La mémoire du bourreau – Maud Tabachnik

Maud Tabachnik - La mémoire du bourreau4ème de couv’

Anton Strübell est un ancien cadre nazi vivant paisiblement, comme un riche aristocrate, sous la protection du gouvernement syrien. Son fils vient recueillir ces abominables mémoires pour les publier sur Internet, dit-il. D’abord peu critique, puisqu’élevé dans l’idéal du national-socialisme hitlérien,le fils va progressivement évoluer devant ce père sans remords, n’ayant jamais discuté les ordres, aussi terribles soient-ils, encore acquis à la cause nazie et visiblement toujours désireux de transmettre son idéologie. Rapatrié en Allemagne suite à un problème de santé qui le fera placer sous la tutelle de son fils, Anton Strübell sera sauvé par le docteur Klein, un médecin juif dont il a été personnellement le bourreau aux pires heures de la Shoah. Le face à face sera terrible.

Mon ressenti de lecture…

Gerhardt ne porte pas le même nom qu’Anton. Anton ne porte même plus son véritable patronyme. Et pour cause! C’est un ancien cadre nazi. Et, en cette qualité, obligé de se cacher. Toutefois, il vit dans une relative tranquillité et opulence, en Syrie, bénéficiant de la complaisance du gouvernement. Gerhardt pense réparer une injustice faite à certains soldats allemands de la seconde guerre mondiale en publiant les mémoires de son père. Mais à remuer un passé jusque là endormi dans le silence paternel va se retourner contre lui. Les confessions assumées par le père vont ébranler le fils. Et son regard sur son géniteur ne sera jamais plus le même… Ce roman n’est pas un énième témoignage nazi. Pas que… Ce n’est pas seulement une expérience de vie déballée et exposée au monde anonyme. Ce sont des confidences d’un père à son fils. Et le jugement intime de celui-ci sur un homme, son père. Son père mais aussi un soldat, maillon actif des événements orchestrés par Adolph Hitler et ses plus proches émissaires. Ce roman, en tant que « témoignage », permet de rétablir quelques vérités trop facilement et fréquemment occultées: – Tous les engagés sous les ordres des dirigeants nazis ne se sont pas contentés « d’obéir aux ordres ». Encore longtemps après la fin du conflit mondial, l’idéal aryen et l’idéologie du national-socialisme des années 30-40 sont encore bien vivaces pour certains survivants. Certains pour ranimer la flamme, la transmettre aux jeunes générations et vouloir son retour sur le devant de la scène internationale. – Tous les nazis n’ont pas fait l’objet d’une traque systématique. A la condamnation publique et unanime d’après-guerre, on a trop souvent fermé les yeux sur les Etats et les grandes organisations mafieuses qui ont ouvert en grand leurs portes aux fuyards, ont exploité leurs connaissances, sciences et pratiques, ont profité de leur fortune ensanglantée, le tout dans un cocon d’hypocrisie et de culpabilité inexistante. Ce roman noir réalise donc une petite mise au point historique qui picote, dérange mais est ô combien véridique, sans être lourde dans l’histoire. En qualité de « mémoires », le récit est glaçant. On pourrait légitimement penser qu’un soldat nazi, même cadre dans l’armée et pas un simple soldat sans trop d’éducation, au sortir de cette guerre, avec le recul de l’expérience, de la réflexion, de l’introspection, une sortie de l’endoctrinement de l’époque, serait à même de réaliser son auto-critique et d’éprouver une once de remords. Mais pas du tout. Aucun état d’âme, les croyances sont toujours là, aucun regret… si ce n’est la défaite. Certains passages sont assez difficiles, pesants, tant par la description que le ton employé. Par le fait aussi que le père et le fils sont en tête à tête, créant ainsi un huis-clos oppressant. Mais le lecteur est ménagé par le rythme des enregistrements cassé par les pauses de la vie quotidienne de ces deux-là. Ce vieil homme, si fier de son statut et de son parcours, froid et arrogant, va se retrouver face à ses fantômes quand un accident va le laisser impotent aux mains de soignants de couleur et d’un médecin survivant d’un camp de concentration. L’ironie de la situation est jouissive mais le sentiment de culpabilité d’Anton est bien trop fugace et tardif pour réellement toucher le lecteur. Et je trouve également dommage que les déclarations dramatiques du père n’aient pas plus impacté sur le fils. Certes Gerhardt ne verra plus son père de la même manière, ne pourra plus le respecter mais l’auteur met en avant les privations hypocrites qu’Anton a fait pesé sur la famille plus que ses actes et crimes passés. L’exercice par Gerhardt d’une simple cupidité en guise de punition enlève toute moralité et rend stérile les révélations des faits de guerre, en fin de compte… Toutefois l’histoire est un condensé d’émotions et de réflexions sur le devoir de vérité, de mémoire, d’héritage historique et familial. Même si le destin reste toujours trop clément pour ce vieil homme… A mon sens, cette histoire est trop courte. J’aurais aimé plus de profondeur dans certains aspects du sujet abordé… Mais une très bonne lecture tout de même…

Citations…

« (…) notre patrie ne pouvait se permettre le luxe d’attendre. La misère et l’injustice étaient là, il fallait les combattre. »

« C’est mal foutu, la vie. Quand enfin on a les moyens et le temps de prendre du plaisir, on ne digère plus, on ne peut plus faire l’amour, on n’arrive plus à dormir, alors que toute sa vie on a rêvé de rester au lit le matin. Enfin, il n’y a pas d’autre moyen de demeurer en vie que de vieillir. »

« Nous étions des soldats. Et un soldat, en temps de guerre, ça obéit ou ça meurt. »

« (…) un soldat n’est vraiment lui-même, et ne peut se prouver sa vraie valeur, que s’il a devant lui autre chose que des femmes et des enfants. J’étais un soldat, pas un flic. »

« Qu’est-ce qu’un crime sans châtiment? Juste un geste malheureux. »

Note: 3/5

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