Avant d’aller dormir – S.J. Watson

S.J. Watson - Avant d'aller dormir4ème de couv’…

Chaque matin, c’est le même effroi. La même surprise.

En se découvrant dans la glace, Christine a vieilli de vingt ans. Elle ne connaît ni cette maison, ni l’homme qui partage son lit.

Et chaque matin, Ben lui raconte. L’accident. L’amnésie…

Ensuite, Christine lit son journal, son seul secret. Et découvre les incohérences, les questions, tout ce qu’on lui cache chaque matin, posément.

Peut-être pour son bien… Peut-être pas.

Mon ressenti de lecture…

Se lever chaque matin auprès d’un inconnu, ne pas se reconnaître dans le miroir, ne pas savoir son nom, ne se souvenir de rien… Une page blanche chaque matin…

Qui n’a pas été tenté un jour ou l’autre de tout recommencer à zéro, de tout effacer et de repartir à la base de ses fondations?

Sauf que là, pas de fondation, pas d’identité, pas de passé à écarter…

Rien, le néant…

Ne rien savoir de son caractère, de ses goûts, de qui on aime ou déteste, de ce qu’on a fait hier…

Rien… et pas le choix!

Outre le traumatisme touchant la mémoire, à qui faire confiance? Son mari? Son psy omniprésent? Christine peut-elle faire confiance à qui que ce soit? La vérité n’est-elle pas plus horrible que ce vide?

Un roman étouffant dont le poids est accentué par le peu de personnages dans un huis clos angoissant. Des silences, des mensonges, des mystères… Du noir et de l’obscurité…

Et un récit à la première personne pour que le lecteur s’identifie au plus près à Christine, souffrant d’amnésie suite à un accident.

L’intrigue est machiavélique, surtout quand la vérité éclate vers la fin du roman.

Mais en l’attendant, la répétition de ces jours où tout est à reconstruire chaque fois m’a un peu lassée et agacée, je dois le dire… Une impression de tourner en rond sans jamais trouver une sortie.

Une fois qu’on a cerné l’horreur de cette situation, l’angoisse et le désespoir de cette femme, on est un peu excédé par cette suite d’heures stériles.

Elle se bat pourtant pour retrouver sa vie, ses souvenirs, pour rafistoler ces décennies perdues.

Avec acharnement et pugnacité, entrecoupés de faiblesse et d’envie de tout laisser tomber.

Elle se bat et ça va porter ses prix… Mais à quel prix?

La solution sera dans les mots, dans ce journal qu’elle écrit inlassablement, qu’elle cache, qu’elle confie… C’est sa béquille, son sauveur…

C’est l’histoire d’une solitude extrême, d’une impuissance totale devant ce corps qui est l’ennemi intime… Et sans même en avoir conscience, elle est manipulée par celui qui sait… qui sait tout et qui en joue!

L’auteur s’amuse bien à nous malmener au même rythme que Christine, dans la danse de ses questionnements, de ses suspicions et de ses doutes

De petits détails en imperceptibles incohérences dans le discours de Môssieur son mari, de révélations en microscopiques progrès, nous avançons pourtant pour que la vérité glaçante se révèle enfin.

Malgré quelques longueurs, à mon sens, j’ai pris tout de même grand plaisir à suivre Christine dans le labyrinthe de sa mémoire chaotique, car le suspense était quand même très présent et l’angoisse permanente!

Comme c’est le premier roman, prometteur, de cet auteur anglais, publié en 2011, je note le second « Une autre vie » qui sortira en Octobre 2015.

Citations…

« Cet album va me dire qui je suis, mais je ne veux pas l’ouvrir. Pas encore. Je veux rester assise ici un moment, pendant que mon passé est encore une page vierge. Suspendue, en apesanteur, entre possibilité et réalité. J’ai peur de découvrir mon passé. Ce que j’ai accompli et ce que je n’ai pas fait. »

« Je connais la vérité. Ma propre vérité, pas celle qu’on m’a dite, mais celle que je me suis rappelée. Et elle est écrite désormais, esquissée dans ce journal plutôt que dans ma mémoire, mais malgré tout permanente. »

« Son chagrin n’est pas nouveau. Il a eu le temps de se déposer au fond de lui, de devenir partie intégrante de son vécu, il n’est plus un séisme qui l’ébranle. »

« Il y a des souvenirs que je préfère ne pas avoir. Des choses qu’il vaut mieux avoir perdues à jamais. »

« Que sommes-nous d’autre que la somme de nos souvenirs? »

« J’ai regardé longuement cette dernière photo. Le soulagement m’a envahie. Cette femme assise là avec son mari tout neuf, le regard tourné vers un avenir qu’elle ne pouvait pas prévoir, et qu’elle ne voulait pas prévoir; j’ai pensé à ce que nous partagions, elle et moi. Mais il ne s’agit pas de traits physiques. De cellules et de tissus. D’ADN. Notre signature chimique. Mais rien d’autre. C’est une étrangère. Il n’y a rien qui lie cette femme à moi, aucun moyen de retrouver le fil conducteur qui me mènera jusqu’à elle. Et pourtant, elle est moi et je suis elle. »

« Je suis né demain
Aujourd’hui je vis
Hier m’a tué. »
Parviz Owsia

« J’aspire à un sol ferme, à quelque chose de réel, quelque chose qui ne disparaîtra pas pendant mon sommeil. J’ai besoin de jeter l’ancre quelque part. »

« Les années 1990. C’était bizarre d’entendre une décennie que je ne me rappelais pas avoir vécue ainsi résumée en deux mots. Je dois avoir manqué tant de choses, tant de films et de livres, tant d’événements. Des catastrophes, des tragédies, des guerres. Des pays tout entiers se sont peut-être démantelés tandis que j’errais, inconsciente, d’un jour à l’autre.
Et tant de ma propre vie, aussi. Tant de scènes que je ne reconnais pas, malgré le fait que je les voie tous les jours. »

Note: 3/5

blognote 35

Publicités

11 réflexions au sujet de « Avant d’aller dormir – S.J. Watson »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s