Désaxé – Marcus Sakey

Marcus Sakey - Désaxé4ème de couv’…

Danny a tout pour être heureux: une femme amoureuse, un travail.

Après avoir échappé de peu à la prison pour un casse qui a mal tourné, il a refait sa vie.

Sept ans après, l’ancien complice qui l’a sauvé et ne l’a jamais dénoncé revient avec une idée bien en tête… Un dernier coup.

L’ultime, le sublime, l’inratable.

Payer sa dette ou en finir avec son passé?

Danny doit maintenant choisir.

Mon ressenti de lecture…

Danny Carter chemine dans une vie rangée et pépère, entre son boulot dans le bâtiment et Karen, la femme qu’il aime.

Une existence banale que rien n’aiguille vers un passé chaotique de gamin des quartiers chauds de Chicago.

Pourtant Danny rêve encore de cette époque: une ombre du passé plane toujours sur son présent en la personne de son ancien partenaire, Evan, tombé aux mains de la justice lors de leur dernier casse et enfermé, le croit-il, pour encore quelques années.

Mais Evan est sorti.

Evan a bien l’intention de repartir, comme en l’an 40, avec son pote Danny.

Mais Danny ne l’entend pas de cette oreille.

Mais Danny aura-t-il le choix quand la sécurité de ses proches est en jeu?

J’ai découvert Marcus Sakey avec Les Brillants, grâce à Babelio. Un coup de cœur pour un thriller mâtiné de fantastique qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de ce Môssieur!

Et voilà donc Désaxé, son premier roman publié en 2007.

Un pur policier, un thriller dans toute sa splendeur!

Le thème central n’est certes pas d’une folle originalité et une sourde angoisse de lire une soupe fadasse me titillait dès les premières pages… Appréhension vite éteinte, toutefois.

Car Danny, le voleur repenti n’est pas devenu un ange parfait donneur de leçons, car son passé le hante et l’appelle parfois à grands cris, parce que la nostalgie de l’excitation du danger, des bouffées d’adrénaline, de l’argent facile et du challenge font toujours partie de lui. Car il n’a pas oublié. Rien.

Car la peur de devoir payer pour ses écarts passés habite toujours ses songes cauchemardesques.

Car Evan, le taulard endurci, déjà borderline bien avant son séjour derrière les barreaux d’une prison de haute sécurité, n’en est pas sorti calmé et ne suscite pas la moindre compassion.

Amis de jeunesse, leurs chemins respectifs les ont séparés définitivement.

Mais pas si irrévocablement que Danny le souhaiterait toutefois.

Evan considère que son ancien partenaire a une dette envers lui, qu’il lui a sauvé la mise et qu’il lui est redevable des années passées enfermé. Alors, sans scrupule, à la gâchette facile, Evan le manipule froidement, joue et menace la vie de sa petite amie.

C’est une intrusion dans l’esprit de deux hommes ayant des origines et une jeunesse communes. Mais si le lecteur éprouve une certaine sympathie pour ce duo d’amis du passé, le regard se durcit au fil des pages.

Evan, dans ses mauvais choix, n’a pas cherché à redresser la barre de son destin, au contraire. Aucune compassion n’est possible, on tremble même d’effroi devant la froide machine calculatrice et tueuse qu’est devenu ce personnage, on tourne les pages en espérant qu’il se fera pincer pour que sa logique de destruction de l’autre cesse enfin.

Et en opposition à cet esprit glacé et dénué de sentiment, qui s’amuse visiblement à torturer psychologiquement avant d’asséner une violence brute, nous avons Danny. Celui qui croit pouvoir tout gérer, sans aucune casse, en anticipant tout dérapage éventuel.

J’ai aimé la manière dont nous suivons ces deux hommes, quand l’un se délecte dans le mal alors que l’autre se débat, avec ses défauts, ses faiblesses et ses incohérences pour se maintenir du bon côté de la barrière.

L’amitié qui perdure entre Danny et Patrick, presqu’un frère resté dans son quartier de jeunesse, d’une loyauté infinie, est touchante, décrite subtilement sous les rapports bourrus et typiquement masculins.

L’amour de Karen apporte également une dose supplémentaire d’humanité, un doute sur la pérennité de son couple quand le combat silencieux de Danny ne donne plus le change.

« Plus vous avez, plus vous avez à perdre. »

Danny prend le risque de perdre sa liberté, son honorabilité, mais aussi l’amour de sa vie, son équilibre et, au pire, sa vie…

C’est un roman de suspens. De ce style de suspens qui dépasse l’action, qui suscite l’émotion et l’envie que le gentil de l’histoire, même pas très propre, réussisse à s’en sortir sans trop de dégât.

Si ce roman est principalement axé sur la relation de ces deux hommes, l’auteur en profite également pour nous dresser le portrait d’une société dans laquelle les différences sociales tracent dès le départ des destinées qui nourrissent la criminalité, et dont il est difficile d’échapper; ainsi qu’un aperçu du monde carcéral apte à broyer plus sûrement les hommes qu’à les réhabiliter.

Ce thriller est un premier roman et, à l’exception de quelques redondances dans le souci de traduire le plus justement les pensées de Danny et qui ne sont guère gênantes, c’est un très bon roman.

Une très agréable lecture!

Malmenée par les rebondissements et le suspens, je n’ai guère lâché ce bouquin avant la toute fin. Une fin qui étreint le cœur… car on a beau être un dur, un accidenté de la vie, on en reste pas moins un être humain…

Citations…

« Vous pouviez pester contre un ouragan. Vous pouviez vous arracher les cheveux, invoquer la justice et le bons sens. Mais au bout du compte, si vous vous trouviez sur son chemin, c’était à vos risques et périls. (…) Il était impossible de raisonner avec une force de la nature (…) »

« Danny était devenu un citoyen honnête.
Et les citoyens honnêtes étaient des proies. »

« Danny songea à lui demander ce qu’il faisait là, décida qu’il était inutile de faire jaillir la réponse au grand jour, là où ils ne pourraient plus l’éluder. Parfois un mensonge mutuel arrangeait tout le monde. »

« Mais le problème avec le soulagement qu’éprouvait le petit garçon dans sa chambre était de courte durée. A un moment il fallait de nouveau éteindre la lumière.
Et alors, les monstres l’attendraient. »

« Ils nous racontent que le monde a besoin de gens pour creuser des fossés, mais ils envoient leurs mômes dans des écoles privées. Et ils construisent des prisons au cas où ça nous énerverait d’être du côté merdique de la barrière. »

« Le premier pas n’était pas le plus dur.Non, le plus dur, c’était juste avant d’avancer dans le vide. Le plus dur, c’était l’attente, le cerveau qui imaginait ce qui pouvait mal tourner, ce qu’il ne pouvait contrôler, le destin qui menaçait sous ses pieds, affamé, impatient de le voir glisser. »

« La prison, c’était l’attente, la routine, un monde où la violence était la seule rupture remarquable dans une suite infinie de jours identiques. »

Note: 3/5

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Bibliographie de Marcus Sakey (1974 - USA)

Bibliographie de Marcus Sakey (1974 – USA)

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