Terminus Elicius – Karine Giébel

Karine Giébel - Terminus Elicius

Karine Giébel – Terminus Elicius (2008)

4ème de couv’

Istres-Marseille.
Pour Jeanne, la vie est ponctuée par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mère.

Elle attend néanmoins qu’un événement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito?
La résolution, peut-être, de cette affaire de serial killer qui défraie la chronique phocéenne?

« Vous êtes si belle, Jeanne. Si touchante et si belle. »
Ce soir-là, une lettre, glissée entre deux banquettes, semble combler toutes ses espérances. Un peu trop, même.

Car derrière le mystérieux soupirant se cache le meurtrier tant recherché par la police. Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n’aura de terminus qu’au bout de l’enfer…

Mon ressenti de lecture…

J’ai très longtemps retardé la lecture de ce court roman. Pourquoi? Parce que l’action se situe dans la région marseillaise, une région où j’ai longtemps vécu, et je n’avais aucune envie de lire des horreurs, même fictionnelles, se déroulant sur des lieux par trop familiers.

Mais maintenant, plus aucun frein à la lecture… Je peux découvrir pleinement cet auteur avec son premier roman!

On connaît tous le succès actuel de Karine Giébel mais quelle claque quand on lit Terminus Elicius. C’était son premier roman et elle faisait déjà preuve d’une plume machiavélique et maîtrisée, tour à tour quasi-poétique et incisive!

Le capitaine Esposito se démène pour résoudre des meurtres en série, identifier le tueur et l’arrêter. Dans le même temps, Jeanne, qui travaille dans le même commissariat, noue un lien épistolaire avec ledit assassin par le biais d’une déclaration d’amour.

Et parce que cette jeune femme transparente, bourrée d’habitudes et de discipline routinière, de tocs et maniaqueries, tellement seule, prisonnière dans sa tête mais assoiffée d’attentions et d’amour, n’est pas habituée à ce genre d’hommage amoureux, elle tombe sous le charme de ce personnage dangereux. Elicius met enfin de la vie dans son existence…

Peut-on tomber amoureuse d’un assassin? Un tueur mérite-t-il d’être aimé? Cette relation sulfureuse est de prime abord dérangeante. Car spontanément, en tant que lectrice relativement saine d’esprit, je n’aurais pas hésité une seule seconde à la transmettre au capitaine, ô mon capitaine, cette missive indélicate et illégitime! Quelle hérésie d’encourager un individu pareil!
Or Jeanne n’agit pas du tout comme ça, elle est flattée de ce lien privilégié, se laisse émouvoir par des mots, inconsciente. Mais jusqu’où va-t-elle aller sans se mettre en danger, elle ou ses proches? Quelle est sa limite dans sa névrose?
J’ai beaucoup aimé cette analyse du sentiment amoureux au travers des fantasmes d’Elicius et de Jeanne. Même si, je dois bien l’avouer, j’ai eu envie de baffer cette femme tout au long du roman!

J’ai beaucoup apprécié le personnage du Capitaine Esposito, même si son portrait est très classique dans le cadre d’un polar. Il est le symbole du flic tenace, en bute à l’organe politique et hiérarchique et qui tente de faire son métier le mieux possible, au détriment de sa vie privée.

Elicius se dévoile au fils des pages écrites à Jeanne. Le portrait d’un tueur par vengeance, un manipulateur, un homme en souffrance mais qui a versé vers la violence et le mal alors qu’il est capable de poser les mots, la poésie, pour envoûter Jeanne.

Dans ce court roman, l’auteur a su développer la psyché de personnages riches et intéressants, au service d’une intrigue tout aussi riche captivante, avec un décor du sud magnifiquement décrit. Et pour un premier roman, c’est une prouesse qui me ravit.

Alors oui, je l’avoue, même je suis plus tombée sous le charme de la plume de Karine Giébel, avec ce premier roman que par l’histoire racontée, et je suis impatiente d’en suivre l’évolution avec les titres qui suivent.

Citations…

« C’est pas parce qu’on ne pleure pas qu’on ne souffre pas. »

« Je ferme les yeux et je pense à vous. (…) À vos yeux que personne ne sait voir, à votre voix que personne ne sait entendre. À votre corps que personne ne sait toucher. (…) Ces mots que personne ne savait lui dire. »

« (…) sortir des griffes des médecins, des psychiatres et de leurs piqûres. Celles qui changent la couleur de votre douleur, qui vous font oublier qui vous êtes. Qui vous grignotent la tête morceau par morceau et vous enveloppent le cerveau dans du coton stérile. »

« Ici, on aime lézarder au soleil avant de retourner s’enfermer dans l’ambiance climatisée d’un bureau. Ici, on vit dehors, au grand jour. Même la nuit. Ici, on parle fort, pour avoir le dernier mot sur le mistral, sans doute. Ici, on rit fort, avec des gestes démesurées. On revendique son accent comme une marque de fabrique. Ici, on est dans le sud et ça s’entend. »

« Marseille, immense, chamarrée, cosmopolite. Généreuse. Exubérante et indisciplinée. Un caractère bien trempé, des saveurs particulières entre mer et collines provençales. Selon son humeur, on pouvait s’y perdre ou s’y retrouver. Mais toujours s’y attacher. »

« Elle aimait l’exactitude et détestait les approximations. Ce qui n’était pas parfait, ce qui n’était pas à sa place. Les livres écornés, les crayons mal taillés, les vêtements mal repassés. Les hommes mal rasés. »

« Ils croyaient qu’en m’enfermant, ils allaient anéantir ma personnalité. Mais, au contraire, ils l’ont réveillée. Ils m’ont donné la force en m’offrant le désespoir comme seule perspective. Et maintenant, ils ont peur de moi. Ils me craignent comme on craint la foudre qui va s’abattre. »

« Fatigue écrasante, sentiment d’impuissance. il avait besoin de compagnie. Il ne supportait pas l’idée de se retrouver seul dans son minable trois pièces. Il trouverait bien une femme avec qui passer la nuit. Quelqu’un pour combler le vide. Même s’il fallait payer pour. Il n’était plus à ça près. Sortir ces visages de sa tête. Oublier, juste une nuit.
Et demain, recommencer. »

« Hier soir, j’étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle. Juste le temps de la tuer… »

Note: 3/5

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22 réflexions au sujet de « Terminus Elicius – Karine Giébel »

    • Hello Eléa! Comme c’est un roman court, c’est l’occasion de la découvrir sans trop prendre de risque à mon avis! Il me reste ses meilleurs, a priori, à découvrir! 🙂

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