L’orfèvre – Mark Allen Smith

L'orfèvre - Mark Allen Smith4ème de couv’…

Aucun mensonge ne lui résiste, c’est un orfèvre de la torture.

Mais aujourd’hui, Geiger est devenu la proie, et la chasse est ouverte. Geiger était le meilleur. Professionnel des interrogatoires, il savait obtenir les renseignements dont ses clients avaient besoin sans jamais faire couler le sang. Jusqu’à ce qu’on lui demande d’interroger un jeune garçon. Son refus a tout fait basculer.

Désormais Geiger a disparu, présumé mort, noyé. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Dalton, autre professionnel de la torture, est à sa recherche, obsédé par l’idée de se venger de son rival, ainsi que Zanni Soames, une dangereuse agente du FBI déterminée à retrouver sa trace la première.

Mon ressenti de lecture…

Nous avions laissé Geiger mort. Mort aux yeux de tous.

L’occasion pour lui d’oublier définitivement l’Inquisiteur. De tourner la page pour ouvrir celle d’une autre vie, simple, en travaillant le bois. Et oui, le bois…

Mais Ezra, que Geiger a sauvé, supporte très mal sa disparition, plongé dans une gravité qui n’est pas de son âge, lui, jeune ado consultant Martin Corley, le psy qui avait soutenu Geiger en son temps.

Mais Harry, son associé, n’a pas oublié, est devenu agoraphobe par paranoïa.

Le gouvernement, en la personne de Zanni Soames, agent du FBI, n’a pas oublié le fleuron de la « recherche de renseignements », l’expert.

Et Dalton, son ancien concurrent, laissé sur le carreau après une très sévère correction, a perdu toute mesure et la raison et a érigé Geiger en obsession.

C’est cette obsession qui va réunir tous les personnages apparus dans l’Inquisiteur, nous faire voyager du Nouveau Monde au Vieux Continent. Geiger est la cible, et les appâts sont Harry et le père d’Ezra, David Matheson, le cerveau de Veritas Arcana.

Et Geiger se lance sans hésiter dans la gueule du loup, dans l’espoir de sauver ses compagnons, même au péril de sa vie.

Que dire?

Que dire quand le précédant roman, l’Inquisiteur, a été un grand coup de cœur et que l’avis rendu était déjà dithyrambique… kiksé qui est embêté pour rédiger son ressenti sur la suite, qui est encore meilleure??? Kiksé, hein, je vous le demande!?!? C’est bibi!!!

J’ai eu un véritable coup de foudre pour cet homme froid, solitaire et mystérieux, même si son activité principale était la torture douloureusement psychologique pour soutirer la vérité.

Que voulez-vous… j’ai un faible pour les êtres brisés cachant leurs blessures derrière un masque de froideur et de silence!

C’est un personnage décalé qui a édifié une muraille infranchissable entre lui et les émotions, les gens, les interactions sociales. C’est un solitaire pur jus, solitude choisie et entretenue pour tenir à distance tout ce qui pourrait troubler son équilibre. Equilibre mis à mal dans l’Inquisiteur, avec la rencontre avec Ezra. Une rencontre, une reconnaissance de deux êtres, qui bouleversera définitivement la conception de vie de Geiger.

Le formatage éducatif paternel horrible et terrifiant a condamné Geiger à l’isolement. Et si Geiger a une connaissance encyclopédique de la psyché humaine, les sentiments lui sont étrangers. Un jeune ado s’est faufilé entre les défenses pour ouvrir cet être au monde. Les changements opérés sont subtilement distillés tout au long de l’histoire alors même que Geiger n’a rien perdu de son efficacité d’inquisiteur. L’auteur a su alterner des passages d’une dureté presque insoutenable avec cet éveil lent, modéré mais bien présent, par l’expression d’une émotion très juste et touchante.

Dans cette intrigue, les deux concurrents d’hier s’opposent: Dalton et Geiger. Pas seulement car l’un est devenu l’obsession de l’autre mais aussi parce que quand l’un commence à ressentir des émotions, l’autre s’enferme dans sa folie calculatrice et froide. Là encore l’auteur décrit avec maestria le processus qui entraîne Dalton dans sa soif de vengeance, sa folie, dans son œuvre machiavélique à vouloir détruire son « double ».

Le rythme de l’histoire est toujours très rapide, avec beaucoup de suspens, de rebondissements, de retournements de situation et de trahisons. Ce n’est pas seulement un duel entre deux hommes, n’oubliez pas que le FBI est présent dans l’équation! Quel est le rôle de Soames au milieu de ces deux experts?

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver tous les personnages du premier volet, à les suivre dans cette nouvelle aventure, les savoir liés les uns aux autres, de plus en plus étroitement, pour le meilleur ou… le pire!

A en apprendre toujours un peu plus sur chacun d’entre eux, notamment Harry, avec la rencontre de son ex-femme, Christine, et l’évocation de leur drame commun.

A constater l’influence de Geiger sur l’existence des autres alors qu’il n’aspirait qu’à rester un étranger. Et vice versa, à assister, avec une quasi affection, au rapprochement d’avec Ezra.

Et malgré la violence de certaines scènes, l’Orfèvre est certes un thriller rudement efficace mais aussi une exploration de l’humanité dans ses recoins de loyauté, de respect, d’amour et d’amitié.

J’adore le style de l’auteur qui passe avec une aisance confondante de la sensibilité extrême quasi poétique à la froideur, au calcul et à la brutalité d’un tueur en puissance. Et, en aparté tout à fait personnel, je n’ai jamais, jamais, jamais lu des mots aussi précisément justes, incisifs et descriptifs dans les passages abordant les crises de migraine dont souffre Geiger. L’expression de ce mal dans toute son essence et sa puissance m’a laissée muette d’admiration!

Bon, avec tout ça, si vous n’avez pas compris que ce livre est dans mes lectures « énorme coup de coeur » du moment, je ne sais pas ce qu’il vous faut!

En tout cas, le dernier volet de la trilogie n’aura pas le temps de sécher au sortir de la presse qu’il sera déjà sur ma table de chevet!

Citations…

« Si un ami me trahit, je serai peut-être triste. Si toi, tu me trahis, je serai peut-être mort. »

« Le passé banni en profitait pour lever ses armées et envahir le présent. Désormais, il passait le plus clair de son temps en compagnie de fantômes, une communauté mélancolique composée de ceux qui étaient partis par choix et ceux qui n’avaient pas eu leur mot à dire. Ils le harcelaient. Ils lui posaient des questions auxquelles il ne pouvait répondre. »

« Presque tous les sujets atterrissent ici pour la même raison: ils veulent que le monde fasse d’eux des êtres plus importants qu’ils ne sont. »

« Découvrant une douleur d’une intensité et d’une présence sans limites, il avait noyé son esprit de Chopin (…) en tentant d’amadouer la souffrance, de négocier plutôt que se lancer dans une guerre totale sur des fronts trop importants pour en venir à bout. »

« Geiger voyait renaître les souvenirs des centaines de destins qu’il avait tenus entre ses mains: les suintements de peur sur la peau, les muscles raidis de frayeur, les volontés cédant à son contact. Son héritage, son expertise: susciter la douleur, élaborer la souffrance, extraire la vérité… »

« Quand la douleur éclaterait dans un jaillissement, la couleur et le goût de la musique suivraient. Il laisserait croître la douleur jusqu’à ne plus ressentir qu’elle; alors il enfourcherait la bête et la chevaucherait dans le noir, privé de toute pensée, et tout se résumerait à une sensation de fer chauffé à blanc entrelacée de mille nuances de sonorités. Il prélèverait dans le tourbillon une mélodie argentée pour y façonner une épée qu’il plongerait dans le cœur de la bête galopante et la tuerait. »

« – Ecoute, vieux. On était d’accord pour que je t’aide pour les questions techniques. D’après mes souvenirs, l’accord ne prévoyait pas que je me fasse tuer.

– Tu es parano, Harry.

– Mais en vie. »

« Il se caractériserait toujours par son isolement. Il était un marin naviguant sur des eaux tumultueuses, sans envie ni besoin d’accoster. Il était chez lui dans sa solitude. »

« Son processus cérébral s’ajusta, comme les chambres d’un barillet, et se fixa sur sa cible. Les méthodes de l’Inquisiteur n’étaient jamais loin. Le scénario actuel s’apparentait de très près aux missions d’urgence, chronomètre en marche et sujet inconnu, exigeant d’agir à l’instinct et à l’intuition. »

« Plus rien ne semblait avoir de caractère durable. La vie, les doctrines, les relations, les convictions. Il était présomptueux de parier sur la pérennité des choses. »

« Les quelques centimètres qui les séparaient auraient pu se mesurer en années. A l’aune du lent déclin de l’intimité, malgré l’amour et le manque, de l’inexorable divergence des vies, quand l’hiver s’est installé définitivement et que le froid inéluctable est devenu insupportable. »

« Chaque cœur renferme à la fois un prisonnier et un gardien chargé de maintenir l’horreur et la barbarie sous les verrous alors qu’elles ne demandent qu’à s’échapper et à reprendre leur liberté. »

« Il y a des certitudes, des choses que l’on sait, instinctivement, par expérience ou qui sont admises par consensus historique. Il en est d’autres que l’on sent, qui viennent du cœur, qui jaillissent dans l’instant. »

« C’était l’homme le plus étrange qu’Ezra ait connu. Un mélange de traits de caractère incompréhensibles et contradictoires, un Frankenstein affectif: comme si un chirurgien de l’âme avait pris les sentiments de plusieurs personnes et les avaient cousus ensemble à l’intérieur de Geiger. »

« Comme pour la plupart des organismes structurés du monde, gouvernements, sociétés, organes religieux, y compris les groupes révolutionnaires, la politique et le pragmatisme constituaient la priorité. (…) Les vies et les personnes n’étaient pas leur première préoccupation. Les objectifs et la protection de l’institution passaient avant tout, toujours (…). »

« Il avait un grand respect pour les visages, pour leur faculté à se transformer et à tromper, et savait que seuls les yeux livraient une vérité sans fard sur les gens. »

« La tristesse d’Ezra, sa candeur et sa confiance grandissante avaient planté un pied-de-biche dans la carapace de Geiger et réussi à la lézarder et finalement à l’ouvrir. Ils partageaient une même passion pour la musique, une même place minuscule et solitaire dans le paysage, et s’étaient retrouvés entraînés ensemble dans un périple de violence et de mort (…). »

« Au cours des mois suivants, Geiger avait peu à peu compris qu’en sauvant Ezra, il avait tenté inconsciemment de se sauver lui-même, de ressusciter l’enfant tapi en lui pour pouvoir guérir et changer, et il avait fini par admettre qu’en un sens, il devait son salut à Ezra. Pour cette raison, ils étaient indissociables (…). »

« (…) tirer une matière première de son chaos intérieur pour façonner de ses mains une œuvre d’art, pour que la beauté efface, une à une, ses actions monstrueuses et contribue ainsi à le reconstruire. »

« Les événements du 04 Juillet avaient été une descente aux enfers, peur, trahison, mort, et avaient effacé une part d’enfance en lui. Le phénix qui s’était relevé de ses cendres possédait une sagesse sans rapport avec sa jeunesse, et comprenait qu’il y avait des milliers de choses à dire… et rien d’autre à dire. »

« L’idée de souffrance était, avait toujours été, plus captivante que l’idée de la mort. La souffrance était une notion complexe, de la nature du sang, de la chair, de l’esprit, ouverte, bouleversante. La souffrance pouvait faire souhaiter la mort, mais ça ne marchait pas dans l’autre sens, parce que la mort était une affaire incommensurable, une expérience unidimensionnelle. Je suis… et puis le néant. Pas même la conscience du néant. Côté substance et signification, c’était la plus creuse des péripéties humaines. »

« Un simple hochement de tête précéda les larmes, qui jaillirent alors et coulèrent, des pleurs silencieux, sans convulsions ni sanglots. (…) c’était la décision d’accueillir le chagrin au lieu de le fuir, de nier son emprise ou de se cuirasser le cœur, comme le fait l’insensé qui affronte le cyclone dans un abri de papier. »

Note: 5/5

blognote parme55

mark allen smithBibliographie de l’auteur: ICI

L'orfèvre - Mark Allen Smith

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27 réflexions au sujet de « L’orfèvre – Mark Allen Smith »

  1. Héhé, cette fois tu l’as fait avant moi. Et en plus j’ai encore plus envie de le lire celui là à cause de toi, rhaaaaaa. 🙂 😉
    Superbe chronique. J’aimerai écrire comme toi :/

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