Les anges ne meurent jamais – Bérengère de Bodinat

ang4ème de couv’…

Un soir d’été, Adrien, quatre ans et demi, pose à sa mère cette question troublante : « Maman, tu crois qu’un jour j’aurai cinq ans? »

Quelque temps après, alors qu’elle est partie en voyage, un drame survient dans la maison de famille… Adrien n’aura jamais cinq ans.

Des années plus tard, à l’issue d’une véritable enquête, elle parviendra à vaincre le non-dit familial et à reconstituer les événements de cet après-midi tragique. Les témoignages divergents mais aussi une énigme cachée dans une boîte rouge prendront alors une résonance stupéfiante.

Au fil de ce parcours initiatique, avec des mots simples mais magnifiques, Bérengère de Bodinat nous fait partager ses prémonitions, le gouffre de l’absence, l’incrédulité et l’impossible deuil. Mais, surtout, elle nous révèle les signes, les rêves, les sourires et les messages lumineux d’Adrien qui n’a cessé de lui parler depuis l’au-delà. Le lien d’amour extraordinaire qui unit une mère et son enfant malgré la mort et la séparation.

Mon ressenti de lecture…

Je remercie Babelio et les Editions Flammarion pour l’envoi de ce récit-témoignage de Bérengère de Bodinat sur la perte de son enfant de 4 ans et demi, Adrien.

La 4ème de couv’ annonce une « enquête » autour de ce décès et une « énigme cachée » à la « résonance stupéfiante », le tout sur fond de parcours initiatique.

Je n’ai guère vu d’enquête ni de surprise surnaturelle. C’est, à mon sens, une quête spirituelle avant tout.

Chaque être humain est différent, chacun se construit son propre mode de pensées et de valeurs pour avancer sur son chemin de vie et affronter les épreuves. Je respecte cela. Si Bérengère a éprouvé le besoin décrire ce témoignage pour aider les autres, c’est un but louable et tout à son honneur, mais c’est aussi exposer à la vue de tous un pan intime d’une vie, une douleur… et il faut avoir le courage d’accepter que l’impact sur les lecteurs ne soient pas celui attendu.

Je pensais entamer une lecture difficile en émotions car nous parlons de la perte d’un enfant. Mais il n’en a rien été. Rien, le vide, le néant, aucune larme à l’oeil, aucune empathie.

Si je respecte la douleur et le deuil de cette femme, sa manière de les raconter ne m’a pas touchée.

Pourtant, dès la naissance d’un enfant, nous vivons avec l’épée de Damoclès terrible de le voir disparaître avant soi, notre cœur explose tout autant de bonheur et d’amour inconditionnel qu’il est pétrifié d’horreur à la pensée de le perdre. Etre mère, être parent (oui, je pense à vous aussi messieurs!), c’est le don total de soi et perdre un enfant, c’est se perdre ou perdre une partie essentielle de soi. Et on ne peut normalement pas être insensible devant le départ d’un enfant.

Et si l’élément central reste la disparition d’un enfant de 4 ans et demi, Adrien, ce récit est surtout l’histoire d’une quête mystique et spirituelle personnelle qui a débuté très tôt dans la vie de l’auteur, bien avant la naissance de ses enfants.

En effet, comme on est en droit de s’y attendre, le début du livre ne relate pas du tout le drame mais démarre comme des mémoires classiques: je suis née, j’ai été une enfant heureuse… etc…

C’est un récit à la première personne, normal me direz-vous pour un témoignage, mais l’emploi répétitif du « je », « je », « je », est devenu très rapidement très pesant et m’a laissé le sentiment d’un égocentrisme déplacé.

Si toute la mosaïque du vocabulaire de la souffrance et du deuil est étalée au fil des pages, avec une volonté de poésie, de douceur et de lumière, l’émotion qu’elle est censée retranscrire n’apparaît pas, comme une sorte de distanciation froide par rapport aux événements.

Même si Dieu n’est jamais cité, même si l’auteur se dit « dissident » par rapport à la religion de ses parents, trop de mots avec de belles initiales en majuscule comme la Lumière, l’Amour ou l’Elévation, ou encore des références au divin, jettent une couverture religieuse sur ce récit. Et même si son parcours l’a conduite à explorer d’autres religions que le catholicisme ou d’autres philosophies spirituelles, le terme « grâce » revient un nombre incalculable de fois au fil des pages et nous ramène sans cesse vers ce thème.

Et je refuse de baser mon ressenti sur un jugement théologique. Je respecte la religion de chacun mais je suis profondément athée, sans être pour autant agnostique. Et en tant que telle, il est des conceptions d’existence inaudibles pour moi.

Comme croire que l’âme choisit son destin, aussi sombre soit-il, avant l’incarnation terrestre et accomplit ce destin malgré « le voile de l’oubli » au moment de la naissance. Et pourtant je crois au mythe de l’âme ailée de Platon.

Comme penser qu’un enfant de 4 ans et demi choisit sa mort. J’ai la naïveté de croire qu’un enfant de cet âge ne pense qu’à jouer, même s’il est curieux de notions existentielles.

Comme trouver la mort par noyade plus douce qu’une mort sous anesthésie sur une table d’opération. C’est certainement une vision bien plus romantique de la mort mais seulement une vision qui se heurte à la réalité.

Comme décrire la mort comme une liberté et une lumière.

Comme ce récit est purement subjectif, mon ressenti l’est aussi, intrinsèquement, viscéralement. Je ne conçois pas qu’on puisse passer 20 ans sans vouloir connaître les circonstances exactes du décès de son enfant, je ne conçois pas qu’on puisse occulter de sa mémoire une fausse-couche, je ne conçois pas qu’on puisse ignorer la souffrance des survivants: sa famille, ses proches. Bref, je ne conçois surtout pas que les vies terrestres sont écrites à l’avance et décidées bien avant la naissance. On peut toujours chercher des signes, a posteriori, pour justifier une mort aussi injuste que celle d’un enfant mais cela reste, à mon sens, une manière soit d’entretenir sa souffrance, soit de trouver l’apaisement, mais pas une réalité.

Même si certaines expériences de communication avec l’au-delà existent et paraissent troublantes, même si je suis persuadée que les pouvoirs de l’âme et de l’esprit sont étendus mais encore largement ignorés, je ne crois pas que nous puissions parler avec nos morts. Laissons les reposer en paix, vivre une autre vie si elle existe. Nous portons nos disparus dans nos cœurs, à chaque seconde, c’est ainsi qu’ils restent vivants, dans l’amour partagé qui demeure un lien indestructible. Nous pouvons penser qu’ils veillent sur nous, tels des anges, et je n’y trouve rien à redire mais, à mon sens, la mort reste un fait définitif et irréversible pour notre existence terrestre. Et entretenir le contraire, au moyen de pendules, médiums et autres, tel que Bérengère le raconte apporte une note malsaine de déni qui a rendu ma lecture pénible.

Cette histoire donne aussi l’impression qu’à part Adrien et sa maman, rien d’autre n’existait ou n’avait de valeur. D’ailleurs très peu de références sont faites au père ou aux proches. D’ailleurs Bérengère pense que son fils a choisi de partir en son absence pour la préserver elle, et pas sa grande sœur, par exemple. Et c’est dérangeant d’exposer ainsi cette relation exclusive car malgré les liens étroits, purs et forts qui lient une mère et son enfant, à travers la vie et la mort, la manière dont les choses sont relatées ici laissent éclater une évidence: cette femme n’a pas fait le deuil de son enfant, n’a pas vaincu sa culpabilité de mère et a écarté le reste du monde de tout ce qui n’était pas elle et Adrien.

Elle a juste construit une réalité qui lui permet de supporter cette disparition, en le croyant vivant mais ailleurs, en entretenant son souvenir, en communiquant avec lui. En lui prêtant des mots et des intentions. En entourant ce décès de lumière, en essayant de se convaincre que ce décès est positif et dans l’ordre des choses. En croyant au monde de l’invisible et à sa volonté de communiquer.

Je comprends tout à fait que la catharsis par l’écriture donne à l’auteur la force de vivre et la paix intérieure; que son parcours initiatique et sa quête mystique ont enfin trouvé leur aboutissement; que son existence a accédé à une strate supérieure.

Que Bérengère veuille partager son expérience. Apporter son aide aux personnes en demande de communication avec l’au-delà.

La perte d’un enfant est un cataclysme d’une violence et d’une souffrance incommensurable mais je me suis attachée au côté spirituel abordé principalement par l’auteur dans son témoignage.

Et malheureusement, je suis certainement d’une spiritualité trop cartésienne pour avoir été sensible à cette vision de la vie et de la mort…

Citations…

« (…) et que la mort de son enfant est un apocalypse de l’âme, une douleur sans nom (…) »

« C’est un peu ça le passé. On peut l’explorer, modifier sa relation avec lui en l’acceptant, en sortant de l’émotionnel, mais on reste toujours face à l’impossibilité de le changer, devant l’inutilité de le regretter. »

Note: 2/5

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