Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut4ème de couv’

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale.Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, »Au revoir là-haut » est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Mon ressenti de lecture…

Autant le dire tout de suite, ce livre n’a pas atterri dans ma PAL parce qu’il a décroché un prix, je les fuis comme la peste! Les prix… pas les livres! C’est parce que j’ai découvert cet auteur il y a peu et que j’ai apprécié ses thrillers et que j’étais curieuse de le lire dans un registre différent.

Et je n’ai pas été déçue… loin de là!

Première guerre mondiale.

Derniers jours. Dernières heures avant la fin.

Une dernière attaque à l’initiative d’un petit gradé opportuniste en mal de promotion rapide, qui n’hésite pas à commettre l’irréparable pour la justifier et c’est le destin d’un bataillon qui est bouleversé.

Certains perdront la vie alors qu’ils auraient pu sortir indemnes de ce conflit.

Quand un autre en retirera une auréole de gloire.

Un qui meurt, enseveli, étouffé, ressuscité, sauvé par un autre qui y laissera la moitié de son visage et y gagnera une amitié indéfectible et loyale.

Ce roman est une chronique d’après-guerre. Sur les conséquences, les répercussions sur les hommes. Les êtres humains.

Les soldats qu’on parque des semaines entières, comme des animaux, avant de les démobiliser.

Des soldats qui ne voient pas arriver leurs soldes.

Des soldats que les civils voient d’un mauvais œil car leur retour marque une sinistre vérité dérangeante alors qu’ils n’aspirent qu’à l’oubli.

Et ce sont les trafics en tout genre.

Des poilus amochés qui servent de cobayes à des docteurs avides de nouvelles avancées médicales.

La circulation de drogues pour soulager les souffrances indicibles tant physiques que traumatiques.

La misère de ceux dont on ne reconnaît pas le courage et le droit à une vie décente et paisible.

Et surtout le trafic honteux et insoutenable qui ôte tout respect aux morts, aux disparus, à ceux qui ont donné aveuglement leur existence à leur patrie, à leurs frères pour que ceux-ci vivent et vivent libres. Cet argent, ce sacro-saint argent, qui supprime toute morale, si tant est qu’elle fut présente à la base, au point d’escroquer l’Etat pour des cimetières aux sépultures indécentes, d’exploiter la douleur des familles pour l’édification de monuments commémoratifs qui ne verront jamais le jour.

C’est une chronique bouleversante et terrifiante à la fois, qui porte un regard lucide et sans concession sur cet événement historique, entre patriotisme et courage, entre cupidité et revanche. Nous ne sommes pas dans de grands récits de batailles, de leurs noms, de leurs dates, dans le charme des uniformes ou des grands discours conquérants ou résistants. Nous sommes dans la vie de ces soldats de retour de l’enfer dans une vie quotidienne qui n’aura jamais plus la même saveur qu’avant, peuplée de fantômes, de drames, de sang, de douleurs et d’envie de revanche.

C’est aussi le récit des rapports père-fils que cette guerre dénouera tardivement dans la tragédie. Un père qui nie les différences et la sexualité de son fils, le rend invisible à ses propres yeux, lui refuse toute place, et qui, par le décès annoncé de sa chair et de son sang, découvre qu’il est passé à côté d’une vie, d’un bonheur… Un fils qui n’aura de cesse de prendre sa revanche, muette ou hurlant de provocation.

Un final en apothéose magnifique, qui jette un voile de tristesse tout de même…

Un bon petit pavé en lecture et un excellent moment de lecture, tout autant éducatif que récréatif.

Cet auteur excelle dans des styles différents et c’est une marque de qualité. Un auteur que je suivrai bien entendu!

Citations…

« Toute histoire doit trouver sa fin, c’est dans l’ordre de la vie. Même tragique, même insupportable, même dérisoire, il faut une fin à tout (…) »

« (…) la discussion ralentit peu à peu comme une automobile soudainement privée d’essence, avec des chaos, des soubresauts, puis une lente agonie s’achevant sur un vide. »

« Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot. »

« Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Edouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis… »

Note: 4/5

blognote parmeblognote parmeblognote parmeblognote parmeblognote parmenot

Publicités

4 réflexions au sujet de « Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s