encourageait les matons à faire un pas de plus dans la brutalité, dans le faux espoir que le reste d’entre nous finirait par lâcher aussi. »

« Et me voilà de retour à mon alma mater, probablement pour dix ans. Un endroit où les hommes font les règles, mais y obéissent rarement. Un endroit où, quelquefois, des hommes changent le cours de l’histoire… »

« Les vieilles cabanes en tôle avaient été remplacées par ce qui finirait un jour par évoquer aux yeux du monde les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques: les Blocs H.
Ils étaient les joyaux de la politique de « Normalisation », vouée à l’échec, du gouvernement britannique; une politique dont les Beefs espéraient qu’elle prouverait au monde entier que tout allait au poil dans cette minuscule partie du monde, et que toutes les horribles choses qui s’y passaient n’étaient que le fruit de l’imagination. »

« La condition épouvantable des sans-abri dans la ville la plus riche du monde était vraiment choquante. Leur accrétion est cultivée par une dichotomie obscène, car à quelques rues de là sur Park Avenue, les riches nourrissent et dorlotent leurs animaux de compagnie dans la plus grande apathie. Les mondes se chevauchent, mais se touchent rarement. »

« À une époque, ces gens étaient le sel de la terre, les piliers de la société. Maintenant ils en étaient la lie, remarqués bien qu’invisibles, ils gueulaient d’apocalyptiques obscénités dans leur irritabilité morose. »

« Il avait horreur de voir du bon whisky gâché. Il avait horreur de voir du bon whisky aller ailleurs qu’au fond de sa gorge. »

Note: 4/5

Blog Note 4

 

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