Sans raison – Mehdy Brunet

Mehdy Brunet - Sans raison4ème de couv’

Je suis dans cette chapelle, avec ma femme et mes deux enfants, je regarde le prêtre faire son sermon, mais aucun son ne me parvient.
Je m’appelle Josey Kowalsky et en me regardant observer les cercueils de ma femme et de ma fille, mon père comprend.
Il comprend que là, au milieu de cette chapelle, son fils est mort. Il vient d’assister, impuissant, à la naissance d’un prédateur.

Mon ressenti de lecture…

Il est des 1ers romans que je note avec une pointe de complaisance, en espérant que certaines maladresses de débutant disparaissent avec les écrits suivants.

Il en est qui mettent en jeu toutes les règles, la technique et les ficelles du style mais qui me semblent plats, vides et sans âme.

Et il y a des 1ers romans qui m’entraînent dès le début, qui me scotchent et qui ne me lâchent pas.

Sans raison est ce genre de roman! Indéniablement!

L’entrée en matière est percutante!

Dès le court prologue, le lecteur est directement sous tension!

Il sait qu’un drame atroce s’est joué. Il sent que Josey ne se complaira pas dans un deuil dépressif et larmoyant. Ce qui promet de l’action et de l’émotion.

Et le lecteur ne se sera pas fourvoyé!

D’une scène ordinaire de la vie quotidienne d’une famille banale, tout bascule en quelques heures. L’enfer est à la porte.

Pas de blabla, pas de longues scènes de description pour créer l’empathie. Pas la peine! Le lecteur est, dès les premières pages, au cœur de la famille, de la tragédie et il est déjà en totale symbiose avec Josey.

C’est une histoire de vengeance, c’est la réaction viscérale d’un homme qui refuse de laisser à la Police et la Justice le temps de résoudre son affaire ou de la laisser s’endormir. Il ne peut attendre. Il ne veut pas attendre. Il devient sourd au discours de justice ou a fortiori de pardon. L’horreur, la violence et la mort ont touché ceux qui sont chers à son cœur. Il a été impuissant à l’en empêcher alors c’est à lui, et à lui seul, que revient le droit de leur rendre dignité et justice.

C’est un sujet qui, bien entendu, nous questionne tous! Lorsqu’un drame survient sans nous toucher de près, le discours policé de la passivité est d’une rigueur toute sociale. Mais lorsque cela s’abat sur nos proches, de quoi sommes-nous capables?

Josey ne se découvre pas Rambo en se levant un beau matin: c’est un homme meurtri, déterminé et qui se laissera guider par ses tripes, sa colère et son chagrin; ne sera pas exempt de maladresses au cours de sa traque mais ne déviera pas de son but. C’est en cela que ce personnage est touchant et puissant: ce n’est pas une machine de guerre. Le prédateur est né avec le deuil de sa femme, de l’enfant à naître et de sa fille.

C’est une histoire de vengeance mais avant tout une histoire d’amour et de loyauté.

C’est un roman sur les liens familiaux, et surtout un roman sur trois générations d’hommes.

Les femmes y sont absentes, c’est un choix délibéré qui permet d’offrir une large amplitude à la psyché masculine.

Un grand-père, un père, un fils qui ne sont pas très proches a priori mais qui vont resserrer les rangs devant l’adversité.

C’est masculin, âpre, bourru… mais avec cette sensibilité toute pudique qu’ont les hommes à transmettre leurs émotions par leurs silences ou leurs actes. Ce roman est puissant à suggérer et dévoiler par petites touches cette complicité latente qui lie Josey à son père, dans le respect et l’affection.

Nous sommes dans l’émotion brute, sans pathos, sans grand discours, sans fioriture! Et c’est excellent!

Outre le côté humain, c’est un thriller haletant, sans pause ni lenteur! A toute vitesse, c’est une course-poursuite, Josey, Aleksander et Adrian trébuchent parfois mais se relèvent sans attendre! Rythme enlevé, donc, fluide et énergique!

L’action est trépidante, violente mais sans excès inutile.

Le style est efficace, fluide, addictif et admirablement maîtrisé.

Une fois démarré, on ne peut pas refermer ce livre avant la dernière page: l’auteur nous tient en haleine jusqu’au dénouement!

Le bougre a également le chic pour nous entraîner sur une fausse piste à laquelle on croit jusqu’au bout, pour mieux nous surprendre dans un dénouement mortel.

Suspens, une intrigue pas si simple, quelques flirts avec les limites et un final pas si prévisible que ça!

Et une question: la vengeance apporte-t-elle la paix du cœur et de l’esprit?

Tous les éléments d’un excellent thriller avec des personnages attachants que je vais avoir plaisir à retrouver dans une suite qui, je suis sûre, se profile!

La magie a opéré dès le départ lorsque j’ai lu ce roman, il y a quelques mois maintenant.

Et je peux assurer qu’avec cette relecture, la magie a oeuvré de nouveau, sans réserve!

C’est un 1er roman, oui. Et j’espère qu’il ne restera pas solitaire!

C’est un excellent premier roman que je recommande vivement et un sacré bon démarrage pour un auteur qui a encore de très bonnes histoires en réserve, c’est certain!

Citations…

« Il comprend que là, au milieu de cette chapelle, son fils est mort. Il vient d’assister, impuissant, à la naissance d’un prédateur. »

 » – (…) Je peux te piquer une cigarette?

– Tu n’es pas censé avoir arrêté?

– Si, et je suis censé veiller sur ma famille aussi. »

« Au fur et à mesure que les cercueils s’enfoncent dans la terre, ce sont des morceaux de mon âme qui disparaissent avec elles et le bruit sourd de la plaque de marbre qui glisse sur l’ouverture pour les enfermer à jamais, finit d’aspirer la part d’humanité qu’il me restait. »

« Plus un bruit, pas un mouvement. Le monde tout entier s’est arrêté, comme un film sur lequel on a fait pause. J’ai l’impression que les connexions de mon cerveau ne se font plus. »

« Je ne réagis plus, je ne le regarde même pas.
Extérieurement, on pourrait presque penser que mes fonctions vitales se sont éteintes, mais à l’intérieur… je viens de subir un cataclysme.
Le chaos s’installe et s’empare de tout mon être. »

« S’apercevoir que l’on s’est trompé sur une personne est une chose qui peut nous arriver dans la vie de tous les jours, mais lorsque cette même personne vous faisait sauter sur ses genoux lorsque vous étiez petit, vos sentiments s’entrechoquent et c’est une partie de vous-même que vous ne reconnaissez plus. »

Note: 5/5

blognote parme55

Publicités

15 réflexions au sujet de « Sans raison – Mehdy Brunet »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s