Des enfants trop parfaits – Peter James

Peter James - Des enfants trop parfaits4ème de couv’…

Naomi et John ont perdu leur fils unique, emporté par une maladie génétique rare à l’âge de4 ans. aujourd’hui, des années plus tard, ils se sentent enfin prêts à refonder une famille dont ils ont toujours rêvé.

Lorsqu’ils entendent parler du docteur Dettore, généticien visionnaire, ils voient en lui l’homme providentiel. Dettore connaît une méthode infaillible pour que leur prochain enfant ne soit pas atteint de la même pathologie. Comment résister à la promesse d’un bébé en bonne santé?

ils auraient pourtant dû être alertés par la liste qu’on leur a remise: choix de la couleur des yeux, de la taille, des traits de caractère, des aptitudes sportives… trop tard pour faire marche arrière. Naomi est enceinte, et déjà quelque chose ne tourne pas rond.

Mon ressenti de lecture…

Personne ne souhaite donner naissance à un enfant qui porte la mort en lui.

Et quand Halley, 4 ans, est décédé des suites d’une maladie génétique rare, Naomi et John, ses parents, se sont effondrés.

Plus jamais cela.

Et pour conjurer le sort, ils se laissent tenter par les propos du Docteur Dettore, généticien d’avant-garde et très controversé parmi ses pairs, qui leur promet l’enfant de leurs rêves contre une coquette somme.

Naomi est de nouveau enceinte mais sa grossesse est loin d’être sereine. Que porte-t-elle réellement en son sein?

Agité par l’aperçu des conséquences de leurs actes, ce couple se retrouve de surcroît la cible des médias et d’un groupe mystérieux de fanatiques religieux qui assassine parents et enfants.

Leur vie est en danger mais le plus grand péril ne naît-il pas au creux de leur famille?

C’est un sujet très dérangeant qu’aborde dans ce roman Peter James.

Et dérangée, je l’ai été tout au long de ma lecture.

Parce que si les avancées médicales innovantes, voire révolutionnaires, sont porteuses d’espoir pour éradiquer les maladies génétiques orphelines ou celles, plus « classiques », nous savons très bien que les prouesses scientifiques sont très souvent détournées du bien pour nourrir la soif de perfection, de profit et de supériorité de l’homme. Ainsi va le monde… Malheureusement… Écraser l’autre, prendre l’ascendant sur lui et régner en maître en étant le plus beau, le plus intelligent, le plus puissant, le plus riche, le plus n’importe quoi… Toujours plus…

Alors souhaiter que son enfant ne souffre jamais de problèmes de santé, c’est louable même si c’est déjà une manière de contrer la nature. Mais vouloir un garçon plutôt qu’une fille, qu’il soit grand plutôt que petit, qu’il soit supérieurement intelligent plutôt que dans la moyenne, qu’il soit dénué de certaines émotions humaines plutôt que naturellement imparfait… là, c’est jouer les apprentis sorciers dans un monde totalement inconnu et dangereux.

C’est le risque que vont prendre Naomi et John, ignorants de la portée de leurs actes, tout à leur douleur de la perte de leur premier enfant.

Peut-on jouer impunément avec la vie? La manipuler? La façonner?

Sujet passionnant que l’auteur a habilement mis en scène en explorant tour à tour les visions des scientifiques emballés par un nouveau monde peuplé d’entités supérieures, des futurs parents pétrifiés par les doutes et ébranlés par une parentalité anormale, et de fanatiques religieux qui souhaitent éradiquer ce « progrès » par une violence aveugle et sanglante.

Par ce roman, l’auteur nous questionne sur les risques de la science, des dangers potentiels de la génétique, des expérimentations humaines. L’avenir ainsi profilé est là pour nous alerter sur ce devenir attrayant mais dangereux, pour nous responsabiliser quant à nos choix individuels qui, à long terme, seraient les fondations de notre perte.

Le discours de ces enfants génétiquement modifiés est proprement froid, flippant et perturbant. Au delà de la fiction, c’est une fine réflexion sur notre société purement égoïste et assoiffée de privilèges.

Et si la vie, ce n’étais pas être un apprenti-sorcier contre la nature qui nous accueille mais vivre en accord et harmonie avec elle?

J’avoue que la pensée que ce couple ne récoltait que ce qu’il méritait m’a taraudée au fil des pages. Pensée peu charitable certes mais qui m’a poussée à approfondir ma réflexion sur l’intrigue de l’histoire. Par là même, ce roman est riche d’enseignement, de questionnements.

Et l’auteur a su glisser avec brio un thriller dans cette trame médicale et éthique pour complexifier son récit: être la cible d’un groupe de fanatiques est le positionnement idéal pour condamner l’extrémisme de tout bord, porteur de morts aveugles légitimées par des croyances marginales et sans concession. C’est permettre ainsi au lecteur de transposer cette situation à bien d’autres de part le monde actuel.

Ce roman est riche, addictif. Et même si le malaise plane constamment, j’ai réellement énormément apprécié cette lecture qui n’est pas seulement récréative. Et ça, ce n’est que du bonheur!

Citations…

« Je n’arrête pas de peser le pour et le contre. De chercher un juste milieu entre la déontologie médicale, les limites acceptables de la science, la responsabilité individuelle et le bon sens. Tout est flou. »

« Le monde est entrain de changer, et les gens n’aiment pas le changement. Très peu d’entre eux ont la faculté d’anticiper. Un bon joueur d’échecs peut prévoir les cinq, voire les dix coups suivants. Mais que peuvent prévoir M. et Mme Tout-le-monde? Notre espèce n’est pas douée pour regarder vers l’avenir. Beaucoup plus pour analyser le passé. Nous pouvons modifier les moments qui ne nous ont pas plu, nous pouvons nous réinventer. Mais rien dans l’avenir ne peut être modifié ou réinventé. La plupart des gens sont prisonniers de l’avenir, comme ils sont prisonniers de leurs gènes. »

« Si, nous, êtres humains, n’essayons pas d’améliorer les gènes de notre descendance parce qu’il y a quatre-vingts ans de cela, un cinglé nommé Hitler a tenté de le faire, nous avons beau avoir gagné la guerre, Hitler aura gagné la paix. »

« Edward Gibbon a dit: « Tout ce qui est nécessité humaine rétrograde si elle n’avance pas » (…). Et il avait raison. Toute civilisation, toute génération qui n’avance pas finit par décliner. »

« Nous avons analysé le monde, et, franchement, il ne tourne pas très rond. Il y a beaucoup de changement à opérer, il faut aborder les problèmes dans un état d’esprit complètement différent, et dessiner un nouveau paradigme pour l’avenir, sinon, il n’y en aura pas. »

« Vous n’êtes qu’une génération de plus dans la chaîne ininterrompue, sur plusieurs milliers d’années, d’êtres humains détruisant la Terre. Des Homo Sapiens ! Ironisa-t-il. Sapiens, ça veut dire sage. Votre espèce manque cruellement de sagesse. Le monde vous échappe. Vous avez créé des armes de destruction massive, nucléaires et chimiques, accessibles à n’importe qui. Vos scientifiques ont apporté la preuve que Dieu n’existe pas, mais la planète est mise à feu et à sang par des fanatiques religieux, et vous laissez faire. Vous détruisez l’écosystème, parce que vous n’arrivez pas à décider d’une politique commune. Chaque semaine, vous imprimez plus d’informations qu’aucun être humain ne sera capable d’en lire dans sa vie entière. Et vous voudriez nous donner des conseils? Je trouve cela présomptueux de votre part. »

« Nous avons échoué à évoluer émotionnellement, au rythme de nos avancées technologiques. Nous serons bientôt capables de voyager à la vitesse de la lumière, mais nous ne savons toujours pas comment gérer la colère qui nous anime. »

Note: 4/5

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9 réflexions au sujet de « Des enfants trop parfaits – Peter James »

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