Le sang des sirènes – Jean-François Thiery

Jean-François Thiery - Le sang des sirènes4ème de couv’

La mort rôde dans les lycées de Saint-Denis, et elle est très sélective. Une drogue aux propriétés redoutables fauche les rangs de groupies gothiques. Vague de suicides, ou meurtres en série? Le groupe du commissaire Wolf est sur la brèche, et il n’hésite pas à mobiliser la psychologue clinicienne Aphrodite Pandora. Ils ont peu de temps pour neutraliser cette filière toxique et insaisissable, une organisation qui empoisonne la jeunesse avec une terrifiante brutalité. Le monstre est tentaculaire. Il prend sa source dans un passé que l’on croyait révolu. Il s’installe au coeur des violences conjugales. Il se nourrit de délinquants précoces qui jonglent adroitement avec proxénétisme et trafic d’Ecstasy. Il triomphe sur les marbres des hôpitaux. Et toujours, il danse sur la musique hallucinante de ULTIMA FORSAN. Dans cette nouvelle aventure du groupe WOLF, l’auteur nous plonge dans une enquête haletante entre Paris et Berlin, sur les traces de cauchemars adolescents, des peurs inscrites au plus profond de nos psychés. Quand les souvenirs traumatiques se mêlent aux frayeurs présentes, personne n’en sort indemne. Et vous? Tenterez-vous le diable?

Mon ressenti de lecture…

Nouveau volet des aventures du groupe Wolf après une petite incartade dans la jeunesse du commissaire avec le court roman intitulé tout simplement « Wolf ». Nouveau volet et non des moindres! Mais avant, un petit résumé de l’intrigue… ou, devrais-je dire, des intrigues! Une série de suicides chez des jeunes filles adeptes de gothique et du groupe Ultima Forsan, à l’aide d’une nouvelle drogue, va secouer le monde policier et les parents. L’adolescence est la période de tous les troubles mais est-ce réellement une vague de suicides? Ne serait-ce pas des assassinats? Le monde du rock gothique focalise toutes les craintes mais l’excuse de la drogue semble bien pratique pour dissimuler un trafic bien plus glauque et « adulte ». Surtout quand la chanteuse d’Ultima Forsan, atteinte d’une maladie fatale, se joue allègrement de la mort au travers de son art. Alors même qu’elle bénéficie d’un encadrement médical de pointe. Surtout quand des bandes de cités profitent du laxisme policier et d’une jeunesse avide de sensations parce que blasée et désabusée. L’équipe du commissaire Wolf va devoir démêler les apparences de la réalité alors même que son leader se retrouve confronté à son sombre passé et qu’un de ses membres se retrouve également dans le creuset d’une crise familiale majeure, mêlant ainsi la vie privée de l’inspecteur Felber et de sa fille Carine à cette douloureuse enquête. Difficile d’en dire plus sans donner des pistes sur le dénouement… Mais quel pari osé de mêler tant de thèmes différents, en voyageant du passé au présent, en structurant harmonieusement les tentacules des coupables possibles autour de ces décès féminins! L’ambiance lourde, morbide et hypnotique du milieu gothique est superbement bien retranscrite: je me revoyais exactement dans les concerts de ma période métal-go! Tout en finesse, le mal-être des ado est déroulé au travers de ses excès, de sa désespérance. Quand certains versent dans un monde musical noir, d’autres se réfugient dans les paradis artificiels ou tombent dans les mains de proxénètes violents et sans état d’âme. Mais aucun ne table sur la compréhension parentale. L’inspecteur Felber en fait d’ailleurs diaboliquement les frais, déchiré entre son rôle de policier et celui de père dépassé par la descente aux enfers de sa fille, au risque de tout perdre: sa famille, sa carrière, sa dignité. Le monde médical, ses dérives et son éthique parfois branlante, est un coup d’épée supplémentaire dans la plaie béante de cette jeunesse blessée. Cette enquête nous laisse épuisée par tant de flots de doutes et d’incertitudes… Elle est le reflet de notre société qui perd tous ses repères mais qui doit tout de même avancer et remettre tant bien que mal de l’ordre. Elle nous tient en haleine jusqu’à la fin, sans répit. Une enquête à l’ambiance lourde mais qui laisse aussi la place à d’autres événements, sans à coups ni rupture au fil de la lecture: Wolf est à un cheveu de découvrir le mystère de sa naissance. Une étape ou une finalité? Les réminiscences d’un passé à Berlin, de la fin de la seconde guerre mondiale à la chape de plomb de la STASI. Et là aussi des certitudes qui se fissurent et des révélations qui laissent au Commissaire Wolf un goût amer. J’ai adoré cette lecture dense et sombre qui nous malmène des cités violentes au secret des blouses blanches sur fond de rock gothique, qui lève enfin une partie du voile du passé de Wolf… Avec Le sang des sirènes, Jean-François Thiery signe, à mon sens, son meilleur roman à ce jour! Et je ne serai guère étonnée que les suivants gagnent encore en maturité et en richesse!

Citation…

« La guerre, c’est la négation de l’individu, une mélasse humaine indifférenciée, un vomi hérissé de pointes empoisonnées. Ce n’est pas un homme que tu tiens dans ta ligne de mire, mais un ennemi, un nuisible, un Untermensch, et ce ne sont pas les nazis qui ont inventé ce concept. Il est présent depuis l’aube de l’humanité, et il est universel. »

Note: 5/5

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8 réflexions au sujet de « Le sang des sirènes – Jean-François Thiery »

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