Mission confidentielle: Les origines du mystère Reacher – Lee Child

Lee Child - Mission confidentielle - Les origines du mystère Reacher4ème de couv’:

Jack Reacher fait encore partie de l’armée en mars 1997 quand une femme de militaire est retrouvée égorgée derrière un bar, dans une petite ville du Mississippi. Le coupable est-il à rechercher au sein de la base toute proche?

On demande aussitôt à Reacher d’enquêter en agent infiltré. Pas question que le scandale éclabousse l’unité. Mais au fur et à mesure qu’il progresse, Jack sent bien qu’il dérange. À tel point qu’il finit par douter du bien-fondé de sa mission et de l’intégrité des hommes qui l’entourent. Certains seraient-ils prêts à tout pour étouffer l’affaire et mettre sa vie en danger?

Voici notre héros devant un dilemme de taille: obéir malgré tout à la hiérarchie ou jouer la carte de la vérité avant tout?

Livre fondateur de la série, Mission confidentielle nous dévoile enfin pourquoi Reacher est devenu ce loup solitaire qui ne compte plus que sur lui… et sur sa seule brosse à dents.

Mon ressenti de lecture…

1997. Une femme est retrouvée égorgée près de Fort Kelham, une base militaire dans le Mississippi qui héberge des unités combattantes secrètes.

Une femme qui en cache plusieurs autres, comme va le découvrir Jack Reacher, envoyé en mission « sous couverture » par le Pentagone pour gérer la situation et faire en sorte que les soupçons s’écartent d’un bon soldat, a fortiori quand ce soldat n’est pas censé exister.

Très vite, Reacher a des doutes, ne se laisse pas aveugler par la poudre aux yeux jetée pour éviter tout embarras à l’Armée. Il va suivre ses ordres… officiellement… mais fera très rapidement cavalier seul pour mettre à nu la vérité des événements.

Son anonymat ne restera pas un secret bien longtemps quand Reacher fait la connaissance du Shérif, Elizabeth Deveraux, ancienne militaire émérite. Ces deux-là se ressemblent, se lient, s’affrontent mais auront à cœur de rendre justice…

Mais Jack Reacher va-t-il s’en tirer à si bon compte, avec cette grosse machine de guerre derrière?

Ce roman est un flashback dans la série des aventures de Jack Reacher. Après 15 romans dans lesquels des petits détails égrenés au fil des pages laissaient une grande marge d’imagination et de supposition, Mission confidentielle fait le point.

Loin de ressembler à un melting pot d’ingrédients réchauffés ou une analyse égocentrique sous forme de pseudo-biographie, ce roman est une aventure à part entière.

Pas de révélation fracassante, pas d’horrible traumatisme qui aurait transfigurer notre héros en un instant. On retrouve un Jack Reacher certes un peu plus jeune mais égal à ce qu’il est devenu: solitaire (quoique sensible à une certaine dame), rebelle, pugnace, activant sans cesse les neurones de son cerveau et surtout, profondément indépendant. Le tout enveloppé dans une montagne de muscles qui en impose à plus d’un. C’est une force de la nature, il l’est aujourd’hui, il l’était en 1997.

C’est l’occasion pour l’auteur d’effectuer une subtile comparaison entre les Etats-Unis de 1997 et le pays à ce jour, en ponctuant son récit par des « on est en 1997, je vous le rappelle ».

Et de glisser une analyse du monde rural, dans une petite ville du Mississippi, avec ceux qui ne se posent guère de questions entre bars et bagarres et ceux, enfermés dans un statut social dans une lente agonie. Ce milieu confine presque à l’asphyxie pour le lecteur tant on ressent la lourdeur silencieuse et amorphe de cette ambiance, on est loin de l’énergie trépidante d’un New-York et de sa foule. Le lecteur sent le poids des non-dits et des ignorances factices et l’angoisse des menaces larvées.

Le personnage d’Elizabeth Deveraux, ancienne militaire devenue shérif, représente le bâton-relais entre le monde qui est encore celui de Reacher à l’époque, l’Armée, et celui plus trouble de la vie civile, où les influences politiques et électives sont beaucoup plus prégnantes.

La relation sans engagement ni devoir qui se noue entre les deux personnages principaux égaye un peu l’intrigue sulfureuse autour des assassinats de jeunes femmes, avec cette touche d’humour bien caustique propre à Reacher. Et on en arrive même à douter de son instinct et de son intégrité lorsque les soupçons sont dirigés vers son alter ego.

L’histoire est bien menée, de fausses pistes en faux-semblants, difficile de dénouer réellement l’écheveau avant la fin. Quelques scènes de frictions pimentent l’enquête, grâce à notre héros fort bien bâti, et alternent avec les calmes investigations de celui-ci. Et même si la vie des victimes est analysée et décortiquée, et ne servent pas exclusivement de faire-valoir, l’intérêt est surtout porté sur les manigances, les complicités et les luttes d’influence au sein des mondes militaires et politiques, de l’éthique élastique de certains hommes de pouvoir et de leurs limites, ou plutôt de leur absence de limite. L’image de ces deux univers s’en trouveraient écornés si nous ne savions pas déjà à quoi nous en tenir!

Dans ce roman Jack Reacher fait l’apprentissage de la différence dans les faits entre le droit, la Loi et la justice, entre loyauté et aveugle obéissance, et vérité. Il reste droit dans ses « rangers », n’oublie pas son bon sens critique, sa faculté de raisonnement et son esprit de déduction dans un placard parce que cela va à l’encontre des directives de son patron, l’Armée. Ce n’est pas un brave petit soldat, il n’est pas aveugle et ne joue pas le jeu. Il écoute avant tout sa conscience. Quitte à prendre quelques libertés pour punir les coupables de ces actes monstrueux.

Le personnage était déjà bien attachant mais savoir que le mystère Reacher découle d’une rébellion est très sympathique! Surtout quand il bénéficie d’appuis insoupçonnés de l’intérieur (personnages que nous retrouverons dans les romans chronologiquement postérieurs), c’en est jouissif!

N’ayant fait connaissance avec Jack Reacher que tardivement, je ne ressens pas d’effet de saturation à la lecture de ses aventures, c’est un régal à chaque fois! Et si toutefois ce roman m’éclaire sur l’origine de ce justicier solitaire, l’homme garde encore tout son mystère et ne perd toujours pas de son charme: bourru, brut de décoffrage, intelligent et empli de bon sens!

Rendez-vous donc au prochain épisode!

Citations…

« En général, personne ne se souvient d’une histoire de cavalier solitaire. Mais personne n’oublie jamais le cavalier. » Lee Child

« Les gens intelligents et consciencieux ont horreur de commettre des erreurs. Et ce n’est pas qu’une question d’ego. Certaines erreurs ont des conséquences avec lesquelles les gens dotés de conscience ont du mal à vivre. »

« Je ne répondis pas. Je suis doué pour ne rien dire. Je n’aime pas parler. Je pourrais passer le reste de ma vie sans prononcer un mot de plus, s’il le fallait. »

« Pas de blessure de sortie. La balle était rentrée, avait déchiqueté le cœur, fracassé la colonne vertébrale, dévié, dégringolé et se trouvait encore là quelque part. »

« Le sang et la cervelle sont des réalités, et les réalités sont des visiteurs indésirables dans le monde des simulacres. »

« Les grands esprits se rencontrent. Et les idiots ne divergent jamais. »

« C’était un guerrier. Pas moi. Je suis un bagarreur. Il vivait pour la victoire tactique. Je vis pour pisser sur la tombe de l’adversaire. Ce n’est pas pareil. Pas pareil du tout. L’objectif est différent. »

« – J’ai toujours la conscience tranquille, dit-il.

– Mais c’est plus facile de jouer les imbéciles quand on ignore réellement la réponse à la question qu’on vous pose.

– Je n’ai jamais eu de mal à jouer les imbéciles. Certains pensent que j’en suis un. »

Note: 4/5

blognote 45

Publicités

2 réflexions au sujet de « Mission confidentielle: Les origines du mystère Reacher – Lee Child »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s