La route étroite vers le nord lointain – Richard Flanagan

Richard Flanagan - La route étroite vers le nord lointain (2016)

Richard Flanagan – La route étroite vers le nord lointain (2016)

4ème de couv’…

En 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin, vient à peine de tomber amoureux lorsque la guerre s’embrase et le précipite, avec son bataillon, en Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine jungle, entre le Siam et la Birmanie.

Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre – la camaraderie, l’humour, les souvenirs du pays.

Au coeur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister.

Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après guerre un héros national convoque les spectres du passé.
Ceux de tous ces innocents morts pour rien, dont il entend honorer le courage.
Ceux des bourreaux, pénétrés de leur “devoir”, guidés par leur empereur et par la spiritualité des haïkus.
Celui d’Amy enfin, amour absolu et indépassable, qui le hante toujours.

Les voix des victimes et des survivants se mêlent au chant funèbre de Dorrigo, se répondent et font écho. À travers elles, la “Voie ferrée de la Mort”, tragédie méconnue de la Seconde Guerre mondiale, renaît sous nos yeux, par-delà le bien et le mal, dans sa grandeur dérisoire et sa violence implacable.

Mon ressenti de lecture…

Troisième lecture dans le cadre du Prix Relay Voyageurs-Lecteurs, je remercie Babelio et les Éditions Actes Sud pour l’envoi de ce roman.

Seconde Guerre Mondiale.
Relier le Siam à la Birmanie est l’objectif du Japon. Objectif militaire mais c’est aussi pour asseoir sa supériorité sur les occidentaux qui avaient renoncer à la construction d’une telle ligne ferroviaire en temps de paix.
Les prisonniers de guerre, esclaves, main d’œuvre corvéable et abondante à souhait, subissent les pires traitements imaginables aux mains de bourreaux à l’imagination perverse débordante pour assouvir la volonté de l’Empereur nippon.
À l’automne de sa vie, Dorrigo Evans, survivant, se souvient…

Aussi terribles soient-ils, j’ai adoré les passages sur la Voie ferrée de la Mort, sur ce camp japonais, pendant la seconde Guerre Mondiale. Il est impossible de les lire sans avoir des flashs des images de certaines productions cinématographiques, telles Le pont de la rivière Kwai, Invincible ou le très récent et excellent film, Les voies du destin.
La différence culturelle japonaise est ici mise en avant pour tenter d’expliquer les horreurs extrêmes infligées aux prisonniers. La vie dans le camp est très bien documentée et analysée, en des scènes à la limite du soutenable parfois. Entre famine, maladie et brimades, ce ne sont plus que des morts-vivants…

Je n’ai pas apprécié ce roman comme il aurait dû l’être. J’ai été gêné par la construction même du roman, le jonglage entre l’histoire de la Ligne et la romance « impossible » entre Dorrigo et Amy. J’entends bien que la volonté de l’auteur était peut-être d’alléger les scènes parfois très dures du camps de prisonniers mais cela a eu l’effet inverse chez moi: je me suis vite lassée de ce va et vient incessant, de cette opposition entre un sujet terrible et cet amour que j’ai estimé, par contre-coup, superficiel.
Alors oui, c’est un très beau duo livresque qui oppose la mort à la vie, les ténèbres à la lumière, de la fragilité de la condition humaine à la force de la résistance, des aléas du destin à la constance de l’âme et du cœur, mais j’y ai trouvé des longueurs et une difficulté à me passionner totalement pour l’ensemble.

Si j’ai éprouvé de l’empathie pour Dorrigo, le médecin soldat, j’avoue que je suis restée assez insensible à Dorrigo, l’homme civil… Peut-être pour son côté Don Juan d’ailleurs… Et ce grand amour « impossible » promis par la quatrième de couv’ est apparu à mes yeux comme un simple adultère…

La plume de l’auteur est puissante et intense; les digressions intellectuelles et poétiques sont profondes.

La réflexion sur l’héroïsme mérite également le détour: de ce besoin pour les peuples d’ériger des héros, des modèles de fierté, des monuments de dignité et des symboles de courage pour alimenter leur foi en leur pays, exacerber leur patriotisme, justifier leurs guerres.
Quand l’homme devenu héros, survivant de l’horreur, n’a plus droit à l’oubli car il porte la responsabilité et le devoir du souvenir de ceux qui ne sont pas revenus.

Les derniers chapitres nous éclairent également sur ces japonais vaincus, face à la Loi internationale, devant répondre de leurs actes, ne comprenant pas ce qu’on leur reproche. Et de l’absurdité de la vie, de l’endoctrinement des peuples, de la mentalité de ces soldats, de la chaîne de commandement, de la cruauté humaine, de l’ignorance de la valeur d’une vie, de l’absence de morale universelle.

Alors je sais, je suis sévère, malgré une plume remarquable, je n’ai mis que 3 sur 5: j’ai adoré tout le pan du roman sur le camp de prisonniers, mais la vie privée de Dorrigo Evans m’a profondément ennuyée, malheureusement!

Je recommande tout de même cette lecture à tous les amateurs d’Histoire!

Citations…

« Un homme heureux n’a pas de passé, un homme malheureux ne possède rien d’autre. »

« Un bon livre vous donne envie de le relire, avait-il conclu. Un grand livre vous incite à relire votre âme. »

« Le progrès ne demande pas la liberté. Le progrès n’a pas besoin de liberté. Le major Nakamura dit que le progrès peut advenir pour d’autres raisons. Vous, docteur, vous appelez ça privation de liberté. Nous, on appelle ça volonté, nation, Empereur. Pour vous, docteur c’est de la cruauté. Pour nous c’est le destin. Avec ou sans nous. C’est l’avenir. »

« Vous croyez encore en Dieu, Bonox ?
Aucune idée, mon colonel. C’est sur les humains que je commence à m’interroger. »

« Le monde ne changeait pas, la violence avait toujours existé et ne serait jamais éradiquée, les hommes mourraient sous la botte, victimes de la poigne et des atrocités d’autres hommes jusqu’à la fin des temps, et toute l’histoire humaine était celle de la violence. »

« Qu’advint-il de la Ligne? Une fois les rêves planétaires réduits en poussière radioactive, la voie ferrée n’avait plus ni raison d’être ni soutien logistique. (…) La Ligne accueillit les mauvaises herbes sur les talus dont des esclaves avaient apporté la terre et les rochers dans leurs wagonnets; elle accueillit les termites dans les poutres des ponts à terre, sciées, tirées et hissées par des esclaves; elle accueillit la rouille sur les rails que des esclaves avaient transportés sur leurs épaules en longues files; elle accueillit la pourriture et le délabrement. »

« Un livre peut contenir l’horreur, lui donner forme et sens. Mais dans la vie, l’horreur n’a pas plus de forme que de sens. Elle est là, tout simplement. Et aussi longtemps qu’elle règne, rien dans l’univers ne semble épargné. »

« La guerre mettait sous pression, la guerre rendait fou, la guerre anéantissait, la guerre excusait tout. »

« Il n’y a plus ni joie ni émerveillement, ni rires ni énergie, ni lumière ni avenir. L’espoir et les rêves sont réduits en cendres. Plus de conversations ni de disputes. »

« On est en guerre, et la guerre transcende ces catégories. La voie ferrée reliant le Siam à la Birmanie sert des objectifs militaires, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est que sa construction fera date dans notre siècle. Sans la technologie européenne, et dans des délais extraordinairement courts, nous allons construire ce que les Européens ont cru irréalisable pendant des années. Cette voie ferrée symbolise le moment où nous et notre vision devenons les nouveaux moteurs du progrès mondial. »

« Les sentiments d’un homme ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu’est la vie. Parfois ils ne sont pas à la hauteur de grand-chose. »

« Seule notre foi en des chimères rend la vie possible (…) C’est de trop croire au réel qui nous perd. »

Note: 3/5

Blog Note 3

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