Tiré à quatre épingles – Pascal Marmet

Pascal Marmet - Tiré à quatre épingles4ème de couv’…

Parmi les milliers de voyageurs, Laurent erre seul dans le hall de la gare de Lyon, l’air paumé. Il vient de rater son CAP boulangerie et sa mère l’a mis dehors.

Samy, escroc à la grande gueule, le repère rapidement. Il a bien l’intention de profiter de la naïveté de ce gamin aux chaussures vertes et l’entraîne dans un cambriolage.

L’appartement dans lequel ils pénètrent est une sorte d’antichambre du musée des Arts premiers et regorge de trésors africains.

Mais ils tombent nez à nez avec la propriétaire et collectionneuse. Comme elle s’est blessée en tombant dans les escaliers, ils lui viennent en aide avant de s’enfuir. Pourtant, quelques heures plus tard, elle est retrouvée morte, abattue de cinq balles tirées à bout portant.

Le commandant Chanel, chargé de l’enquête, s’enfonce alors dans l’étrange passé de cette victime, épouse d’un ex-préfet assassiné quai de Conti peu de temps auparavant.

Mon ressenti de lecture…

Tout d’abord je remercie Babelio et Pascal Marmet (merci pour la dédicace!) pour cette opportunité de découvrir, et ce roman, et cet auteur.

L’action?

Un banal cambriolage d’opportunité qui n’en est plus un lorsque le corps criblé de balles de la propriétaire est retrouvé.

Le lieu?

Un petit morceau d’Afrique au sein de Paris, résultat de la passion d’un ancien préfet, lui aussi assassiné peu de temps auparavant.

L’enquêteur?

François Chanel. Commandant à la Criminelle, au 36 Quai des Orfèvres. Avec son équipe, bien sûr. Et son intuition et son esprit de d’analyse et de déductions!

Le coupable?

Ah ah, mystère. Evidemment! Je peux juste indiquer qu’une statuette envoûtée n’est pas étrangère à cette enquête!

« Tiré à quatre épingles »… ce roman porte très bien son titre.

Tout d’abord, il est tout à fait en adéquation avec l’intrigue qui nous balade dans la culture africaine de magie, de sorcellerie, de masques et de poupées envoûtées au centre de rituels mêlant l’invisible au réel.

Et ensuite, il reflète parfaitement le style de l’auteur.

Je m’explique.

C’est un polar, une enquête menée par un personnage droit, je dirais même rigide et presque froid, et une enquête dans les règles de l’art, qui ne sort aucunement des sentiers battus.

C’est une enquête classique et académique qui mise tout son succès sur la nature des faits.

Le fonctionnement de la Police est très bien documenté, décrit. Le lecteur navigue dans les services sans aucune gêne même si, toutefois, certains sigles méconnus auraient mérité quelques explications.

Le décor est tout aussi bien planté, détaillé et décrit, notamment la gare de Lyon ou le 36 Quai des Orfèvres.

L’immersion dans la culture ou le « folklore » africain est totale par l’intervention de collectionneurs ou de la responsable du musée du Quai Branly, consacré aux Arts Premiers.

L’auteur s’est attardé également à fouiller la psyché de ses personnages principaux, tout comme celle de certaines personnalités secondaires.

La personnalité d’Albane Truchot, la première victime du roman, est intéressante, décalée et mystérieuse.

J’ai beaucoup apprécié le récit de la vie d’un serial killer avec plus d’une trentaine de meurtres à son actif, en toute impunité.

Ainsi que le personnage adorable de Peter Pan, tout vêtu de vert.

Tout comme la fin très ironique de la mante religieuse cupide de l’intrigue.

L’ensemble est naturellement équilibré, cohérent et fidèle à un excellent roman policier. L’entrée de jeu de certains personnages permet l’évolution logique de l’enquête vers son dénouement et les révélations finales.

Le choix d’un leader un poil taciturne, calme et discret tel que Chanel n’est, toutefois, pas une ouverture pour un polar percutant et spectaculaire.

L’intrigue est bien ficelée, bien introduite et construite, avec un suspens qui joue son rôle jusqu’à la fin.

Les chapitres sont courts et apportent ainsi un rythme dynamique.

Le style de l’auteur est efficace, simple et subtil à la fois, avec l’amour des mots et de leur mélodie. Une belle plume qui mériterait, à mon sens, de prendre plus d’envol et de liberté.

Je n’ai rien à redire sur le style de l’auteur, tout comme l’histoire. Tirés à quatre épingles!

C’est une lecture agréable mais mes goûts étant plus axés sur les thrillers et les romans plus trépidants, je n’ai malheureusement pas eu de coup de cœur pour ce policier à mon sens trop convenu.

Toutefois, je le recommande pour tous les fans de polar qui eux seront, j’en suis certaine, ravis!

Citations…

« Comme dans tous les lieux de grande affluence, certaines histoires commençaient ici ou s’éteignaient. Pour d’autres, il s’agissait d’un nouveau départ, d’un transit ou d’un train raté. »

« Ses hommes le confirmeraient: c’était un discret, un mesuré, et l’idée de mettre en avant sa petite personne lui était insupportable. Il aimait être apprécié mais, surtout, ignoré de sa hiérarchie. »

« Qu’ils soient soporifiques ou percutants, le commandant Chanel abhorrait les discours. Il préférait le murmure des aveux et le bruit intense de la respiration du présumé coupable. »

« Si cela ne tenait qu’à lui, il travaillerait sans lieutenant à manager, sans capitaine à dynamiser, sans objectif à fixer, sans taux d’élucidation obligatoire, sans magistrat sur le dos et sans avoir à consigner la moindre démarche dans d’interminables procès-verbaux. »

« Chanel pensait qu’après soixante ans on avait irréversiblement la gueule qu’on méritait. La gentillesse s’y lisait tout comme la méchanceté, et tous les vices finissaient par se feuilleter sur nos rides. »

« La gamine sonnait juste. Il y avait en elle du Sex Pistols, du Françoise Sagan et du Camille Claudel, tout un univers timbré noyé dans un romanesque odieusement sentimental. »

« Je suis une perfusée de la haine, une ratée de la société, une poussière insoumise, une toxico de l’école buissonnière. » (…) Une fille sans armure qui s’ouvrait à tous les dangers, une écorchée au cœur d’artichaut, une pleine de doutes, une nana fragile et déconstruite par une famille indifférente. »

« (…) l’entrée d’un jardin secret n’est pas une porte accessible au premier venu. »

« Chanel était un célibataire, un fils unique, un chercheur de vérité, un inclassable, un sans enfant, sans ami, sans parent, un sans attache, un « sans ». »

« Même si l’exercice de sa profession ne devait s’en tenir qu’aux faits, son flair ne pouvait s’empêcher de croire en secret à l’empirisme de l’intuition pour donner du sens à un acte criminel. A ce qui ne se voit pas au premier regard. »

« Avec les interrogatoires, il comprit que le visage n’exprimait rien de bien avéré, et que l’homme était ses actes. »

« Ne mâchons pas nos mots : elle était une manipulatrice, une peste écarlate victorieuse à coups de sabre ensanglanté, une reine rouge, piégeant les hommes par sa beauté pour les enfermer dans un cachot de douleur, et une virtuose de l’arnaque. »

Note: 3/5

blognote 35

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