Germania – Harald Gilbers

Harald Gilbers - Germania

Harald Gilbers – Germania (2015)

4ème de couv’…

Berlin, été 1944.
Des jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale.

Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star.
Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer…

Tiraillé entre son quotidien misérable dans une  » maison juive  » et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet.

Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l’élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé.
Mais n’est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ?

Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble…

Mon ressenti de lecture…

Lorsque la guerre est le quotidien sur le sol d’un pays, on a tendance à penser que la vie civile stoppe… Mais il n’en est rien, les assassins pervers sont toujours là, d’innocentes victimes pleuvent toujours…

Et celui qui sévit à Berlin en cet été 1944 est particulièrement retors! Il adresse des messages au parti, il s’érige en Père de la morale en supprimant ces femmes perverties, ces prostituées, en les exposant face aux monuments aux morts de la Première Guerre Mondiale, les jambes écartées, le sexe mutilé et exposé en charpie.

Et pour résoudre cette affaire, les SS n’hésite pas requérir « fermement » l’aide d’un ancien policier de génie, Richard Oppenheimer, écarté de sa profession car juif, vivant car marié à une aryenne. Qu’à cela ne tienne, pour les besoins de l’enquête, Oppenheimer sera exempté de son appartenance au peuple juif!

Les polars sur fond de guerre m’interpellent toujours car je suis curieuse de savoir comment un crime qu’on peut qualifier d’ordinaire trouve sa place quand le pays entier est secoué par l’ampleur d’un conflit armé.

Avec Germania, le pari était d’autant plus audacieux que l’action se situe en Allemagne nazie, à l’agonie de son règne, avec un juif comme enquêteur principal.

L’auteur aborde ainsi la terreur qui pesait sur les juifs, ainsi que sur les non-juifs allemands réfractaires au nazisme. Car on oublie trop souvent qu’Hitler et ses sbires ne rencontraient pas l’unanimité sur leur propre sol.
Un pan de l’histoire se dévoile ainsi avec des allemands au bout du rouleau appelant de tous leurs voeux l’avancée rapide et la victoire des alliés pour qu’enfin le joug nazi cesse. Avec des allemands confrontés aux jeunes endoctrinés jusqu’au-boutistes, aux militaires bornés et aveuglément obéissants.
Avec des juifs en sursis, car mariés à des aryennes, stigmatisés et parqués dans des « maisons juives ».
Avec les Lebensborns, pouponnières nazies également considérés comme des bordels aryens.
Avec des militaires qui, malgré tout, continuent leurs petites guéguerres intestines.

Richard Oppenheimer est obligé de côtoyer ces nazis durant son enquête, de coopérer avec eux, c’est une question de survie. Mais c’est avant tout parce que son instinct et sa passion de flic le poussent à vouloir résoudre cette série de meurtres sanglants. C’est également ce que veut le SS-Hauptsturmführer Vogler. Et c’est deux là vont apprendre à se connaître en tant qu’hommes, au delà de l’étoile et de l’uniforme…

Si l’enquête autour de ces meurtres de femmes est très bien ficelée, avec ce qu’il faut de suspens et de rebondissements.
Si la capitale germanique sous les bombes, vibrant au rythme des alertes aériennes est un décor des plus angoissants.
Si les événements du débarquement allié sont très bien relatés et documentés.
Je déplore toutefois que l’auteur n’ait pas approfondi l’aspect humain de l’alliance entre Oppenheimer et Vogler face au crime.
Il n’a pas suffisamment poussé sa réflexion sur la haine du juif à cette époque et n’a pas tiré profit de ce face à face. Il est resté timide dans la dénonciation de la notion abjecte de race supérieure.
Comme il est resté timide dans la mise à jour de la résistance et de l’opposition de certains allemands face au régime.

C’est une déception sur ce plan, je voulais des émotions brutes, une angoisse viscérale, de l’humanité… je n’ai eu que le décor, les enjeux, le contexte historique, les protagonistes mais pas d’osmose entre ces éléments. Ou peut-être n’ai-je pas pu percer le brouillard ouaté de la Pervitin, méthamphétamine largement répandue à l’époque et amplement consommée par notre Oppenheimer.

C’est donc une lecture en demi-teinte car ce roman n’est pas à la hauteur de ses ambitions, en tout cas des ambitions que je lui prête. Toutefois, j’ai apprécié l’intrigue policière en elle-même et la traque des assassins et j’ai adoré la retranscription fidèle et très bien documentée de la vie quotidienne des allemands de la capitale et du chaos qui régnait à Berlin en cette fin de conflit mondial.
Et comme c’est un premier roman, je passe outre ma petite déception pour continuer l’aventure avec Harald Gilbers et son second roman: Les fils d’Odin.

Citations… 

« (…) les nazis ne sont pas l’Allemagne. »

« (…) Oppenheimer aperçut la carcasse noircie d’un landau. Cette image lui fit comprendre douloureusement que les adversaires de Hitler, pour gagner la guerre, étaient prêts à sacrifier leurs nobles idéaux à un nationalisme cynique. Leurs bombes ne pouvaient distinguer nazis et opposants au régime, sans parler des Allemands qui n’entraient dans aucune de ces catégories. On pouvait se demander à juste titre si tous les hommes étaient égaux devant Dieu mais, en ce qui concernait les bombes, il n’y avait aucun doute: elles n’épargnaient personne. »

« Par les temps qui couraient, le moindre adieu était émouvant car on n’était jamais sûr de revoir la personne que l’on venait de quitter. »

« Il avait toujours détesté les cimetières et les enterrements. Il savait que les hommes avaient besoin de rituels et de lieux consacrés pour se donner l’illusion d’être proches de leurs morts, mais il ne partageait pas cette vision des choses. »

« Nos murs s’effondrent, mais nos coeurs résistent (…) »

Note: 3/5

Blog Note 3

Publicités

6 réflexions au sujet de « Germania – Harald Gilbers »

    • Tu fais bien car c’est un bon roman! J’avais envie de plus d’émotions qui te prennent aux tripes! 😉 J’attends ton avis avec impatience! 😀 Oui, je sais, je sais… pas tout de suite! :p

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s