Le soldat fantôme – Jean-Guy Soumy

Jean-Guy Soumy - Le soldat fantôme4ème de couv’…

Elle est allemande, lui américain. Ils se rencontrent à quelques semaines de la chute du nazisme. Dans cet univers de guerre et de faux-semblants, leur amour peut-il avoir un sens, un avenir? Et même une réalité?

1945. Les Alliés marchent sur Berlin. Dans leur sein, la 23e armée, dont personne ne doit connaître l’existence – et pour cause: cette armée est une armée fantôme, composée de scénaristes, comédiens, techniciens du cinéma (ingénieurs du son, éclairagistes, machinistes, décorateurs…). Sa mission? Leurrer les troupes de Hitler en donnant l’illusion qu’à sa place manoeuvre une armée de trente mille hommes. Du Débarquement au franchissement du Rhin, les opérations des « soldats Cecil B. DeMille », menées au milieu de combats bien réels, permettront de sauver trente mille vies. Jeune scénariste, Steven sert dans cette 23e armée.
Hanna, elle, a fui Berlin quelques mois plus tôt. Ses deux parents morts, son frère disparu, elle n’avait plus aucune raison d’y rester. Passionnément francophile, armée de son seul vélo, elle souhaite rejoindre Paris. Après des semaines de traversée d’une Allemagne en pleine débâcle, elle arrive dans un village au bord du Rhin, chez son oncle médecin. Sa tante et lui sont désormais sa seule famille, le dernier lien qui la rattache à son enfance, à son pays. Ils veulent la garder auprès d’eux. Impossible pour Hanna: nazi convaincu, son oncle incarne ce qu’elle abhorre, l’exact opposé de tout ce que son père adoré lui a appris à chérir et à respecter. Mais à l’approche des Américains, le vent tourne: bientôt son oncle et sa tante sont arrêtés. Hanna n’a pas le temps de reprendre la route qu’elle se retrouve seule dans leur grande maison…
C’est là qu’elle va rencontrer Steven, stationné dans la région en vue d’une nouvelle opération de la 23e armée. Entre eux c’est l’amour fou, immédiat, absolu. Mais qu’est-ce qu’un amour fondé dès l’origine sur un terrible mensonge, puisque en aucun cas Steven ne peut révéler à Hanna qui il est réellement et doit s’inventer « un autre »?

Mon ressenti de lecture…

Je remercie tout d’abord Babelio et les Éditions Robert Laffont pour la découverte et de cet auteur et de ce titre.

Le soldat fantôme est l’histoire d’un homme et d’une femme.

Steven, un soldat américain engagé au sein du 23ème régiment, un régiment spécial, chargé d’effets spéciaux destinés à tromper l’ennemi sur les forces engagées dans le débarquement des alliés en 1945.

Une civile allemande, Hanna, subissant depuis trop longtemps le joug du nazisme imposé à son pays, qui, à la mort de son père, décide de fuir Berlin, partir vers l’ouest et, si possible, rallier Paris.

Leur rencontre ne sera pas une aventure d’un soir mais leur amour naissant résistera-t-il aux mensonges de ce soldat de l’ombre?

Alors, si vous vous attendez à une histoire passionnante et passionnée, entre déchirements et horreurs sanglantes, passez votre chemin.

Si l’auteur campe son action vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, principalement en France et Allemagne, il ne l’aborde pas de la manière que je qualifierais de « classique ».

Si les deux personnages sont fictionnels, leur parcours respectif est basé sur des faits historiques avérés, longtemps niés ou ignorés.

Je m’explique.

Nous suivons Steven qui nous décrit son engagement de soldat au sein de la « Ghost Army », le 23ème régiment des troupes spéciales. Un régiment qui a réellement existé, dont l’existence a été nié par le Pentagone lui-même pendant des décennies. Un régiment qui a recruté dans le monde du cinéma et des arts et dont la mission consistait à créer l’illusion de l’implantation de lourdes forces armées pour instiller peur et recul des allemands. Une guerre scénarisée, des champs de bataille et des campements factices à renfort de « spectacles » sons et lumière. Des artifices au plus près des réels combats qui ont réussi à tromper l’ennemi et épargner de vies.

Le choix de cette approche de la seconde guerre mondiale est déstabilisant et créé une atmosphère ouatée et irréelle. Le lecteur est bercé par cette « guerre » factice et le verbe presque poétique de cet homme qui est avant tout un artiste et un écrivain. On en oublie presque que le quotidien d’un soldat américain à cette époque est aux antipodes de la vie de Steven.

En parallèle, nous avons Hanna, une allemande et non pas une nazie. L’auteur nous offre ainsi la vision d’une simple civile ayant subit la folie de Hitler et ce, de l’intérieur. Quand beaucoup font encore trop souvent l’amalgame entre nazi et allemand, ici, les pendules sont remises à l’heure. Beaucoup d’allemands ont lutté pour survivre et ce, bien avant le conflit mondial. C’est ce que symbolise Hannah, non pas dans une lutte de résistance active mais plutôt dans une subsistance et une volonté de survivre et de fuir un régime qui lui a ôté son frère et son père.

Et si ces deux personnages touchants se rencontrent et vivent une belle histoire d’amour, ce coup de foudre aurait mérité plus d’engagement et de profondeur, peut-être également plus de réflexion et d’affrontements. Elle représente au creux de ce roman, à mon sens, seulement une leçon de morale un peu « classique et cliché »: l’amour triomphe toujours du mal ou qu’importe nos différences puisqu’on s’aime.

Malgré tout, je suis tombée sous le charme de la plume de cet écrivain pour ces deux visions originales de la Seconde Guerre Mondiale, pour les points de vue abordés, pour la mise en exergue et la description d’événements historiques méconnus.

J’ai adoré la fluidité du texte quasi poétique par moments et l’approche artistique de la pulsion d’écriture, l’emprise de la passion de la lecture et l’âme de ces hommes, artistes et soldats malgré eux.

Je suis tout de même restée sur ma faim en ce qui concerne les émotions et les sentiments: pas de peur ni de tremblements, pas de suspense, pas de papillons non plus pour chatouiller l’estomac…

Alors pour les amateurs d’Histoire, je recommande ce roman qui se lit d’une traite. Pour les assoiffés de sang, de batailles meurtrières, de trahisons et de drames amoureux, la porte est par ici!

Citations…

« Je ne reçois jamais de lettres, je n’en écris pas non plus. Je suis à peine amarré au monde. Un souffle m’emporterait. Cette légèreté me convient. Je suis lesté de si lourds chagrins. »

« Le commandant dit que nous sommes l’ »armée de l’instant ». Quelques heures, quelques jours, nous donnons l’illusion d’exister. Puis nous disparaissons. »

« J’ai la gorge serrée. Le crayon court sur le papier. Des phrases s’écrivent, que je ne maîtrise pas vraiment. Je les découvre, venues comme des sanglots. Hachées. Ineptes ou fortes, je serais incapable de le dire. Il y a du somnambulisme dans cette manière de jeter sa vie sur une feuille blanche. »

« Le seul moyen d’écrire quelque chose qui possède un sens, en ces temps d’apocalypse, est d’y prendre sa part. D’y tenir son rôle. »

« Malgré le danger, combattre leur a été refusé. Ils n’ont pas de sang sur les mains. Sont-ils innocents? Tout est dans les mots. »

« (…) cette vieille Europe a beau se mettre régulièrement dans de sales draps, nous demander de la secourir comme un parent irresponsable appelle à l’aide ses enfants, jusqu’à présent, elle a quand même tout inventé. »

« Je connais, pour l’avoir vécue, la désespérance de regarder le mal sans espoir de le changer. »

« J’ai éprouvé là, de façon éphémère mais intense, le sentiment que la vie pouvait être heureuse. Qu’il était possible d’y trouver sa place sans nécessairement vaincre, surpasser et détruire les autres. »

« C’est la paix qui est un état d’exception (…) La brutalité est la règle du monde. »

« Depuis des mois nous dansions avec la Mort. Jamais encore elle ne nous avait frappés, se contentant de nous terroriser. Nous aurions dû comprendre qu’un jour elle s’intéresserait à nous. Nous l’avons trop provoquée. Trop agité notre cape devant son mufle. Elle a fini par nous encorner. »

« J’aime ce face-à-face avec quelque chose qui ne puise pas son existence dans le quotidien de la guerre. L’impression, libératrice, de n’être espérée par personne. De n’être attendue nulle part. Ailleurs qu’en ce texte.

La lecture est ma planche de salut. »

Note: 4/5

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