Et la mort se lèvera – Jacques-Olivier Bosco

Jacques-Olivier Bosco - Et la mort se lèvera (2010)

Jacques-Olivier Bosco – Et la mort se lèvera (2010)

4ème de couv’…

Chez les Ranzotti, il y a l’argent qui coule à flot, les voitures de luxe, la drogue et les flingues mais aussi l’honneur, la fierté, la vendetta, tous ces trucs qu’on croirait tout droit sortis d’un film américain.

Aussi quand le Calabrais décide de venger sa fille Maria – morte d’une overdose – et de faire le ménage parmi les dealers locaux, personne ne semble s’en émouvoir… Dans la Famille, pour préserver l’avenir, on nettoie le passé, c’est la règle!

Mais il y a cette bavure, cette tragique méprise, cet horrible grain de sable. Et c’est alors qu’il ressuscite… l’homme aux yeux d’acier, celui qui a dormi dans le lit du diable, celui qu’on appelle le Maudit…

Mon ressenti de lecture…

Aaahhh Nice… son soleil, sa chaleur, sa mer, ses hôtels de luxe, ses bolides rutilants, ses yachts, ses nuits enfiévrées…

Ouaip… oui mais non… chaînes en or qui brillent, mafia, corruption, trafics, rackets, prostitution, drogue, règlements de compte, gros calibres et petites frappes… l’Italie n’est pas loin et ça se sent… le sang coule…

C’est un roman qui fleure bon toutes les réminiscences d’une filmographie à la Scorcese, Coppola et autre de Palma!

Une plume toute masculine pour un monde d’hommes, rugueuse, sanglante et violente! Mais un point positif pour la lectrice que je suis, même si les femmes, ici, ne sont guère mises positivement en avant, le récit n’est jamais vulgaire!

Un milieu d’hommes, donc, avec la mentalité bien méditerranéenne et propre à la pègre: on canarde et on parle ensuite ou on palabre mais on finit toujours par canarder!

La première partie de ce roman s’attache à nous plonger dans la Famille. La « Famiiillia », avec le geste de la main et l’accent, s’il vous plaît! Les Ranzotti. Originaire de Calabre, bien implantée dans la région niçoise, avec des accointances étroites avec le Milieu sicilien. Avec les anciennes générations fidèles au Code de l’Honneur, dans le respect du travail, même totalement illégal, respectueux d’une certaine éthique.
Avec les nouvelles générations, jeunes loups fougueux, plus prompts à étaler et dépenser leur fric, blasés et plus enclins à satisfaire la moindre de leurs envies qu’à respecter les valeurs de la Famille.
Mais tous laissent parler leur rage et leur volonté aveugle de vengeance après le décès par overdose de la jeune Maria. Vendetta, omerta, l’hécatombe peut démarrer…

Et quand une grosse bavure est commise en l’assassinat sauvage d’une mère et de sa toute petite fille, le paradis niçois n’est plus… A fortiori quand ce sont la fille et la petite-fille du Maudit, exécuteur aux yeux d’acier, qui abandonne son jardin de prédilection, l’Amérique Latine, pour fouler à nouveau le sable de la baie des anges… et pas pour la bronzette!

Pour ceux qui me connaissent, ils savent que peu de choses trouvent grâce à mes yeux quand ça vient du sud: j’en déteste la chaleur, la mentalité, le maquis sec, les grandes gueules et le sang aussi brûlant que le cagnard abrutissant… etc… Et lire une 4ème de couv’ annonçant la couleur du sud me tire une grimace…
Oui, vous là, je sais que vous ne pensez qu’à vos vacances au soleil, mais ne me frappez pas, nous ne sommes pas tous sortis du même moule!
Mais comme j’ai adoré le dernier roman de Jacques-Olivier Bosco, Quand les anges tombent, je voulais en connaître davantage… d’où cette immersion contre-nature!

Et bien je ne suis pas déçue car Jacques-Olivier Bosco ne s’est pas contenté de faire parler la poudre et couler l’hémoglobine. C’est un roman noir sur les liens de sang, l’amour, la loyauté, la rivalité, la trahison et surtout… la vengeance!

L’auteur a su nous présenter toute une famille aux caractères bien trempés et bien analysés pour susciter toute une gamme d’émotions. Qu’on les trouve sympas ou qu’on les déteste, ce sont des êtres humains, aux motivations certes douteuses et condamnables, mais avec un ego, un cœur, un honneur. Et qu’importe qu’ils aient le cerveau greffé sur leurs flingues, toutes les petites histoires familiales entre en cohésion pour cimenter le clan redoutable des Ranzotti.

Mon personnage préféré aura été le Maudit, Lucas Murneau pour l’état civil.
Parce que rien n’est plus beau (livresquement parlant car je ne vous veux pas de mal, messieurs… quoique… des fois…) qu’un homme blessé, ayant perdu ceux qu’il aimait, et qui se vengera.
Le Maudit est loin d’être un ange, son sillage est sanglant, son autre surnom est La Muerte, la Mort. C’est tout dire!
Mais j’ai adoré cet homme dur, froid, au regard assassin, à l’allure imperturbable, au sang-froid à toute épreuve, qui alimente sa patience pour servir sa vengeance. Cet machine à tuer est un homme, avec sa sensibilité, cet amour qu’il devait enfin vivre auprès de ses « femmes », sa fille, sa petite-fille, qu’ils n’avaient jamais vues, pour les protéger. Et toutes ses belles émotions en devenir ont rendu l’âme sous le feu des balles.
C’est un être complexe, fascinant, un roc au cœur en berne. Un être charismatique qu’aucune violence n’effraye mais submergé par la peur, l’angoisse et l’émoi devant ces petits bouts de femmes fragiles.

La vengeance est redoutable, tendue, bien orchestrée. L’auteur nous prend aux tripes, le récit est puissant et noir.

Alors merci Jacques-Olivier Bosco, je suis réconciliée avec le Sud… le temps d’un roman!

Et quand je pense que c’était un premier roman, je suis sous le charme… et j’en redemande… surtout sachant que le Maudit revient dans Aimer et laisser mourir… tout un programme!

Citations…

« Il (…) envoya toute la gomme. Toute. Il ne voulait pas se tuer, ou sinon tant pis, pensait-il. Il voulait se faire peur, il voulait que la souffrance qui lui déchirait le cœur, que les larmes qui lui bouffaient les yeux comme de l’acide disparaissent. »

« Il ne voulait plus penser à Maria. À Maria morte. »

« Le Maudit ne respirait plus, ne pensait plus, il voulait s’enfoncer dans le sol, il voulait qu’une de ces balles le frappe en pleine poitrine, il aurait aimé partir en traversant les murs, voler, revenir à ce jour et rattraper les âmes de sa fille et de sa petite fille. Leur chuchoter à l’oreille de ne pas avoir peur, leur dire qu’il les aimait. »

« Maintenant, il avait tout son temps. Les morts ne reviennent jamais. Et les vivants ne peuvent courir longtemps. »

Note: 4/5

Blog Note 4

 

22 réflexions au sujet de « Et la mort se lèvera – Jacques-Olivier Bosco »

  1. Quelle superbe avis et chronique aussi car tu as su disséquer, vraiment, tous les tenants du roman, malgré l’histoire de vendetta ( au final très simple mais liant deux pères ayant perdu leur fille) tu as su montrer l’importance que j’ai voulu apporter aux relations entre membres d’une même famille mais d’une autre génération et surtout, tu as ressenti le romantisme sombre du personnage ( tu en sauras plus en lisant le prequel  » Aimer et laisser mourir » quoique je te conseille une pause pour ne pas faire une overdose de bastos et de regard vert aux senteurs d’acier et de mort 😉 Quand à la beauté et aux énervants artifices de la ville de Nice j’admire ton courage, surtout si tu crains la chaleur et les palmiers, car on fond dans certaines scène et dans d’autres on est en plein cliché Tropézien, mais j’ai aussi voulu montrer la ville l’hiver, dans le quotidien de ses habitant et sa réalité sociale et latine( avec les cités et les crottes de chiens). Merci merci merci, décidément Blavk cat Livr’envie me gâte en ce moment ! D’autant que, comme je te l’ai dit, c’est mon bébé, mon préféré, alors vraiment, encore, Millé Gracié Signora !
    JOB

    • Merciiii! Je ne refuse pas une overdose de regard vert tueur! 🙂 Mais j’ai le Cramé avant! Et tu ne vas pas être débarrassé de moi car je suis lancée à chroniquer toute ta bibliographie! Oui, je suis un peu mono-maniaque, je ne me contente pas des dernières sorties! 😉 Le problème, quand on a aimé un roman, c’est de trop en dire sur chaque thème abordé, sans spoiler! J’ai adoré, par exemple, la scène de « fuite » de Franco en voiture quand il apprend le décès de sa fille. Une scène intense et puissante qui aurait mérité un petit clin d’œil… mais on ne peut pas tout dire! 🙂 En tout cas, merci de ton passage, cela fait plaisir! 😀

  2. Moi aussi j’adore ce genre de scène ( il y a d’ailleurs une scène de voiture dans presque chacun de mes bouquins dont une assez épique dans le prochain que tu vas lire) , Le Cramé est vraiment un roman plaisir, bourré d’actions, de bon mots et de clichés, d’honneur, d’amitié, d’amour et de morts ( pour changer) mais à un rythme endiablé, car il y a un gosse à retrouver !! Je pense ( à présent sans trop m’engager) que cela devrait te plaire, (cela se passe en banlieue parisienne:-) Merci pour ton intérêt littéraire, cela fait plaisir de voir et lire des mots sur nos mots ( je sais c’est confus, mais je me comprends) et surtout, de ressentir en lisant tes retours le même plaisir que j’ai ressenti en écrivant le livre!!

    • Je sens que Le cramé ne va pas prendre la poussière alors! 🙂 Naaan, ce n’est pas confus, j’ai tout compris! 😮 Plus que la « technique » d’écriture, je m’attache énormément à l’émotion dégagée dans un roman et ce que j’ai bien aimé jusque là, avec Quand tombent les anges et Et la mort se lèvera, c’est qu’il y a beaucoup d’actions certes (j’adore quand c’est speed) mais aussi beaucoup d’émotions sur des valeurs humaines importantes! C’est un plaisir de lecture et perso, j’ai eu du mal à le lâcher! 🙂

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi! Tu as pas mal d’action dans ses romans mais toujours de la sensibilité et de l’émotion en arrière-plan! 🙂

  3. Hélas pour moi, j’ai commencé « aimer et laisser mourir » de monsieur JOB et je n’ai pas accroché du tout. Même pas terminé, en plus. 😦 Oui, je sais, désolée les gars, désolé, monsieur l’auteur, c’était sans doute pas un roman pour moi !

    Mais belle chronique mon chat noir ! 😉

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