88888 – Les enfants perdus – Céline Tanguy

Céline Tanguy - 88888 Les enfants perdus4ème de couv’

Depuis toujours, Antoine « entend » les pensées de autres et cherche désespérément quelqu’un qui lui ressemble. Lorsqu’il rencontre Marlène, il éprouve l’étrange impression de la connaître depuis toujours. Ne s’appellait-elle pas Juliette dans un autre espace-temps? Et lui même, ne s’appelle-t-il pas plutôt Ganymède?

Et que signifie le nombre 88888? Pourrait-il s’agir d’une année?

Mon ressenti de lecture…

Après vous avoir dévoilé une nouvelle SF inédite de Céline Tanguy, je vous livre à présent mon ressenti de lecture de ce roman, 88888. En 1951, la jeune Juliette sent obscurément qu’elle doit sauver un enfant qu’elle n’a pourtant jamais vu, Ganymède. Elle réussit et tous deux se retrouvent dans un endroit étrange. De nos jours, Antoine est seul. C’est un solitaire aussi. Il traverse la vie sans réelle envie ou impatience. Il ne vibre pas. Jusqu’à sa rencontre avec une maison, qu’il achète sur le champ car il s’y sent « chez lui ». Il rencontre Marlène aussi. Une rencontre avec une inconnue qui ne semble pourtant pas l’être… En 2031, Callie pense avoir obtenu ce qu’elle désirait, être transparente aux yeux de tous. Mais elle va vivre une expérience qui ramènera son passé à la surface… Ce qu’ils ont en commun? Ils peuvent lire les pensées des autres et communiquer avec elles avec quelques rares élus… Les jalons sont posés. Oubliez votre normalité, vos repères, votre routine, vos certitudes. Oubliez l’espace et le temps. Oubliez votre corps. Je sais… ce n’est pas facile de mettre de côté votre quotidien et d’imaginer un monde que nous ne connaissons pas… ou que nous croyons ne pas connaître… Alors réfléchissez… ne vous est-il jamais arrivé d’avoir l’impression d’avoir déjà vécu une situation? De connaître depuis des lustres une personne que vous venez à peine de rencontrer? D’être étranger à votre propre corps, d’assister en spectateur certains moments de votre vie? Si oui, vous allez aimer ce roman! Et si Ganymède et Antoine ne faisaient qu’un? Comme Marlène et Juliette? Et si notre âme, notre entité intellectuelle, pouvaient bouleverser l’espace et le temps? Si elles pouvaient vivre et revivre à nouveau? En serions-nous victimes ou responsables? Aurions-nous le choix? C’est ce que nous abordons dans ce roman teinté de science-fiction: un monde peuplé de personnalités qui existent par la pensée et qui se retrouvent pourvues d’un corps et de son cortège d’accessoires. Pour découvrir que vivre parmi les humains, les Autres, n’est pas aisé, voire violent, voire insipide. Pour dévoiler les mystères de leurs vies, de leurs oublis. Pour se retrouver dans cette fameuse « Zone grise ». Et au-delà de cette histoire, c’est aussi le reflet de l’adaptation au groupe, à la société. Ou de l’inadaptation, du rejet, de la solitude. C’est le reflet de l’acceptation de soi et de son existence, de son image par rapport à autrui. C’est une réflexion également sur la mémoire: occulter pour mieux avancer ou tout recevoir et choisir son destin. C’est un roman atypique, dense, riche, profond dans ses réflexions, imaginatif dans l’aspect de la vie future. Le tout est très bien écrit, avec une qualité d’écriture rare très plaisante à dévorer… Juste une chose… j’aimerais beaucoup explorer plus en avant ce monde… et donc une petite suite serait la bienvenue… non?

Citations…

« C’était un exercice qu’il considérait comme nécessaire. Il lui fallait communiquer avec des gens. Cela ne lui apportait rien au fond, mais il considérait que c’était là un ancrage ultime à la réalité; enfin, celle des Autres, ceux qui vivaient autour de lui. »

« Antoine aurait pu s’épargner de parler. Le dialogue, l’échange, ne lui manquaient pas. Ils n’étaient que des concepts abstraits, dont il ne maîtrisait ni la teneur, ni la substance. Et le langage, le son de sa voix, ne lui semblaient que des artifices étranges. »

« Et il y aurait enfin quelque chose – quelqu’un? – dans son quotidien qui n’avait été jusque-là qu’un néant total, une espèce de trou noir improbable. »

« Sa seule découverte (…) était que, où qu’il aille, il serait toujours le même, enfermé dans son étrange désir d’un Autre qui n’existait pas, au milieu de millions d’autres qui ne lui ressemblaient pas. »

« Elle sourit. Parfois, la vie pouvait être simplement belle, sans qu’il ne se passât rien de spécial. »

« Elle aimait par-dessus tout cette vie banale dans laquelle il lui semblait facile de trouver sa place. Tout au moins en avait-elle l’illusion réconfortante. »

« Callie savait qu’elle était différente. Elle était née ainsi. Mais sa solitude absolue l’avait convaincue qu’il fallait absolument faire « comme si » puisqu’il ne servait à rien d’être unique. »

« Il y avait eu cette déchirure. Puis avec les efforts et le temps, la plaie était devenue cicatrice. Et à présent, il lui semblait qu’elle était invisible. Connue d’elle seule. »

« Les mots étaient venus, simplement, comme des souvenirs longtemps oubliés. Ils n’avaient pas encore de signification consciente, mais ils étaient là, brûlants. »

« Alors, elle se contenta de flotter dans l’infini du néant de ses pensées. »

« Elle lutta contre la sensation de privation d’oxygène jusqu’à l’insupportable. L’insupportable la submergea. »

« Bientôt la nuit. Les ombres. Une fin pour un autre commencement. »

Note: 4/5

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