Claire Favan – Serre-moi fort

Claire Favan - Serre-moi fort4ème de couv’…

« Serre-moi fort. » Cela pourrait ressembler à un appel au secours.
Du jeune Nick, tout d’abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras…
D’Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l’équipe qui enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu’au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c’est à peu près tout.
Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur.
Commence alors entre eux un affrontement psychologique d’une rare violence… N’entendez-vous pas leur appel désespéré quand tous murmurent: « Serre-moi fort » ?

Mon ressenti de lecture…

Lana a dix-sept ans lors qu’elle disparaît. Ses parents sont effondrés, se laissent couler, se relèveront et consacreront toute leur vie dans la recherche de Lana et du pourquoi de cette absence. Ils ont aussi un fils, Nick. Mais il est transparent à leurs yeux. Ils nient la souffrance de leur garçon mais feront tout pour le garder sous leur coupe.

Adam est flic, au coeur d’un drame personnel et familial, mais il se retrouve pourtant chargé de l’enquête découlant de la découverte d’un cimetière sauvage qui se révèle rapidement être l’oeuvre d’un tueur en série. Un temps attribués à tort à l’Origamiste, tueur en série qui enlève et tue des jeunes filles et qui serait responsable de la disparition de Lana, ces crimes sont différents.

Adam le sent, le sait et il va payer très cher sa quête de vérité… très cher…

Le dernier roman en date de Claire Favan est un polar noir en trois parties: une première centrée sur la famille de Lana et de sa disparition, une seconde axée sur Adam, le policier qui aura à coeur de résoudre son affaire, et une partie finale où l’interaction entre tous les personnages laissera apparaître la résolution (ou pas!) de l’enquête sur la disparition de Lana et de tant d’autres.

Je me suis plongée dès les premières pages dans le drame de la disparition de Lana en ayant immédiatement une totale empathie pour son frère, Nick, ignoré, délaissé, souffrant de la préférence affichée par ses parents depuis toujours pour Lana.
L’absence de Lana est l’élément déclencheur pour une analyse d’une situation familiale qui peut trouver écho en chacun: le favoritisme des parents envers un enfant au sein d’une fratrie, la jalousie et l’injustice entre membres d’une famille, la possessivité d’un parent, l’image sublimée d’un enfant face à la réalité, la réaction de chacun devant un drame et les conséquences sur la cohésion de la famille, le syndrome du survivant…
Autant de thèmes abordés avec doigté et efficacité par Claire Favan dans cette première partie. Elle tisse une ambiance qui noue les tripes et nous attache à Nick.Elle nous donne envie de le cocooner, de le protéger et de lui apporter l’affection dont il manque. Et, a contrario, elle nous incite à condamner ces parents pourtant accablés par le chagrin mais pour lesquels il est difficile d’éprouver de la compassion.

La deuxième partie aborde brutalement un nouveau personnage, sans lien apparent avec la famille Hoffmann, de prime abord. Une cassure de rythme qui, pour moi, a eu du mal à passer. Je ne me suis pas attachée de suite à la personnalité d’Adam car je cherchais les raisons logiques de son parachutage dans l’histoire de l’enlèvement de Lana. Le lien entre la découverte d’un charnier et l’affaire de la disparition de Lana est très vite évident, l’enquête en elle-même ne laisse que peu de suspense et de doutes. J’ai même trouvé le récit un peu lent et ennuyeux, je dois bien l’avouer.
Par contre, je me suis réveillée avec toute la violence physique à laquelle Adam se retrouve confronté. Quelques scènes terribles pour aborder un sujet très rarement traité dans les romans, et que je ne peux bien évidemment pas révéler. Même si me réaction première a été « mais c’est quoi ce délire, ou nous emmène-t-elle?!? », je me suis laissée happer par le calvaire d’Adam, jusqu’à en oublier son enquête policière. L’auteur a su retranscrire l’horreur, la puissance, la réactivité extrême d’une victime face à son trauma, tout en distillant une sensibilité et une émotion brute. Et j’en reste admirative car l’exercice n’était pas aisé!

Et ensuite et pour finir, une troisième partie qui, abstraction faite d’un hasard un peu trop gros à mon sens, m’a captivée dans la confrontation entre le tueur et Adam. Après la violence psychologique de la 1ère partie, la violence physique de la seconde, les deux s’entrechoquent dans ce face à face mortel.
L’angoisse monte au fil des pages qu’on a envie de tourner au plus vite pour connaître la chute, malgré quelques longueurs qui m’ont donné envie de secouer ce cher et pauvre Adam.
On ne peut que rugir devant l’impuissance de l’un face à l’impunité de l’autre, espérer que justice sera faite et qu’un happy end soit de bon aloi.
Mais que nenni. Claire Favan est redoutable et semble ne pas apprécier les fins heureuses. Ce qui nous, lecteurs nous laisse comme deux ronds de flan!

Donc, oui. Un 4 sur 5 pour toute la psychologie des personnages orchestrée autour d’une enquête policière, pour un thème peu courant abordé de manière magistrale et une chute en demi-teinte. Toutefois un bémol, cette enquête aurait mérité d’être plus fouillée, tarabiscotée et plus imbriquée dans l’existence des personnages, avec plus de suspens et de questionnements pour le lecteur. Ma lecture a été perturbée par des sentiments antagonistes et ambivalents d’une partie sur l’autre, ce qui m’empêche d’être totalement conquise…

Une très bonne lecture tout de même mais mon préféré de Claire Favan reste indétrôné à ce jour, il reste mon Tueur intime…

Citations…

« Pour la première fois de ma vie, tous les regards sont braqués sur moi. Les gens ont soudain réalisé que j’existe, que je fais aussi partie de la famille de Lana. (…)
Je ne suis pas assez stupide pour croire que je les intéresse vraiment. Je les sens juste inquiets. (…)
Ma soeur et ses amis ont dix-sept ans. Même à leur âge, la mort est encore un concept abstrait. Un truc qui concerne les vieux et les malchanceux, certainement pas une des leurs. »

« À force de traîner avec des cadavres toute la journée, il oublie les règles de bienséance qui ont cours dans le monde des vivants. Pour lui, toute vérité est bonne à dire, quitte à la servir toute crue. »

« Oui, j’en suis là! Car devenir moins important qu’une place vide a de quoi retirer toute assurance à n’importe qui. Je veux avoir le droit d’exister, de parler, de faire des projets et de rire sans que ce soit pris pour une insulte à l’absence de Lana. »

« Il imagine la maladie comme un chat jouant avec une souris, relâchant sa victime juste le temps nécessaire pour qu’elle reprenne goût à la vie, avant de la broyer à nouveau entre ses crocs. »

« Avec lui, ils ont fait preuve d’un sadisme épuré, d’une douceur écoeurante, d’une lenteur savante, d’un empressement malsain, d’une onctuosité désespérante. Chacun a opté pour une façon de l’avilir. Et toutes ces tactiques ont porté. »

Note: 4/5

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27 réflexions au sujet de « Claire Favan – Serre-moi fort »

  1. Même si je ne partage pas ton ressenti du moins à partir de la deuxième partie, ta chronique est excellent vu de ton côté et est très explicite sans dévoilé quoique ce soit !
    Au top mon petit chat ❤ ❤

      • Oui j’ai eu moins de mal que toi avec la rupture de la deuxième partie. Mais j’aime beaucoup les cassures de rythme 🙂

      • J’apprécie aussi en règle générale les cassures de rythme mais là, pour ma part, c’est davantage le changement de personnage sans une articulation cohérente (au tout début) d’avec la première partie qui m’a gênée… 🙂

  2. Je viens enfin de lire « apnée noire » de Favan, j’ai aimé la fin, elle est terrible, mais j’ai trouvé les deux personnages principaux caricaturaux au possible. Et les dialogues pas toujours relevé mais limite série B. Dans l’ensemble, j’ai bien aimé quand même et je dois encore lire celui-ci !

    • Je n’avais mis que 3 étoiles et mon avis était mitigé… mais il faut dire que je venais de lire le diptyque du tueur et qu’après ça, ce roman me semblait fade! ^_^

      • Pas encore lu les deux premiers comme je savais que rien à voir avec la suite, j’ai direct commencé par celui-ci, plus facile à atteindre dans ma biblio que les deux autres où il me faudra ma chaise échelle, mais flemme de bouger la lessive posée dessus ! mdr

        Personnages clichés, dialogues série B et seul le final relève la sauce !

      • Je pense que tu trouveras le niveau plus élevé avec Le tueur intime et le tueur de l’ombre! Vire la lessive et les squelettes! :p

      • Yes, je vais me les faire dès que ma pile de lessive ne sera plus sur ma chaise spéciale… ou alors, me faut la baguette d’Harry Potter pour les attraper. Rigole pas, ça aide d’avoir cette baguette de 30 cm en plus !! mdr

      • Mouahaha… je vois que ta PAL rivalise avec ta pile de linge… ou le contraire! 🙂 Courage, tu vaincras! :p

      • L’éternel recommencement! Ne te laisse pas hypnotiser par la séquence essorage de ta machine! Tu dois résister! :p

      • Pendant l’essorage, je suis assise dessus et… des oreilles chastes pourraient nous lire, alors, je ne dis plus rien ! 😉

      • Ça vaut mieux je pense, mais je viens de donner des idées à des tas de couples qui vont un peu descendre un des pieds de la machine pour la faire vibrer plus… je sors

      • Oui, des anciens, sans aucun doute, juste des djeuns qui pensent qu’ils viennent d’inventer l’eau chaude, comme nous le pensions à leur âge…

      • Il faut que jeunesse se passe mais c’est dans les vieilles marmites qu’on fait la meilleure soupe? 😉 Aaahhh les adages ont la vie dure! 🙂

      • Tout à fait ! Les vieilles marmites sont remplies du goût et des odeurs de tout ce qui un jour fut cuisiné dedans. Là, ça devient moins sensuel si on compare la vieille marmite à… je sors !

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